Environnement. Canard, oie... la chasse au gibier d’eau ouverte, malgré les craintes liées à la sécheresse
Depuis ce vendredi, la chasse au gibier d’eau - l’ensemble des oiseaux aquatiques sauvages qui fréquentent des zones humides (étangs, marais, cours d’eau etc…) et dont la chasse est autorisée - est ouverte. Elle l’était déjà depuis le premier samedi d’août en zone maritime, sur le littoral. Certaines espèces de canards, oies ou encore poules d'eau ne deviennent chassables qu’à partir du 15 septembre, et ce jusqu’au 31 janvier. Pour ce type de chasse, les périodes sont fixées par arrêté ministériel.
Sa reprise était contestée par la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), qui souhaitait la repousser au 20 septembre et l’ouverture générale de la chasse. « On constate une situation de sécheresse exceptionnelle. Les oiseaux d’eau sont privés de leur milieu naturel qui représente protection, nourriture et bien d’autres choses. Les espèces migratrices sont aussi affectées car elles ont de moins en moins de points d’escale », explique Allain Bougrain-Dubourg, président de la LPO.
Le chasseur doit se trouver à maximum 30 mètres du bord de l’eau. Photo Sipa/Ugo Amez
Selon l’Office Français de la biodiversité, 43 % des cours d’eau sont actuellement en assec ou en rupture d’écoulement. « Avec la baisse du nombre de points d’eau, les oiseaux se concentrent. Cela veut dire que si on tire dans des espaces où il y a de la concentration, ce sera un véritable massacre », précise Allain Bougrain-Dubourg. Pour ce type de chasse, le tireur doit se trouver à maximum 30 mètres du bord de l’eau.
« Un cadre très strict »
Allain Bougrain-Dubourg rappelle que l’article R424-3 du Code de l’environnement existe. Celui-ci autorise le préfet à suspendre temporairement la chasse, pour une durée maximale de dix jours renouvelables, en cas de calamité, incendie, inondation ou gel prolongé menaçant le gibier. « On demande a minima des zonages », indique-t-il, soit des périmètres où la pratique de la chasse est encadrée, restreinte ou interdite pour protéger certains oiseaux.
Willy Schraen, président de la Fédération nationale des chasseurs, avoue « ne pas comprendre » ces requêtes. « On est limités dans les prélèvements, à notre demande. Il y a déjà un cadre très strict, on ne peut pas tuer ce que l’on veut. Évidemment qu’il y aura plein d’endroits où la chasse sera réduite, comme toujours », lance-t-il, en signalant que la chasse est déjà suspendue dans certaines zones d’eau gérées localement par des associations.
La LPO a récemment contacté Matignon, qui a garanti qu’une circulaire serait envoyée aux préfets pour les inviter à dialoguer avec les chasseurs et protecteurs de l’environnement afin d’établir des zonages. Celle-ci leur est arrivée ce vendredi soir. Il y est notamment rappelé la possibilité de suspendre la chasse au gibier d’eau. Pour l’instant, aucune décision allant dans ce sens n’a été prise. Allain Bougrain-Dubourg espère qu’il y aura des premières actions « au plus tard » durant ce week-end.