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ENTRETIEN. Incendies : "Toutes les conditions sont réunies pour que le feu progresse rapidement" Le porte-parole des pompiers de France alerte sur la situation en Gironde et dans les Landes

l'essentiel Malgré des centaines de pompiers mobilisés, les flammes continuent de progresser en Gironde et dans les Landes. Pourquoi ces incendies sont-ils si difficiles à stopper ? Quels dangers redoutent les secours dans les prochains jours ? Le lieutenant-colonel Éric Brocardi répond.

Alors que les incendies continuent de ravager la Gironde et les Landes, plus de quatre ans après les méga-feux de l'été 2022, les conditions restent particulièrement difficiles pour les sapeurs-pompiers. Forêt dense, végétation abondante, relief, vent, "sautes de feu"... Pourquoi ces incendies sont-ils si compliqués à maîtriser ? Le lieutenant-colonel Éric Brocardi, porte-parole de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France, décrypte les défis auxquels sont confrontés les secours.

Eric Brocardi, pompier des Alpes-Maritimes est pompier dans les Alpes-Maritimes et porte-parole de la fédération nationale des sapeurs-pompiers.
Eric Brocardi, pompier des Alpes-Maritimes est pompier dans les Alpes-Maritimes et porte-parole de la fédération nationale des sapeurs-pompiers. Facebook - Sapeurs-pompiers de France

Pourquoi les incendies qui touchent actuellement la Gironde et les Landes sont-ils aussi difficiles à maîtriser ?

La difficulté vient avant tout du type d'incendie auquel nous sommes confrontés. Il s'agit à la fois d'un feu de cime, qui se propage dans les arbres, et d'un feu de sous-bois, qui consume toute la végétation au sol. Les deux avancent simultanément, ce qui complique énormément le travail des secours.

Ensuite, il y a la configuration des lieux. Nous sommes dans une immense forêt de pins, avec des arbres très hauts, un sous-bois particulièrement dense et très peu de routes ou de pistes qui permettent aux pompiers d'accéder rapidement au feu. C'est très différent d'autres régions où les massifs sont plus faciles d'accès.

À cela s'ajoute un autre facteur : les fortes pluies de l'hiver et du printemps. Elles ont favorisé une végétation abondante qui, aujourd'hui, constitue un combustible idéal. Avec le vent, toutes les conditions sont réunies pour que l'incendie progresse rapidement et soit particulièrement difficile à éteindre. Sans parler des phénomènes de "sautes de feu" qui compliquent également notre travail.

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C'est-à-dire ?

Une saute de feu, c'est lorsqu'un nouveau foyer apparaît à plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de mètres du front principal. Les pompiers peuvent avoir le sentiment d'avoir contenu les flammes, puis voir le feu repartir 100, 200 ou même 300 mètres plus loin. Pourquoi ? Parce que sous l'effet de la chaleur, les pommes de pin éclatent et deviennent de véritables projectiles incandescents. Poussées par le vent, elles retombent plus loin et enflamment une nouvelle zone.

Le feu crée aussi ses propres courants d'air, qui transportent des braises sur de longues distances. C'est ce qui rend ces incendies particulièrement imprévisibles.

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Quatre ans après les gigantesques incendies de 2022, les pompiers sont-ils mieux armés face à ce type de sinistre ?

Malheureusement, nous sommes confrontés aux mêmes difficultés. Nous intervenons sur les mêmes massifs forestiers, avec les mêmes caractéristiques et les mêmes contraintes. Les dégâts restent considérables et nous sommes dans la continuité de ce que nous avons connu en 2022. À cela s'ajoute une forte pression car c'est une zone très touristique avec beaucoup de vacanciers, et des habitations à protéger en plus d'un massif forestier.

En revanche, chaque incendie permet d'améliorer l'organisation des secours et le retour d'expérience. Mais face à des conditions météorologiques défavorables et à une végétation aussi combustible, il n'existe pas de solution miracle.

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Les prochains jours s'annoncent particulièrement critiques. Les pompiers s'attendent-ils à un week-end sous très haute tension ?

Oui, le week-end s'annonce redoutable. Bien sûr, si la pluie arrive, elle va aider localement les pompiers à ralentir la progression des flammes. Mais l'épisode orageux qui s'annonce nous fait craindre des impacts de foudre, qui est l'une des principales causes naturelles de départ de feu.

Dans ces situations, il faut aussi mesurer les risques auxquels sont exposés les sapeurs-pompiers. Nous gardons en mémoire le décès d'un de nos collègues en Savoie, victime d'un éboulement lors d'une intervention. À chaque engagement, il faut trouver le bon équilibre entre les enjeux à protéger et la sécurité des secours.