ENTRETIEN. Présidentielle 2027 : "Une déclaration de candidature réussie suppose d'être un vrai événement médiatique", selon le communicant Philippe Moreau Chevrolet
l'essentiel Comment annoncer sa candidature à la présidentielle ? Philippe Moreau Chevrolet, expert en communication politique et enseignant à Sciences Po, juge l'exercice de plus en plus difficile et raté. En cause : la multiplication des annonces et une saturation médiatique.
Existe-t-il des codes à respecter pour annoncer sa candidature à la présidentielle, ou vaut-il mieux casser les habitudes pour 2027 ?
L’objectif, c’est l’impact. Il faut que l’annonce soit vue, reprise, crédible. Et c’est très compliqué à réussir. Ce qu’on voit beaucoup en ce moment, ce sont des faux départs : des candidats qui annoncent, puis réannoncent, comme Édouard Philippe. S’ils sont obligés de recommencer, c’est que ça n’a pas assez marqué la première fois. Ça prouve un manque de préparation, un défaut de mise en scène. Une déclaration réussie suppose que ce soit vraiment un événement médiatique, ce qui exige beaucoup de préparation.
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Quelles sont ces conditions pour réussir ?
Avant tout, la déclaration doit être attendue. Il faut qu’on ait envie du candidat, que les gens se disent qu’il manque à l’élection, voire qu’il représente une sensibilité laissée de côté. La phase de préparation vise à créer ce désir, cette attente, un peu comme le fait Dominique de Villepin. Il faut vraiment soigner la mise en scène, que tout le monde attende cette séquence avec impatience, et que, quand elle arrive, ça paraisse évident. Si ce n’est pas le cas, la mayonnaise ne prend pas, la déclaration retombe à plat. C’est souvent ce qui est négligé par les entourages, soit par manque de moyens, soit par manque de savoir-faire. Résultat : on se retrouve avec des annonces improvisées, et très confuses, comme celle de Xavier Bertrand ce jeudi aux universités du Medef.
Sur les modalités, le grand rendez-vous du 20 heures à la télévision reste une valeur sûre ?
Oui, c’est la formule la plus simple : tout est calé à l’avance, les médias s’adaptent, le public a rendez-vous à l’heure dite. Raphaël Glucksmann, par exemple, a utilisé ce format avec succès. Parce qu’en laissant planer un doute sur sa candidature, il a créé du suspense et donc de l’attente. Là, la préparation a payé, et ça déclenche une vraie séquence médiatique sur lui.
Mais il y a aussi la presse quotidienne régionale (PQR), utilisée par Emmanuel Macron en 2022, ou par Jacques Chirac avant lui...
La presse régionale, c’est surtout un choix de présidents en exercice. Donner une interview à la PQR, c’est s’adresser à un lectorat fidèle, souvent celui qui vote. Ça peut être aussi puissant que la télévision, mais il faut avoir la légitimité pour réussir à réunir tous les titres de presse qui font vivre leurs régions. C’est réservé aux figures installées, ça ne marche pas pour tout le monde.
Et les réseaux sociaux ? On se souvient qu'Éric Zemmour avait annoncé sa candidature directement sur son compte Twitter à l'aide d'une vidéo adoptant les codes de l'appel du 18-Juin.
Ça peut être très original et créer un buzz énorme, surtout pour un outsider. Zemmour a frappé fort avec sa vidéo, il a révolutionné la forme, mais c’est risqué : ça peut manquer d’institutionnel, de crédibilité. Les réseaux sociaux, c’est malin pour émerger, mais ça n’a pas la force institutionnelle de la télévision ou de la PQR. Ça reste marginalisant. Les résultats électoraux d'Éric Zemmour puis de son parti Reconquête aux élections législatives en sont la preuve.
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Alors que d'autres suivront probablement encore, on a déjà l'impression d'être submergés d'annonces de candidature. Avec la multiplication des partis, il est de plus en plus difficile d'émerger ?
Complètement. Aujourd’hui, la saturation médiatique complique tout. Il faut parfois se déclarer plusieurs fois pour enfin capter l’attention ! Ce manque de moments forts et d’attente construite, c’est vraiment ce qui marque la période actuelle des annonces de candidature. Réussir son annonce est crucial pour bien entrer dans la période mais, paradoxalement avec la multiplication des moyens de communication, il est de plus en plus difficile de la réussir.