ENTRETIEN. "Je ne pourrais pas être un candidat comme les autres" : à Marciac, François Hollande poursuit sa partition sur la route de la présidentielle
l'essentiel De passage à Marciac ce mardi 21 juillet dans le cadre du festival de jazz, François Hollande ménage le suspense sur sa possible participation à l'élection présidentielle 2027. S'il ne se déclare pas candidat pour l'heure, il indique vouloir donner sa réponse d'ici la fin de l'année. En attendant, il continue d'occuper l'espace politique et médiatique.
Simple coïncidence ou message subliminal à neuf mois du scrutin ? François Hollande était de passage à Marciac ce mardi, comme ce fut le cas en 2011, un an avant son élection à la présidence de la République. S'il réserve encore son annonce au sujet d'une possible candidature, quelques jours après avoir réuni 160 soutiens dans un cocktail au Sénat, l'ancien chef d'État et actuel député continue d'occuper le terrain politique et médiatique.
La Dépêche du Midi : François Hollande, êtes-vous ici en vacances ou continuez-vous de préparer le terrain en vue de l'élection présidentielle 2027 ?
Chaque fois que je suis venu à Marciac, c’est vrai qu’il y avait quelques événements électoraux qui pouvaient suivre, mais c’est aussi un plaisir d’être ici. Parce que c’est un festival de taille mondiale, parce que ce qu’a fait le maire, Jean-Louis Guilhaumon, est exceptionnel, dans un village qui compte plus de 1 000 habitants et qui a réussi encore à attirer 20 000 personnes hier (NDLR : lundi). C’est considérable. Pour la première fois, il y a un débat, je trouve que c’est bien. On ne parle pas simplement de politique mais aussi de sujets d’intérêt général. La culture, ce n’est pas simplement écouter. C’est aussi participer, échanger.
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Justement, la culture est relativement malmenée aujourd’hui en France. A-t-elle une chance d’exister dans le débat politique à l’approche des présidentielles ?
Elle est malmenée budgétairement, pour des raisons que l’on connaît, de priorités qui sont données à d’autres ministères. Elle est malmenée localement. Même si ici en Occitanie, Carole Delga et son équipe font l’essentiel, il y a dans d’autres régions des remises en cause de subventions. Elle est aussi remise en cause technologiquement : la numérisation et l’intelligence artificielle viennent perturber, et même percuter la culture. La bonne réponse est à mon avis de préserver tous les champs de la création culturelle, localement comme nationalement, parce que l’influence de la France existe aussi par la culture. Pour la jeunesse, la culture est une façon de se retrouver dans un idéal républicain. La liberté, le pluralisme, ça compte. Il ne faut pas faire de la culture un thème central mais elle s’intègre dans un projet de vie et de France à cinq, dix ans. Les réseaux sociaux prennent une part considérable, beaucoup de temps. On voit bien que la lecture est en train de diminuer, que le cinéma est en difficulté. Je crois que c’est toujours face aux épreuves qu’on se grandit. La culture est un facteur d’unité et de cohésion.
Au cours du débat, vous avez insisté sur la notion de rassemblement. À ce titre, où en est la gauche aujourd’hui, à neuf mois de la présidentielle ?
La gauche doit rassembler mais aujourd’hui, une de ses fractions n’est pas du tout dans cet état d’esprit. Il faut en prendre acte, il y aura une gauche radicale qui sera dans une position de refus de toute perspective de rassemblement. C’est à la gauche socialiste et républicaine d’être rassembleuse. Les partis ont perdu beaucoup de leur capacité d’attraction, de leur rayonnement et même de leur encadrement, je le regrette d’ailleurs. Il faut s’adresser aux électrices et aux électeurs et leur montrer qu’on a un chemin qui peut les conduire, non pas simplement à écarter l’extrême droite, mais à offrir une perspective au pays.
"En me préparant, j’espère préparer les Français"
Quant à vous, où en êtes-vous dans votre cheminement personnel ?
J’ai dit qu’en me préparant, j’espère préparer les Français. Je mets la dernière ligne à un livre qui vise à donner des réponses, programmatives pour certaines, mais aussi à des défis que j’ai évoqués, pour que ce soit sur le contenu de la politique que les choix puissent se faire. Après, on verra qui les portera.
Votre décision quant à une possible candidature n’est donc pas arrêtée pour l’heure ?
Non. Je dis que c’est à la fin de l’année que j’aurai à me prononcer. Je suis dans une position un peu différente. Ayant été président de la République, je ne pourrais pas être un candidat comme les autres. Il y a une multiplication de volontés de candidature. À un moment, la seule question qui se posera aux Français, c’est qui peut être président. Pas qui peut être candidat. C’est une question à laquelle il faut apporter une réponse qui n’est pas simplement une réponse de personnalité.
D’ici là, vous continuerez donc d’occuper le terrain…
Oui, en le faisant sur le contenu de la politique et la manière de résister aux épreuves. Je pense que la France n’est capable de se grandir que lorsqu’elle est confrontée à des épreuves. Or les épreuves sont sérieuses. Intérieures, avec l’extrême droite, extérieures, avec Trump, Poutine, la Chine, le détroit d’Ormuz qui est toujours bloqué, le climat… Face à toutes les épreuves, nous avons la possibilité en France de choisir notre destin, qui ne va pas être simplement celui de notre pays mais celui de l’Europe. Si la France fait défaut, je ne vois pas comment l’Europe pourrait tenir bon. Notre bulletin de vote va compter pour le monde entier.