ENTRETIEN. Nouveaux parcs d'attractions en France : "L'Île-de-France pourrait devenir l'Orlando européen", prédit John Rakotozafy
l'essentiel L'Arabie saoudite va massivement investir dans les prochaines années pour créer un complexe majeur de loisirs à Cergy-Pontoise (Val-d'Oise), au nord-ouest de Paris. John Rakotozafy, rédacteur en chef de parcsnonstop.fr, décrypte les enjeux stratégiques, concurrentiels et politiques de cette arrivée fracassante en région parisienne.
Annoncé par Emmanuel Macron en début de semaine, le projet d'implantation de trois parcs d'attractions financés par l'Arabie saoudite sur l'ancien site de Mirapolis, dans le Val-d'Oise, risque de bouleverser le secteur des parcs de loisirs et d'attractions en France dans les prochaines années.
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Alors que le premier volet sera dédié à la célèbre licence Dragon Ball Z, les retombées touristiques et économiques s'annoncent colossales pour l'Île-de-France, tout en soulevant des questions d'infrastructures et de concurrence avec les acteurs historiques. Le rédacteur en chef de parcsnonstop.fr, John Rakotozafy, répond aux questions de La Dépêche du Midi.
La Dépêche du Midi : pourquoi l'Arabie saoudite choisit-elle de financer un tel complexe en France ?
John Rakotozafy : Il y a deux axes majeurs. D'abord, une volonté d'exercer du soft power. On l'a très bien vu ces dernières années dans le football, notamment avec le Qatar et le rachat du Paris Saint-Germain : il y a une possibilité d'étendre son influence politique à travers la culture et les loisirs, sans passer par la puissance militaire ou le pétrole. Là, on est dans le prolongement direct de cette stratégie.
Pourquoi le choix s'est-il porté spécifiquement sur la France et la région parisienne ?
C'est ce qu'a souligné Emmanuel Macron : la proximité avec Disneyland Paris est un atout déterminant pour les investisseurs. Ils ont la certitude de s'implanter dans une région où les infrastructures existent déjà. On a par exemple le RER A qui dessert Cergy-Pontoise d'un côté et Marne-la-Vallée de l'autre. Enfin, Paris est un hub international extrêmement bien connecté, que ce soit par les aéroports ou par le réseau TGV qui relie directement l'Angleterre, la Belgique, les Pays-Bas, l'Italie ou l'Espagne.
L'objectif est-il de concurrencer directement Disneyland Paris ?
Leur but est plutôt de reproduire le modèle d'Orlando, en Floride. La concurrence entre Disney et Universal s'y est révélée très bénéfique pour les deux groupes. Plutôt que de cannibaliser les parts de marché, cette offre complémentaire incite les touristes à allonger leur séjour. Au lieu de venir deux ou trois jours pour Disney uniquement, des familles viendront une semaine entière pour combiner Disney, le parc Dragon Ball et les autres infrastructures aux alentours.
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Des freins politiques ou administratifs pourraient-ils retarder le projet ?
C'est un paramètre crucial. Le dossier avance vite parce qu'il a été suivi directement par l'Élysée et soutenu par des élus comme Valérie Pécresse. En cas de changement de majorité présidentielle ou législative, le calendrier pourrait être impacté. Des oppositions locales s'expriment déjà, notamment de la part de députés LFI du Val-d'Oise qui regrettent l'absence de concertation. Si ces contestations se renforcent, cela pourrait allonger les délais de procédure. On parle de cinq à six ans de chantier, mais cela pourrait être plus long.
La France ne risque-t-elle pas une saturation avec la multiplication de ces grands complexes ?
Je ne pense pas. Les parcs régionaux à taille humaine, comme Nigloland, Bagatelle, le Futuroscope ou Walibi, conservent une vraie proximité avec leur public local et répondent à une autre demande. La question se pose davantage pour des acteurs comme le Parc Astérix. Face à deux géants comme Disney et ce nouveau complexe saoudien - sans oublier l'ouverture d'Universal près de Londres en 2031 -, le Parc Astérix devra affirmer sa différence.
L'Île-de-France peut-elle devenir la capitale européenne des parcs à thème ?
Elle a toutes les cartes en main pour devenir l'Orlando européen. Pour les touristes qui n'ont pas le budget de partir aux États-Unis, la région parisienne offrira un regroupement unique d'acteurs majeurs. De plus, Paris possède un atout que la Floride n'a pas : un patrimoine culturel et touristique de premier ordre. Les visiteurs pourront faire d'une pierre deux coups. Pour le tourisme français, c'est une opportunité exceptionnelle.