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En Russie, la guerre hors débat

Ce matin pour sa chronique Géopolitique, Marie Boëton nous emmène direction la Russie, où le seul parti « anti-guerre » du pays s’est vu barrer la route des législatives…

Publié le vendredi 14 août 2026 à 08:16

La guerre se mène en Ukraine mais le débat sur la guerre, lui, est interdit en Russie. La Cour suprême a, en effet, exclu le petit parti Iabloko du scrutin prévu le mois prochain. Fait rare, même l’Onu est sortie de sa réserve habituelle en se déclarant « profondément préoccupé par l'exclusion » de cette formation politique qui est la seule, dans le pays, à réclamer la fin des hostilités avec Kiev.

Iabloko, crédité en janvier dernier de 3 % des suffrages, ne menaçait aucunement la majorité présidentielle. Mais le Kremlin ne compte pas seulement remporter ces législatives, il entend aussi fixer les limites du débat public. Et critiquer la guerre n’est pas admis. Trop inflammable…

Pourquoi ? Moscou craint vraiment que le discours anti-guerre fasse des émules ?

De plus en plus de Russes, jusque-là résignés à la guerre, souhaitent désormais la fin des combats. Ce ne sont pas forcément des pacifistes, ni des opposants au Kremlin, d’ailleurs. Plutôt des citoyens qui, après quatre ans de conflit, sont préoccupés et fatigués : le conflit s’invite désormais dans leur vie avec les frappes de drones, il plombe aussi l’économie... Sans parler de son coût humain, colossal : près d’un million de soldats russes auraient été tués ou blessés depuis le début de l’invasion.

Moscou craint que cette lassitude, aujourd’hui diffuse, cristalise et se transforme en électorat. Voire en force politique. Un score, même très modeste, peut offrir un point de ralliement pour l’avenir.

Bref, laisser Iabloko participer aux prochaines législatives, c’était potentiellement transformer ce scrutin en référendum informel sur le conflit en cours. Au risque de fissurer le discours officiel...

Un discours selon lequel la nation toute entière souhaite poursuivre les combats ?

Exact. Vladimir Poutine tient à renvoyer l’image d’une société largement ralliée à la guerre. Il en a besoin en interne, d’abord. L’armée russe peine à recruter comme jamais : le réservoir de volontaires s’épuise, Moscou doit même faire appel à des combattants étrangers. Il faut d’autant plus, dans ce contexte, entretenir la fiction d’une nation totalement alignée sur l’effort de guerre.

Idem à l’international. Le maître du Kremlin tient à se présenter en commandeur en chef ayant, derrière lui, un pays qui fait bloc. L’enjeu ? Montrer qu’il n’est soumis à aucune pression en interne et peut donc faire durer le conflit. Une façon de se présenter face à Kiev en position de force.

Une bien drôle de démonstration de force toutefois... quand 3 % suffisent à faire peur.