ENTRETIEN. Guerre en Ukraine : pourquoi le défilé du 14-Juillet était un "avertissement direct adressé à Poutine" mais aussi un "message clair envoyé à Trump"
l'essentiel La "coalition des volontaires" est une alliance militaire d’États majoritairement européens engagés à soutenir l’Ukraine, par la finance ou le déploiement au sol, pour dissuader toute agression russe. Nous avons analysé les annonces politiques et budgétaires de ce 14-Juillet avec l’ex-officier Guillaume Ancel pour démêler les effets d’affichage à long terme du virage opérationnel immédiat. Entretien.
La "coalition des volontaires", initiée par la France et le Royaume-Uni et composée essentiellement d’Européens, s’est engagée à soutenir militairement l’Ukraine, y compris par l’envoi de soldats sur le terrain, afin de dissuader la Russie de toute nouvelle offensive. Autre message symbolique envoyé à Poutine : la présence de nombreuses armées "alliées" lors du défilé du 14-Juillet. Guillaume Ancel, ex-officier et auteur de la revue "Ne pas subir", commente cette séquence hautement symbolique.
Comment analyser les événements de ces derniers jours et notamment l'annonce d'un accord sur la vente de 16 Rafale à Kiev ?
Il faut faire très attention à tout ce qui s’est passé ces trois derniers jours. Il faut faire la différence entre ce qui relève du court terme et ce qui relève d’un horizon beaucoup plus lointain. Prenons un exemple concret : quand Emmanuel Macron annonce que l’Ukraine a l'intention de commander 16 avions de chasse Rafale. Si l'on regarde attentivement les dates de livraison prévues, on parle de 2028 ou 2029. D'ici là, on espère tous que la guerre sera terminée.
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De plus, le président est un peu coquin sur ce coup-là, et il n’a pas tort : ce n’est pas la France qui donne ces Rafale à l'Ukraine, c’est l’Ukraine qui les commande. J’imagine que cela se fait à travers des mécanismes de financement européens, ce qui permet au passage à notre industrie de récupérer des fonds.
Vous qualifiez donc ces livraisons et ces licences d'annonces purement politiques ?
C’est exactement le même mécanisme quand Donald Trump annonce qu’il cède aux Ukrainiens une licence de fabrication pour les missiles Patriot. C’est une belle annonce, oui, mais nous sommes sur un horizon de deux à trois ans minimum avant que le tout premier missile ne sorte réellement des lignes de production. Ce sont avant tout des annonces politiques, des effets d'affichage pour montrer qu'on agit. C'est du moyen et long terme. En revanche, si l'on regarde le court terme, il s’est passé plusieurs choses cruciales et immédiatement tangibles.
Comme ?
L'annonce la plus importante, selon moi, s'est déroulée lors du sommet de l'OTAN. Tous les pays de l’Alliance ont promis une enveloppe colossale de 70 milliards d'euros de financement à l’Ukraine pour les années 2026 et 2027. C’est une décision historique. Cela entérine un soutien commun pour un effort de guerre durable. Sans cet argent, l’Ukraine se retrouverait immédiatement en très grande difficulté sur le front. C’est un signal fort envoyé à Vladimir Poutine.
Justement, vous évoquiez aussi des signaux symboliques très forts. Qu'en est-il de la présence de soldats ukrainiens et de la coalition des volontaires au défilé du 14-Juillet ?
Ce défilé était tout simplement énorme. Nous avons assisté à une démonstration de force militaire impressionnante. C’est l’expression visuelle d’une volonté de puissance et d’une politique claire de défense collective. Ce que la France et ses partenaires affichent à travers ce défilé, c'est qu'ils n'ont pas peur du combat et qu'ils disposent d'armées prêtes.
"On passe du pacte de papier au pacte opérationnel"
Une vingtaine d'armées étaient représentées, ce qui est colossal. Même si certaines nations ne viennent symboliquement qu'avec trois soldats pour porter leur drapeau, c'est un message politique d’une force incroyable. Cela signifie : "Nous, pays européens, nous nous affichons unis et prêts à nous défendre ensemble". C’est un avertissement direct adressé à Vladimir Poutine, mais c'est également un message très clair envoyé à Donald Trump. Comme pour lui faire comprendre que les Européens n'ont pas besoin de lui pour s'organiser et combattre.
Au-delà du symbole, la "coalition des volontaires" veut mener des entraînements communs. Qu'est-ce que cela va changer concrètement ?
Cela change absolument tout, car on passe enfin du pacte de papier au pacte opérationnel sur le terrain. Le simple fait de s'entraîner ensemble signifie que nous allons déployer des unités combattantes combinées. Sur les 37 pays qui composent aujourd'hui cette coalition des volontaires, je pense qu'au moins la moitié participe uniquement de manière financière. Mais cela signifie tout de même qu'une dizaine d'armées nationales différentes vont s'entraîner physiquement ensemble. Cette force militaire va acquérir une existence opérationnelle réelle et immédiate. C’est un autre signal extrêmement lourd envoyé au Kremlin, alors même que nous savons pertinemment que Vladimir Poutine étudie des options de diversion ou de nouvelles provocations militaires pour tenter de contourner l'obstacle ukrainien.
Je ne serais pas du tout étonné de voir cette force multinationale se déployer et manœuvrer en Finlande et dans les pays baltes. C'est une posture de dissuasion active. L'objectif est de dire à la Russie : "N’y pensez même pas. Ne prenez pas ce risque, car si vous franchissez la frontière, vous ferez face à un corps d'armée coalisé et prêt au combat immédiat".