Environnement. Pourquoi des scientifiques veulent-ils remettre de l'eau dans la mer d'Aral ?
Avec ses 67 000 m2, elle était considérée comme la quatrième plus vaste étendue lacustre du monde. Située à cheval sur le Kazakhstan et l'Oubékistan, la mer d'Aral conserve, aujourd'hui, à peine 10 % de sa surface initiale. En 60 ans, elle a été le théâtre d'un cataclysme écologique sans précédent. Au point d'en devenir un symbole.
Des travaux menés récemment par une équipe du Centre d'études avancées de Blanes (CEAB), en Espagne, en révèlent un autre aspect qui affecte, cette fois, directement le climat. Depuis 1960, les chercheurs estiment que ses fonds asséchés ont déjà émis plus de 748 millions de tonnes de CO2, peut-on lire dans la revue en ligne Econews. Pire : jusqu'à 605 millions de tonnes (l'équivalent de 171 ans d'émissions de l'aviation civile en France) pourraient être encore rejetées.
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Comme un écran anti-oxydant
Selon eux, cette réserve représenterait pourtant une opportunité incroyable d'atténuer les changements climatiques. Leur solution ? Remettre en eau une partie d'Aral pour arrêter le processus naturel à l'origine des émissions.
A mesure que la mer d'Aral s'est asséchée, les sédiments, jusqu'alors recouverts d'eau, se sont en effet retrouvés exposés à l'air. Or, à son contact, ces engrangeurs incomparables de matières organiques se sont oxydés, provocant la décomposition de ces matières organiques, et donc la libération de centaines de millions de tonnes de CO2.
En la réinjectant dans des zones stratégiques, l'eau agirait comme une pellicule protectrice sur ces fonds, un peu comme un écran antioxydant.
Sacrifiée pour la soif du coton
A la fin des années 50, l'Union soviétique souhaite transformer les plaines arides d'Asie centrale en grenier à coton. Oui mais voilà, pour concrétiser son projet (dingue), elle a besoin d'eau. De beaucoup d'eau. Et c'est en détournant les fleuves Amou-Daria et Syr-Daria, qui alimentent la mer d'Aral, qu'elle se la procure.
Mais à mesure que les champs verdissent et que la production augmente, la mer intérieure disparaît à vue d'oeil. En 1989, elle se scinde en deux parties. En 2000, sa superficie totale est divisée par deux. Cinq ans plus tard, la construction du barrage de Kokaral, sonne le glas pour la partie sud la plus importante. Et quand, au nord, la « petite mer d'Aral » voit son niveau d'eau augmenter et sa salinité baisser, la Grande Aral, elle, se transforme en bassin de poussière.
Un mécanisme de financement original
Bien sûr, un projet de restauration hydrologigue aussi important a un coût. Pour le financer, les scientifiques de la CEABE proposent un modèle original, en explorant la valeur économique potentielle de ce CO2 non-émis.
En prenant pour référence les prix du marché volontaire du carbone de 2024, ils estiment que les 605 millions de tonnes de CO2 non rejetées représenteraient entre 3,1 et 15,8 milliards de crédits.
En achetant ces crédits, des entreprises pourraient alors agir indirectement sur la réinondation et l'amélioration de la gestion de l'eau. Le tout, en utilisant leurs unités pour compenser leurs émissions.
Leur proposition sera-t-elle suivie par les actes ? La réponse reste en suspens.
La mer Caspienne et la mer Morte aussi en danger
Et pourtant, il y a urgence. La mer d'Aral, de loin la plus touchée, n'est pas la seule à souffrir de la surexploitation agricole ou de la fonte des glaciers. Située entre Israël et la Jordanie, la mer Morte a déjà chuté de 45 mètres en 50 ans.
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Plus au nord, la mer Caspienne, bordée par cinq pays, dont la Russie est l'Iran, s'étiole. Et son assèchement semble s'accélérer depuis ces vingt dernières années. Au Kazakhstan, dans la région d'Atyraou, par exemple, le littoral a reculé de 20 à 30 km pendant ce laps de temps.
Au regard du phénomène observé dans l'Aral, la protection de ces réserves d'eau et de biodiversité semble s'imposer.