ENTRETIEN. Guerre en Ukraine : "La Russie espère un craquage politique chez certains alliés" Pourquoi l'attaque d'un train à la frontière polonaise est un test de Poutine destiné aux Européens
l'essentiel L’Ukraine et la Pologne ont dénoncé, dimanche 13 septembre, des frappes russes ayant notamment endommagé un train à destination de Varsovie, à seulement deux kilomètres de la frontière polonaise. Pour Guillaume Ancel, ancien officier français, Moscou cherche ainsi à tester la réaction des Européens et à fragiliser leur soutien à l’Ukraine.
À seulement deux kilomètres de la frontière polonaise, une attaque de drone russe fait craindre une nouvelle escalade. L’Ukraine et la Pologne ont dénoncé, dimanche 13 septembre, des frappes russes qui ont notamment endommagé un train à destination de Varsovie, quelques minutes seulement après le passage d’un autre convoi transportant des personnalités européennes. Un simple avertissement ou un message adressé directement aux Européens ? Décryptage avec Guillaume Ancel, ancien officier.
L'attaque d'une locomotive à seulement deux kilomètres de la frontière polonaise marque-t-elle une nouvelle étape dans l'escalade menée par Moscou ?
Guillaume Ancel : Il s'agit incontestablement d'une attaque délibérée. Le fait que Moscou frappe des infrastructures en Ukraine ne devrait plus surprendre au sens strict, mais le ciblage précis d'un train à destination directe de la Pologne constitue un signal politique fort. La Russie cherche à isoler et cloisonner l'Ukraine de son voisin polonais. Ce train est aussi la voie de passage de nombreuses délégations officielles européennes, américaines, canadiennes ou sud-américaines qui se rendent en Ukraine. C’est donc une façon de dire : "Attention, vous pourriez être visés."
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Est-ce une manière pour Vladimir Poutine de tester la réaction des Européens ?
C’est une façon de montrer qu’il peut aller plus loin et provoquer un État européen frontalier de l’Ukraine. Les drones russes se retrouvent régulièrement en Roumanie, en Moldavie, en Pologne, voire parfois au-dessus des Pays-Bas. Poutine teste nos nerfs et la capacité des Européens à réagir. Il veut semer la panique et diviser les Européens, pour que certains finissent par dire : "Si l’escalade doit aller jusqu’à nous, arrêtons d’aider l’Ukraine, ce n’est plus notre guerre." Moscou accentue ainsi la pression pour tester la cohésion de l'Union européenne et espérer un craquage politique chez certains alliés.
Mais il y a un troisième paramètre stratégique capital dans le calendrier de Vladimir Poutine. En étirant le conflit jusqu'à l'année prochaine, le Kremlin mise ouvertement sur des basculements politiques majeurs, notamment en France où une victoire de l'extrême droite lors des prochaines échéances présidentielles. Sans la France, l'Allemagne ou bien le Royaume-Uni, la coalition européenne de soutien à l’Ukraine serait affaiblie. Ce serait une victoire pour Poutine, mettant l’Ukraine et l’Europe dans une position ingérable.
En frappant si près du territoire polonais, la Russie ne risque-t-elle pas d'enclencher une riposte collective de l'OTAN ?
L’OTAN est consciente de l’escalade et a renforcé sa présence sur le flanc oriental, tout en évitant de réagir ostensiblement aux provocations russes pour ne pas donner à Poutine le prétexte d’un conflit ouvert. Elle adapte ses dispositifs, partage du renseignement et prépare la riposte. Mais tous les alliés guettent surtout l’attitude américaine : avec Donald Trump, l’imprévisibilité inquiète énormément.
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Cette agressivité sur le terrain intervient pourtant alors que des discussions diplomatiques semblent s'amorcer. Comment analyser ce double jeu de Vladimir Poutine ?
D'un côté, Vladimir Poutine fait semblant de participer à une négociation initiée par Donald Trump via ses émissaires spéciaux, des affairistes pour qui le sujet de la paix en Ukraine reste secondaire. Il cherche à faire croire qu'il est prêt à discuter. Mais selon les retours de la délégation américaine, Poutine est uniquement prêt à négocier une reddition pure et simple des Ukrainiens. Il ne renonce à aucune de ses exigences initiales et reste intimement persuadé qu'il va gagner cette guerre. Son objectif est de terroriser l'Ukraine, de lui faire passer un hiver particulièrement éprouvant et d'étirer d'éventuelles discussions jusqu'au printemps pour faire face à un pays totalement affaibli.