ENTRETIEN. Camping en mobil-home : "Un substitut de résidence secondaire sans obligation à vie", pour le sociologue des loisirs Olivier Sirost
l'essentiel Le camping en France connaît une montée en gamme, symbolisée par l'essor du mobil-home, devenu un substitut de résidence secondaire. Ce phénomène reflète une évolution sociétale où le confort et l'espace priment, indique Olivier Sirost, sociologue des loisirs.
Comment expliquer cette montée en gamme du camping à la française, symbolisée par l'avènement du mobil-home ?
Olivier Sirost, sociologue des loisirs : Le rapport au populaire, ancré dans ce que Michel de Certeau appelle les arts de faire (bricolage, jardinage, cuisine...), a complètement basculé. Ils se sont gentrifiés, tout comme la classe ouvrière - 50 % des actifs en 1970 - qui est aujourd'hui une catégorie en voie de disparition. Il y a de moins en moins d’ouvriers et de plus en plus d’emplois intermédiaires, qui se sont un petit peu éloignés de ces objets comme la toile de tente ou la caravane.
Historiquement, le camping, c’est la bourgeoisie. À la fin du XIXe siècle, c'est considéré comme un sport inventé par les Anglais. Il y a alors une forme d’évangélisation de la société par le contact avec la nature, ce qu’on appelle la chrétienté musclée chez les Anglais. Le scoutisme est lancé, mais pas seulement : il y a aussi les auberges de jeunesse, les colonies de vacances... Puis le point de rupture vers un camping populaire s'est opéré à partir des années 1950.
Le boom du mobil-home depuis 30-40 ans, qu'est-ce que cela dit de notre rapport aux vacances ?
C’est un substitut de résidence secondaire, en fait. En 1980, un million de caravanes immatriculées circulaient en France. Dès la décennie suivante, ce flux s'est réduit, les gestionnaires de campings généralisant le gardiennage sur place. Je pense qu’on a un peu le même phénomène avec le mobil-home.
C'est-à-dire ?
Il y a eu le grand rêve du pavillon dans les années 1960 et de la résidence secondaire. C'est passé aujourd'hui. Un certain désenchantement est apparu avec des pavillons souvent construits en série pouvant être synonymes de problématiques de voisinage, de promiscuité, et cela est amplifié par le fait qu’on s’engage à vie. Finalement, on y laisse toutes ses ressources. Alors que dans le camping, on est de passage. C’est quand même ça, l’idée.
"L'apéro, la grillade ou la partie de pétanque perdurent, même dans les 5 étoiles"
Le règne du mobil-home, sa qualification législative comme habitat léger de loisirs, c’est qu’à tout moment il doit être déplaçable. Il y a ce rapport temporaire, précaire, du mobil-home, qui rabat un peu les cartes de la résidence secondaire. Avec le mobil-home, l'expérience est similaire, sans avoir au fond, les formes d’obligations à vie que pouvait représenter la résidence secondaire en dur.
Le mobil-home, avec toute une largesse de gammes accessible, ne favorise-t-il pas un camping à plusieurs vitesses ?
La réponse est oui, très clairement. Une enquête récente de L'Officiel des terrains, le magazine des professionnels du secteur, montre un réel clivage : les CSP+, c’est le mobil-home ; les CSP-, c’est la tente ou la caravane pour les deux tiers de ceux qui partent en camping. La fréquentation du mobil-home, chez les CSP+, va de pair avec l’augmentation du confort. Or, le confort, la première chose à laquelle on ne pense pas, c’est avant tout une question d’espace en termes de mètres carrés habitables, mais aussi d’environnement jardinier ou paysager autour du mobil-home.
Mais au final, tout le monde vient au camping pour les mêmes raisons, non ?
Dans tous les cas, ce qu'on recherche dans le camping, c'est le contact humain, l’art de l’hospitalité, le fait de recevoir l’autre, de s’intéresser à l’autre dans les micro-événements du quotidien : la chute à vélo du petit et l'assistance qu'on y porte, le fait d’aller prêter du sucre ou un produit ménager à son voisin, ou d’aider à l’installation. C’est ça qui est beaucoup recherché dans un moment d'inversion sociale où tout le monde est en tongs, en maillot de bain, qui efface les marqueurs de classe. Quand bien même l'habitat évolue, quelques rites comme l'apéro, la grillade ou la partie de pétanque perdurent, même dans les 5 étoiles.