Encadrer cette « si dangereuse IA » à l’école : la Wallonie en avance sur la Flandre
Une étude montre que 25 % des parents flamands se disent favorables à l’interdiction de l’intelligence artificielle (IA) dans l’enseignement, tant pour les élèves que pour leurs enseignants.
« Nous avons compris trop tard »
La ministre flamande de l’Enseignement Zuhal Demir (N-VA) y ajoute son grain de sel : elle veut établir des règles claires pour toutes les écoles sur la manière dont elles doivent utiliser l’IA. « Nous avons compris beaucoup trop tard ce que les réseaux sociaux faisaient à nos enfants. Avec l’IA, qui est encore plus dangereuse, nous ne pouvons pas laisser la même chose se produire », affirme-t-elle dans « Het Laatste Nieuws ».
La ministre a sollicité l’aide des cinq universités flamandes pour proposer un plan qui doit être prêt à l’automne. « Quand les élèves doivent faire leurs devoirs, ils se tournent directement vers l’IA. Ils ne l’utilisent pas toujours avec suffisamment d’esprit critique », estime-t-elle encore.
En matière d’IA, la ministre de l’Éducation, Valérie Glatigny (MR), semble même en avance sur son homologue flamande. « La ministre partage la nécessité d’encadrer l’utilisation de l’IA à l’école. 93 % des élèves déclarent l’avoir déjà utilisée, notamment pour leurs travaux scolaires. Il serait illusoire de penser que l’école peut l’ignorer, nous ne pouvons pas rater ce train », nous dit l’un de ses porte-parole.
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L’enjeu est d’apprendre aux élèves à comprendre l’IA, à en identifier les limites et les biais et à l’utiliser de manière responsable et critique. « La Fédération Wallonie-Bruxelles a produit une charte relative à l’utilisation de l’IA, en concertation avec les acteurs de l’école », reprend le cabinet de la ministre. « Elle vise à donner un cadre aux établissements, à sensibiliser aux opportunités mais aussi aux risques liés à l’IA, à promouvoir une utilisation responsable et éthique et à rappeler que ces outils doivent rester au service des apprentissages et de l’esprit critique. »
Projet pilote dans 20 écoles
Un projet pilote est mené dans 20 écoles primaires (budget : 200.000 €), afin de tester concrètement différents usages pédagogiques de l’IA : création d’exercices personnalisés, différenciation pédagogique ou encore aide à la préparation des cours, etc. L’objectif est d’identifier ce que ces outils peuvent aux enseignants et aux élèves, mais aussi leurs limites et les conditions nécessaires à leur bonne utilisation.
Des formations continues consacrées à l’IA et à ses usages pédagogiques existent déjà. « Dès cette année scolaire, un nouveau dispositif permettra à 20.000 enseignants (sur trois ans) d’acquérir ou de renforcer leurs compétences numériques de base. Cette formation abordera notamment l’usage responsable du numérique et les enjeux liés à l’IA. »
Quant aux élèves, deux périodes de numérique débarquent cette année en 1re secondaire. « Elles permettront notamment d’aborder l’IA : comprendre son fonctionnement, ses possibilités et ses limites, apprendre à vérifier les informations produites, etc. »
La ministre dit rester attentive aux nouveaux risques : protection des données, dépendance…
L’IA va-t-elle enterrer les devoirs ? « Le travail en classe permet plus d’équité entre les élèves »
Pour Wallonie-Bruxelles Enseignement, il faut éviter de baser la validation des apprentissages uniquement sur des travaux réalisés à domicile.Comment voit-on l’IA dans les écoles ? Des ressources ont été mises à disposition par la Fédération Wallonie-Bruxelles et le Service général du Numérique éducatif. Elles constituent une première base pour accompagner et encadrer les usages dans les écoles, dit-on à WBE.
« Nous considérons au sein de notre pouvoir organisateur Wallonie-Bruxelles Enseignement que l’IA peut constituer une plus-value pédagogique si son usage est encadré. Elle peut notamment soutenir le développement de l’esprit critique. »
Pour ne pas renforcer les inégalités, WBE trouve qu’il est important que les critères d’évaluation soient explicites, que les compétences attendues soient clairement définies et que les activités évaluées soient réalisées en classe, dans des conditions maîtrisées et non hors encadrement pédagogique.
Ne pas renforcer les inégalités
« Nous le disions déjà avant l’IA : tabler uniquement sur des devoirs à la maison ne ferait que renforcer les inégalités, car on les sait plus influencés par de nombreux facteurs (milieu socio-économique, accompagnement parental… et maintenant l’IA). Le travail en classe permet une plus grande équité entre les élèves. »
Plusieurs établissements d’enseignement pour adultes et de formation continue (EAFC Frameries, Famenne Ardenne, Fléron Charlemagne, etc.) ont développé une offre de formations en intelligence artificielle (IA), adaptée aux besoins actuels des apprenants et des professionnels, annonce WBE.