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Entrez sans armure, s’il vous plaît: la loi médiévale qui protège le Parlement britannique

Au XIVe siècle, une loi interdit aux hommes de se présenter au Parlement britannique en armure, sous peine de lourdes sanctions. Pensée pour éviter les violences et la guerre civile entre le roi et ses barons, cette règle médiévale intrigue encore aujourd’hui… au point d’inspirer un vidéaste qui a tenté de la braver, casque sur la tête et épée en plastique à la main.

Publié le : 21/07/2026 - 07:02

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De notre correspondante à Londres,

Acte sur le port d’une armure, 1313 : « En tout Parlement, traité et Assemblée que se tiendront en tous jours dans le Royaume d’Angleterre, que les hommes viennent sans force et sans armure, en paix. »

Sur la place du palais de Westminster, qui abrite le Parlement britannique depuis le XIIIe siècle, un homme en armure et heaume se faufile entre les touristes, les Londoniens pressés et une poignée de manifestants. Dans son déguisement de piètre qualité, le chevalier d’un jour se dirige vers l’entrée de la galerie publique du Parlement et suscite la stupéfaction des vigiles chargés de la sécurité du bâtiment. « L’amure, je ne sais pas… C’est une véritable épée ? » L’arme blanche, en plastique, est finalement acceptée et le chevalier peut entrer à Westminster.

Ce chevalier de pacotille se nomme Oobah Butler : ancien journaliste pour Vice et prankster (auteur de canulars) professionnel, il s’est lancé en 2019 le défi d’enfreindre autant de lois britanniques absurdes que possible. « Apparemment, entrer au Parlement vêtu d’une armure peut me valoir la tête coupée », confie le vidéaste à la caméra. Finalement, Oobah Butler quitte le complexe parlementaire avec sa tête (ainsi que son armure et son épée en plastique) et peut vaquer à ses gags suivants, en l’occurrence, secouer un tapis en public après 8 heures du matin (article 60 du Metropolitan Act de 1839).

L’interdiction bravée par l’humoriste au Parlement date, elle, du XIVe siècle, stipulée par l’acte sur le port d’armure de 1313 : aucun homme ne peut se présenter au Parlement ou dans une Assemblée du Royaume en armure, sa Royale Seigneurie se réservant le droit d’y répondre et de punir les contrevenants.

Instabilité politique et menace de guerre civile

« Le XIVe siècle est une période de méfiance profonde entre le roi Édouard II et ses barons, explique Sean Cunningham, responsable des documents médiévaux aux Archives nationales britanniques, en raison d’une guerre d’Écosse très coûteuse et de l’influence de ses conseillers. » À l’époque, siègent au Parlement unicaméral les nobles du Royaume, les chevaliers et le clergé, ainsi que le souverain. Les premiers dénoncent le pouvoir grandissant des « favoris » du second. La période de tensions décrite par l’historien est marquée, en 1312, par une demande croissante « pour des réformes et une meilleure gouvernance, ce à quoi le roi se refuse », jetant les bases de la guerre civile qui se déclenchera en 1322.

Dans ce contexte d’insurrection latente, « les lords et les chevaliers se rendaient souvent au Parlement, qui ne siégeait pas forcément à Westminster, accompagnés de serfs et de soutiens armés. Après quelques bières, les disputes locales tournaient à la violence au sein du Parlement, ce qu’attestent de nombreuses preuves des XIVe et XVe siècles », détaille Sean Cunningham. Cette violence, couplée à une impopularité du souverain, rendait risquée chaque session parlementaire pour la personne du roi. « Les lords et le roi ont convenu de ne pas venir en armure au Parlement afin de tenter d’éviter la guerre civile. » Édouard II sera poussé à l’abdication en 1327 et mourra dans des circonstances jugées suspicieuses par les historiens.

Base démocratique ou loi cosmétique ?

Plusieurs centres de recherche législative considèrent l’acte de 1313 et l’interdiction du port d’armes comme l’une des bases de la démocratie britannique, qui se revendique comme la plus ancienne du monde. Débattre des textes de loi sans armes réduit le risque d’intimidation et de menaces physiques, et renforce le caractère solennel du Parlement. Cependant, l’archiviste Sean Cunningham a trouvé des traces judiciaires d’affrontements armés dans les enceintes parlementaires jusqu’au siècle suivant. Et la violence, en armure ou pas, n’a pas quitté l’enceinte du palais : en 1605, un groupe de catholiques cachent des explosifs dans les souterrains de Westminster pour assassiner le roi Jacques Ier. Deux siècles plus tard, le Premier ministre Spencer Perceval est abattu dans les couloirs de la Chambre des communes.

Selon l’ONG de défense des droits humains Nightingale Rights Initiative, « aucune poursuite en vertu de la loi sur le port d’armure ne figure dans les registres », ce qui voudrait dire que les craintes de décapitation d’Oobah Butler, le vidéaste, ne se basent sur aucun précédent historique. Quant au Crown Prosecution Service, chargé de mettre en examen les justiciables, il ne recense aucune infraction à la loi… en particulier du fait du déclin du port de l’armure à partir du XVIIe siècle.

Légendes parlementaires

Outre les armures, le port des épées, et de toute autre arme au sein des Chambres du Parlement est proscrit depuis le XVIIIe siècle : la Chambre des communes rappelle un incident « où l’épée d’un député a empalé et fait tomber la perruque d’un autre ». « L’huissier d’armes [responsable du maintien de l’ordre, NDLR], cependant, peut porter une épée dans l’enceinte de la Chambre. » Une épée cérémonielle est également présentée lors du discours annuel du Trône, prononcé par le monarque pour détailler l’agenda législatif du gouvernement.

Sept siècles après l’Acte de 1313, l’atmosphère au sein des Chambres des communes et des lords est devenue feutrée, ultra-codifiée et empreinte d’une politesse parfois désuète. Le Parlement et ses conventions font l’objet de nombreuses légendes urbaines… En particulier l’interdiction de mourir dans l’enceinte du palais de Westminster, élue loi la plus absurde du pays en 2008, pour éviter à l’État de financer des funérailles en grande pompe. En réalité, les funérailles d’État restent réservées aux monarques et aux grandes personnalités du pays, sans condition de lieu de décès, et aucun texte n’interdit aux parlementaires et aux visiteurs de pousser leur dernier soupir dans le bâtiment.