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ENTRETIEN. Prix des carburants : "La baisse va se voir très clairement à la pompe dès ce week-end", affirme Francis Pousse

l'essentiel Alors que le cours du baril de pétrole repart à la baisse, les tarifs des carburants pourraient diminuer d’ici ce week-end. Entre fluctuations géopolitiques et gestion des stocks en station, Francis Pousse, président des distributeurs de carburants et d’énergies nouvelles du syndicat Mobilians, fait le point sur l'évolution à venir des prix du carburant.

À quoi faut-il s’attendre à la pompe d’ici ce week-end du 8-9 août, pour le gazole ou le sans-plomb 95 ?

La baisse du prix du baril, si elle se poursuit ou si elle se maintient, provoque dès maintenant chez nos fournisseurs des prix à la baisse. À court terme, cela va donc se retrouver en station-service. Pour le gazole, on parle d’une baisse potentielle de 10 à 12 centimes par litre. Pour le sans-plomb 95, il faut compter une baisse de 7 à 8 centimes. Lundi [3 août, ndlr], nous étions à environ 2,20 euros le litre pour le gazole, selon le rapport hebdomadaire du gouvernement, et légèrement au-dessus de 2 euros pour le sans-plomb 95. Si tout continue ainsi, la baisse va se voir très clairement à la pompe dès ce week-end. Cela montre d’ailleurs que notre profession est très réactive dans un sens comme dans l’autre.

Comment se fixe exactement le prix du carburant à la pompe par rapport au cours du brut ?

Il faut bien faire la différence entre les deux. Le baril n’est qu’un étalon indicatif. Derrière, la réalité des tarifs dépend de la cotation "platts" de Rotterdam pour les produits finis. Chaque carburant - le sans-plomb, le gazole, le fioul ou le carburant d’aviation - possède sa propre cotation sur ce marché. Évidemment, le baril de pétrole brut étant la matière première, il constitue la cause première de variation de ce fameux "platts". Mais derrière, d’autres facteurs déterminants entrent en compte : les coûts de fabrication, les frais de transport maritime et terrestre qui ont augmenté, et surtout la disponibilité du produit raffiné sur le marché international.

Francis Pousse est le président national des distributeurs de carburants et d’énergies nouvelles du syndicat Mobilians.
Francis Pousse est le président national des distributeurs de carburants et d’énergies nouvelles du syndicat Mobilians. MAXPPP - Vincent Isore

Combien de temps faut-il pour qu’une baisse des cours à Rotterdam se répercute concrètement dans une station-service ?

Tout dépend de la rapidité de rotation des stocks de la station. Si un gérant a acheté son carburant au prix fort lundi - ce qui est mon cas -, il lui faut le temps d’écouler ses cuves avant de pouvoir réapprovisionner au nouveau prix plus bas et proposer des tarifs plus attractifs à la vente. En moyenne en France, la durée de renouvellement des cuves s’échelonne entre un à deux jours pour les stations très fréquentées et jusqu’à quinze jours pour les stations rurales.

Pourquoi le gazole connaît-il des tensions de prix particulièrement fortes par rapport aux autres carburants ?

C’est en effet sur le gazole que la situation bloque au niveau mondial, ce qui explique pourquoi nous avons subi près de 30 centimes de hausse en trois à quatre semaines. Cette tension est survenue depuis que les Russes ont interrompu leurs exportations de diesel. Même si ce gazole russe n’arrivait plus directement sur le continent européen en raison des sanctions liées à la guerre en Ukraine, les pays tiers qui s’en fournissaient ont dû trouver des solutions alternatives. Ils se sont rabattus sur le marché international, et par le jeu de la loi de l’offre et de la demande, le gazole est devenu très recherché, faisant grimper les prix. À ce jour, nous restons encore plus de 30 % plus chers qu’avant la crise.

Quelle est la tendance à plus long terme pour les prix du pétrole ?

Sincèrement, toute prédiction à long terme est quasiment impossible à faire. Depuis le début du mois de mars, Donald Trump change de position tous les dix à quinze jours, et parfois même plusieurs fois par jour. À lui seul, il réussit à faire varier les prix du baril d’une manière que je n’ai jamais vue en douze ans de métier chez Mobilians. À long terme, si la situation continue de s’apaiser dans le détroit d’Hormuz et que le trafic maritime retrouve son rythme normal, l’afflux de pétrole brut fera baisser les prix. Il n’y a aucune pénurie de brut sur le marché. Mais si le contexte géopolitique continue de faire le yo-yo, nous subirons de nouvelles hausses.