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Equipe de France: à quel style s’attendre avec Zinedine Zidane à la tête des Bleus?

Ce mardi, Zinedine Zidane deviendra le nouveau sélectionneur de l’équipe de France après avoir tout gagné comme entraîneur du Real Madrid. À quoi pourrait ressembler sa méthode comme patron des Bleus? Pourra-t-il transposer son coaching du Real à la sélection? RMC Sport fait le point.

Les Bleus recevront-ils un petit livre de la part de leur nouveau sélectionneur lors de leur première réunion au château de Clairefontaine en septembre prochain? C’est ce qu’avait offert Zinedine Zidane aux jeunes joueurs de la Castilla, l’équipe réserve du Real Madrid, lorsqu’il l’a prise en mains en 2015. Un ouvrage intitulé "Trabajo en equipo es un golazo" ("Travailler en équipe est un but"), sorte de livre référence pour un entraîneur qui fait du collectif un de ses principes de bases, que ce soit pour son équipe comme pour son staff, qui devrait comprendre presque 25 membres au sein de la sélection.

"Je n’aurais pas pu faire un sport individuel", affirmait il y a quelques mois le Ballon d’or 1998 dans le podcast de son ami et collègue Hamidou Msaidie, pressenti comme étant l’un des éléments du prochain staff, avant d’ajouter: "Gagner tout seul, je n’aurais pas pu faire. J’ai pratiqué un sport collectif parce que je voulais partager des choses, rigoler avec les copains. La convivialité, se retrouver, profiter d’une passion ensemble, c’est ce qui m’anime."

Un travail minutieux et l’importance de déléguer

Et c’est ce qui devrait encore le guider à la tête de la sélection avec laquelle il s’attend à passer de nombreuses heures à l’image de ce qu’il a fait à ses débuts comme entraîneur du Real Madrid, lorsqu’il arrivait au centre d’entraînement à 9h du matin pour le quitter après 23h. Avec les Bleus, l’organisation des séances sera, comme à son habitude, confiée à son fidèle adjoint David Bettoni avec qui il a remporté trois Ligues des champions pour la Maison Blanche après le passage par la Castilla, où les entraînements "étaient très dynamiques, avec beaucoup de ballon", comme se souvient Derik Osede, ex-joueur de la pouponnière madrilène aujourd’hui défenseur centrale de Barbastro, en D4 espagnole. "C’était très intéressant, nous apprenions des choses tactiquement et dans la préparation du match, nous faisions une analyse exhaustive du style de jeu de nos adversaires", poursuit-il. "Cela nous permettait d’avoir des idées claires d’entrée de jeu. Zidane était un entraîneur très proche de ses joueurs, qui nous parlait et nous écoutait. La philosophie était simple: c’était gagner, du début à la fin. C’est l’ADN du Real Madrid, gagner et bien jouer."

Doté d’années d’expérience en termes d’entraînement, parfois rudes comme ceux connus à la Juventus de Turin, Zinedine Zidane tient à quelques principes. "Les deux maîtres mots, c’est travail et plaisir", expliquait-il au sein du podcast autour de ses deux adjoints dans lequel "Dav" (Bettoni, comme Zidane le surnomme) racontait: "Ce que tu m’avais dit sur les premières séances, quand tu m’as briefé, c’est de ne pas trop parler mais surtout de préparer mes séances pour que les joueurs aient envie de revenir s’entraîner."

En expliquant, toujours, pourquoi les joueurs devaient faire tel ou tel exercice, la communication étant au centre de l’équipe managériale pilotée par Zinedine Zidane. "Il faut que les joueurs adhèrent à ce que tu mets en place mais il faut surtout être à leur disposition, présent pour les accompagner", précisait-il. "Si tu n’as pas compris ça, tu ne peux pas durer dans ce métier."

