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Enquêteurs amateurs: veilleur de nuit dans des hôtels, Bruno a résolu un cold case et identifié "l'inconnue de Verdun"

BFM vous propose de découvrir des enquêteurs amateurs qui ont contribué à faire avancer des enquêtes (image d'illustration)

BFM vous propose de découvrir des enquêteurs amateurs qui ont contribué à faire avancer des enquêtes (image d'illustration) - Michaël Mitz

ENQUÊTEURS AMATEURS (1/5). Ils n'ont aucun lien avec le monde de la police et de la justice, mais se sont lancés à corps perdu dans la résolution d'une enquête criminelle. Veilleur la nuit dans des hôtels, Bruno a résolu un cold case vieux de 33 ans.

Bruno* doit peut-être sa passion pour les faits divers à ses bêtises d'enfant. "J'étais souvent puni quand j'étais jeune. Je ne pouvais ni sortir ni regarder la télé, alors je lisais le journal et sa rubrique faits divers", explique l'homme, aujourd'hui âgé de 41 ans, à BFM.

Chaque mercredi, Bruno avait le même rituel. Dès la fin des cours, il fonçait chez son marchand de journaux se procurer - pour cinq francs - le dernier numéro du "Nouveau Détective". Le collégien ignorait alors qu'il participerait bien des années après à la résolution d'un cold case vieux de 33 ans.

"Je récoltais tout ce que je pouvais"

Bruno est ce que l’on appelle un enquêteur amateur. Réceptionniste la nuit dans des hôtels, il dédie son temps libre à la recherche de personnes disparues. "Je tente de faire avancer les choses, de me rendre utile, c'est tout", résume le quadragénaire. En France, comme lui, de nombreuses personnes, qui ne sont ni policier ni juge d’instruction, accordent de leur temps personnel à la résolution d'affaires criminelles.

D'aussi loin que Bruno s'en souvienne, le meurtre d'Élodie Kulik est le premier cold case à l'avoir marqué. "Elle a été tuée, je n'avais même pas 17 ans. J'ai compris que certaines affaires n'étaient pas élucidées et ça m'a vraiment intrigué", explique-t-il.

Mais c'est un tout autre profil qui le fait basculer dans le monde inconnu des enquêteurs amateurs: le tueur en série Michel Fourniret. "C'est l'affaire où il y a le plus de mystères à découvrir", pense Bruno.

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Disparition de Cécile Vallin: 27 ans après, Monique Olivier a-t-elle livré tous ses secrets?

17:40

Il ne rate pas une miette de ce dossier tentaculaire, de l'arrestation de "l'ogre des Ardennes" aux aveux de son ex-femme, Monique Olivier. "Je suivais tous les articles, je récoltais tout ce que je pouvais", rembobine le quadragénaire, qui n'a pas hésité à partir trois mois dans les Ardennes sur les terres de Fourniret.

"J'ai fait de la recherche de corps sur le terrain, dans les lieux où il est passé. J'ai creusé comme un fou, j'ai même parlé avec des protagonistes de l'affaire", expose Bruno, rappelant qu’à ses débuts Internet n’existait pas. "J'ai cherché des indices, des détails… J'ai tout fait."

"Je me suis mis en tête de le faire"

Ses recherches le mènent sur une toute autre affaire, bien moins médiatique. Un jour de l'année 2020, en écumant les pages internet à la recherche d'informations sur l'ogre des Ardennes, Bruno tombe sur un article de presse.

"C'était un journal belge. L'article datait de 2004, mais ils venaient sûrement de le numériser", pense-t-il. On y parle d'un corps exhumé pour les besoins d'une enquête relancée dans une région où Michel Fourniret a commis des méfaits. "Je me souviens m'être dit: 'mais qu'est-ce que c'est que cette histoire'. Je me suis dit que c'est probablement parce qu'elle a été identifiée."

Ce corps est celui d'une jeune femme retrouvée morte à Verdun, dans la Meuse, en 1989. Au gré de ses recherches, Bruno comprend qu'elle a été enterrée sous X, sans jamais avoir été identifiée. "Je me suis mis en tête de le faire", explique-t-il.

Pour y parvenir, l'homme à l'accent du sud s'appuie sur la carte où il recense et répertorie toutes les disparitions, les cold case, et les corps non identifiés dans l’Hexagone, mais aussi en Europe. "Je vois que rien ne correspond en France", expose Bruno qui élargit ses recherches.

Pour lui, celle que l’on surnomme désormais "l'inconnue de Verdun" ne peut venir des pays de l'Est. "L'Union soviétique n'avait pas encore explosé lorsque son corps a été retrouvé", rappelle-t-il. Il recentre alors ses recherches, épluche les avis de disparition disponibles en ligne, d'abord en Belgique, sans succès, puis aux Pays-Bas.

Soudain, une annonce l'interpelle: Elisabeth Wessels, une Allemande de 31 ans, est portée disparue depuis février 1989. Ancienne membre d'une secte dont elle a été écartée aux Pays-Bas, elle a été vue pour la dernière fois à la gare de Verdun.

Bruno compare, point par point, cet avis de recherche à l'acte de décès de "l'inconnue de Verdun" sur lequel il a mis la main.

"Tout colle sauf une chose: sur l'acte de décès, ils estimaient que la femme était décédée en décembre 1988. Et moi, ma disparue avait disparu en février 1989", rembobine-t-il. "Ça ne collait pas, mais comme tout le reste collait, j'ai persisté dans mon idée que c'était bien elle."

"Je sais où elle est"

Convaincu, Bruno, contacte les autorités hollandaises: "Est-ce que Elisabeth Wessels est toujours portée disparue? Je sais où elle est. Elle est dans une tombe au cimetière de Verdun".

Il affirme avoir été pris au sérieux par les autorités. "Ils se sont dit que j'avais du biscuit, que je n'étais pas un médium, que je suis un gars qui a creusé", affirme Bruno, qui n'a pas hésité à lancer, relancer puis re-relancer l'hôpital qui s'était chargé d'effectuer un schéma dentaire de "l'inconnue de Verdun", pour comparer sa mauvaise dentition aux dents abîmées de "sa disparue".

Quelques mois plus tard, la comparaison entre les deux ADN confirme son intuition: l'inconnue de Verdun est bien Elisabeth Wessels.

"La famille m'a contacté pour savoir si j'avais plus d'informations, mais je n'en avais pas. La police m'a aussi remercié", affirme Bruno, dont la passion pour l’enquête n’a fait que se renforcer après ce succès.

Poussé par ses collègues, il crée en 2020, en plein Covid-19, sa page Youtube Infocrimes dédiée aux faits divers, true crime, tueurs en série et autres disparitions mystérieuses. Autant d'affaires qui le mobilisent encore aujourd'hui. "C'est une passion", confie le quadragénaire, motivé par la "vulnérabilité des victimes".

"En France, il y a des corps qui sont retrouvés et qui ne sont pas identifiés. Qui va se battre pour ces personnes? Il faut bien que quelqu'un le fasse", dit Bruno. Saisonnier, le quadragénaire passe son été dans les hôtels. L'enquêteur, lui, poursuit ses recherches qui pourraient s'avérer fructueuses.

*prénom d'emprunt.

Enquêteurs amateurs
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