ENTRETIEN. Disparition de Medhi Narjissi : "Aucune faute pénale ne peut être reprochée à Florian Grill", affirme Me Mathias Chichportich, avocat de la Fédération française de rugby (FFR)
l'essentiel En mars 2026, la Fédération française de rugby (FFR) a été mise en examen pour homicide involontaire dans le cadre de la disparition de Medhi Narjissi lors d'un stage de l'équipe de France des moins de 18 ans en Afrique du Sud le 7 août 2024. La famille du rugbyman du Stade Toulousain demande également la mise en examen de Florian Grill, le président de la FFR. Contactée, la Fédération, par la voix de son avocat Me Mathias Chichportich, a communiqué sa version des faits. Elle nie toute faute pénale de l'institution et de sa présidence, et détaille ce qu'elle a mis en place en termes de mesures pour renforcer la sécurité des jeunes joueurs. Malgré les tensions, elle reste ouverte au dialogue avec les parents de Medhi, Valérie et Jalil Narjissi.
En mars 2026, la FFR a été mise en examen pour homicide involontaire dans l’affaire Narjissi. Qu’est-ce que ça change pour l’institution ? Quelle est votre stratégie de défense ?
Me Mathias Chichportich : Une mise en examen est une étape intermédiaire de la procédure. Elle ne préjuge en rien la responsabilité pénale de la FFR et ne change rien à sa position. Nous n’avons pas de « stratégie de défense » mais une conviction qui est que les décisions qui ont provoqué le drame ont été prises sur place et uniquement sur place.
Alors que l’instruction touche à sa fin, la famille Narjissi demande à ce que Florian Grill, le président de la FFR, soit lui aussi mis en examen dans cette affaire...
Aucune faute pénale ne peut être reprochée à Florian Grill. Nous laissons la justice travailler, c’est à elle et à elle seule de mener l’instruction.
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La famille Narjissi demande également que les mis en cause soient aussi poursuivis pour mise en danger de la vie d’autrui. Quelle est votre réaction à ce sujet ?
La mise en danger suppose une intention d’exposer autrui à un risque de mort ou de blessure. Les fautes qui ont été commises sur place relèvent davantage de l’imprudence. Une nouvelle fois, ce sera à la justice d’en décider.
L'avocat de Stéphane Cambos, Me Dupin, a déposé une plainte visant la FFR pour dénonciation calomnieuse en juin 2025 à la suite des conclusions de l'enquête interne de la FFR. Où en est la procédure concernant cette plainte ?
Nous n’avons aucune information sur cette procédure.
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"Ceux qui instrumentalisent la souffrance des parents à des fins politiques sont indignes et font honte aux valeurs du rugby"
Florian Grill et la FFR sont régulièrement attaqués dans les médias par la partie civile. Votre stratégie est-elle toujours de ne pas répondre pour éviter la surenchère ? Comment Florian Grill vit ces attaques assez régulières ?
Florian Grill vit d’autant plus mal ces attaques qu’elles renvoient l’image d’une personnalité froide et cynique en totale contradiction avec l’homme qu’il est. Il a tenté d’accompagner la famille Narjissi au mieux qu’il a pu et ne cesse de leur témoigner sa compassion. Il a demandé à toute la structure fédérale de se mobiliser et de tenter le dialogue avec la famille, ce qui jusqu’à présent n’a pas pu être réalisé. Mais la porte reste grande ouverte. Florian Grill ne souhaite pas s’exprimer car il ne veut entretenir aucune polémique avec les parents de Medhi dont il comprend et respecte la colère légitime. Ceux qui, à l’inverse, instrumentalisent leur souffrance à des fins politiques en véhiculant des fausses informations notamment sur leurs réseaux sociaux sont indignes et font honte aux valeurs du rugby.
L’équipe de France des moins de 18 ans, dont laquelle jouait Medhi Narjissi, continue de revenir en Afrique du Sud pour y jouer un tournoi. Ce maintien de la participation de France U18 à ce tournoi provoque la colère par la famille Narjissi. Pourquoi la FFR a-t-elle maintenu ce déplacement annuel en Afrique du Sud ?
A ma connaissance, la famille Narjissi a été à l’époque associée à la décision de maintenir ce tournoi sur proposition commune des fédérations sud-africaine et française. Les joueurs de l’équipe de France moins de 18 ans portent un maillot “à Medhi” et un trophée « Medhi Narjissi » est remis au vainqueur de cette rencontre France - Afrique du Sud. L’objectif des deux fédérations est de faire perdurer sa mémoire.
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"Aucune mesure n’aurait malheureusement pu empêcher la décision incompréhensible d’improviser une baignade de récupération sur un site aussi dangereux."
La famille Narjissi continue de déplorer un manque de soutien de la FFR dans l’épreuve qu’ils vivent actuellement. Qu’avez-vous à répondre à ça ?
La FFR n’entend pas discuter le ressenti de la famille Narjissi et alimenter des polémiques. Elle reste ouverte au dialogue ainsi qu’à leur entière disposition.
Depuis le drame, les parents de Medhi Narjissi ne peuvent plus travailler et sont sans ressource financière. La FFR a-t-elle prévu de les aider financièrement ?
Les équipes de la FFR respectent trop la douleur de la famille pour imaginer qu’une quelconque indemnisation puisse apaiser leur peine. Toutes les démarches ont néanmoins été effectuées du point des assurances et la FFR reste ouverte à envisager et faciliter tous les dispositifs susceptibles de soutenir les parents de Medhi. Une nouvelle fois, la FFR reste à la disposition de la famille si elle le souhaite comme elle lui a souvent proposé.
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Deux ans après la disparition de Medhi Narjissi, pouvez-vous rappeler les mesures mises en place par la FFR pour qu’un drame comme celui-là n’arrive plus ?
Aucune mesure n’aurait malheureusement pu empêcher la décision incompréhensible d’improviser une baignade de récupération non prévue au planning sur un site aussi dangereux. Des mesures ont toutefois été prises pour renforcer encore davantage la prise en charge des jeunes joueurs : la création d’un pôle dédié en charge des procédures d’information et de compte rendu pour les familles ; la création de fonction d’ambassadeur FFR ; pour les mineurs, la création d’un reporting et d’un livret complet avec la fiche sanitaire envoyée aux familles ; la création d’un document type relatif à chaque séjour avec le livret, la charte, le règlement intérieur, le programme.
Robin Ladauge a été révoqué de la fonction publique et interdit d'exercer pendant 16 ans par le ministère des sports. La sanction la plus lourde possible. Avez-vous un commentaire à faire sur ce sujet ?
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