Une tactique peu descriptible

Car ce sont bien les joueurs qui font gagner les matchs et "Zizou" en a eu d’aussi talentueux au Real Madrid que ceux qu’il s’apprête à diriger en équipe de France. Reste à savoir dans quel système il fera jouer ses Bleus. Difficile de répondre même pour ceux qui le suivent depuis des années et ses années madrilènes. "Le système de jeu de Zidane n'est pas un modèle fixe", raconte Carlos Forjanes, journaliste pour AS. "Il s’est adapté aux joueurs qu'il avait, essentiellement au 4-3-3 de ce qu'on appelait en Espagne la BBC, c'est-à-dire l’attaque formée par Cristiano Ronaldo, Karim Benzema et Gareth Bale. Mais dans d'autres moments de sa période au Real Madrid, surtout la seconde, il a exploré d'autres possibilités. Il n’est pas un entraîneur excessivement tactique ni interventionniste, mais plutôt pour favoriser un environnement où le talent des joueurs est le plus important. On parle d'un entraîneur qui a un goût pour donner l'absolue liberté aux joueurs de talent, pour ne pas s'inquiéter d'établir un système défensif."

"Il n’a pas vraiment de style défini", confirme Sergio Lopez, lui aussi journaliste espagnol et suiveur du Real Madrid. "Donc savoir comment il va jouer avec la France, c’est la question à un million! Sa caractéristique a toujours été de s’adapter à ses équipes. Il y a ces entraîneurs comme Guardiola, qui jouent beaucoup sur les touches de balle ou le jeu de position puis d’autres, comme Zidane, qui sont dans l’analyse de l’adversaire."

S’il ne se risque pas au pronostic tactique, Ali Boumnijel, ex-adjoint de David Bettoni au Club Africain, prévient: "Ce qu’il a appris du Real avec Zidane, c’est de savoir quoi faire quand on a le ballon mais aussi quand on ne l’a pas. Je pense que ce sera une de leurs qualités. Coacher la France, c’est coacher l’excellence, au niveau offensif, c’est extraordinaire, ils vont j’imagine apporter plus de liberté et de créativité, le plus sera peut-être sur ce point."

Une aura dans le vestiaire

De l’autre côté des Pyrénées, on prévoit au prodige français "un grand futur". "Car s’il a attendu si longtemps l’appel de la France en rejetant les offres de clubs, c’est qu’il le désirait vraiment, avec beaucoup d’émotion", explique Sergio Lopez. "Il faudra voir jusqu’à quel point il réussit à développer son idée ou non."

En 2019, Karim Benzema - dans un entretien pour RMC Sport - prévenait: "Quand tu vois un mec comme Zidane arriver pour t’entraîner, tu as tout de suite envie." Certains joueurs de l’équipe de France le savent déjà, à l’image de Kylian Mbappé ou Ryan Cherki qui n’ont jamais caché leur admiration pour celui qui a fait rêver tout un pays pendant presque une décennie. Alors pour Emmanuel Petit, nul doute que son ex-coéquipier en Bleu parviendra à faire passer son message: "Quand il rentre dans une pièce tout le monde se tait même quand il parle pas", assure le troisième buteur de la finale de Coupe du monde 1998. "Grâce à son aura et son charisme, il n’a pas besoin de beaucoup parler pour entrer dans la tête des gens. J’imagine que certains ont hâte de jouer sous les ordres de Zizou. C’est un meneur d’hommes que j’ai envie de voir."

Pour mener l’équipe de France vers de prochains titres? "Dès qu'on parle de Zizou, on rentre un petit peu dans l'irrationnel", pose Petit. "Tout ce qu'il touche se transforme en or. Trois ans au Real Madrid, trois fois champion d'Europe avec l'équipe... Si demain il est sélectionneur, est-ce qu'il pourra justement transformer en or les objectifs de l'équipe de France? J'aime à penser que oui." Les premiers éléments de réponse tomberont fin septembre, lorsque Zinedine Zidane dirigera pour la première fois son équipe de France et celle de son staff, en Ligue des nations face à la Turquie.

Clément Brossard