taraskuzio.com

Chronique des médias - En Turquie, une vague de censure touche les médias et les journalistes

Mercredi 14 octobre, le pouvoir de Recep Tayyip Erdogan a pris le contrôle de la principale chaîne d'opposition et première chaîne d'informations en audience en Turquie, Halk TV.

Depuis que la police turque a pris le contrôle de Halk TV, en arrêtant onze personnes et en imposant l'interruption du direct, ce sont des contenus religieux qui sont diffusés. Des mandats d'arrêt ont été émis à l'encontre de 17 personnes ainsi que du patron de Halk TV, Cafer Mahiroglu, qui vit à Londres. Le patron a parlé d'un « jour sombre pour la Turquie », qui bafoue le droit du public à l'information.

Ce n'est hélas qu'une étape de plus car il y a un an, c'était la chaîne d'opposition Tele 1 qui était ainsi baillonnée, avec, comme à Halk TV, la nomination d'un administrateur. Et il y a trois semaines, c'est l'un des principaux sites d'information, T24, qui s'est vu bloqué par les autorités pour avoir apporté son soutien aux droits LGBT.

On le voit, alors que se raréfient les médias indépendants, cette prise de contrôle s'intensifie, à l'image d'un régime Erdogan qui fait emprisonner des élus d'opposition, à commencer par le maire d'Istanbul, Ekrem Imamoglu, depuis un an et demi.

Pour afficher ce contenu Facebook, il est nécessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicité.

Des motifs judiciaires fallacieux pour détourner l'attention

Comme pour le maire d'Istanbul, la justification pour cette prise de contrôle est la : « corruption, le trucage d'appels d'offres et le blanchiment ». Tout cela n'est bien sûr qu'un habillage. Car selon le PDG de Halk TV, la véritable motivation à cette prise de contrôle, c'est une volonté de « détourner l'attention » et de sortir du débat public un immense scandale politico-financier : la liquidation en septembre de fonds d'investissement aux actifs toxiques qui ont spolié près d'un demi-million de petits épargnants pour 17 milliards de dollars d'actifs.

L'affaire éclabousse de hauts responsables du pouvoir et de l'AKP, le parti d'Erdogan. Et, alors qu'une ministre qui se serait enrichie et n'est pas poursuivie est la risée des réseaux sociaux, quatre journalistes de Halk TV ont été écroués et deux autres ont été placés en détention provisoire pour « diffusion d'information trompeuse ».

À écouter dans L'invité internationalContrôle des médias en Turquie: «Le premier objectif, c'est pousser les journalistes à l'autocensure»

Les comptes X des journalistes ne sont pas épargnés

Au prétexte de garantir la sécurité et l'ordre, près de 180 comptes de journalistes ont été censurés, en particulier celui de Can Dündar, le célèbre rédacteur en chef réfugié en Allemagne. C'est aussi le cas, désormais, de ceux de Cafer Mahiroglu et de Halk TV ainsi que de nombreux journalistes, comme la correspondante britannique de Sky News. En septembre, 1 275 comptes X ont été suspendus, dont ceux de Youtubeurs. Selon une organisation de défense des droits, en Turquie, la « vague de censure est devenue un tsunami ».

À lire aussi«Le pouvoir se croit tout permis»: l’opposition turque voit dans le cas Halk TV un tournant autoritaire