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En Pologne, des rassemblements pour dénoncer la haine anti-ukrainienne dans le pays, alors que la propagande russe s'intensifie

A Wrocław, dimanche, les participants ont appelé la population à réagir face aux agressions verbales et physiques dont sont victimes les Ukrainiens, a rapporté la radio publique polonaise Polskie Radio. "C'est à nous, simples citoyens, plutôt qu'aux organisations ou aux partis, de nous opposer à cela", a expliqué l'organisatrice Ewa Trojanowska.

France Télévisions

Publié le 24/07/2026 13:41

Temps de lecture : 4min

Une manifestante brandit un drapeau ukrainien lors d'un rassemblement à Varsovie (Pologne), le 20 juin 2026, pour protester contre la xénophobie croissante envers les migrants et les réfugiés en Pologne. (ROMAN KOZIEL / ZUMA / SIPA)
Une manifestante brandit un drapeau ukrainien lors d'un rassemblement à Varsovie (Pologne), le 20 juin 2026, pour protester contre la xénophobie croissante envers les migrants et les réfugiés en Pologne. (ROMAN KOZIEL / ZUMA / SIPA)

Des Polonais, des Ukrainiens et des Biélorusses se sont rassemblés à Varsovie et à Wrocław, ville du sud-ouest de la Pologne, dimanche 19 juillet, pour dénoncer la montée de l'hostilité envers les Ukrainiens en Pologne. Cette mobilisation a fait suite à plusieurs agressions et altercations verbales impliquant des Ukrainiens, alors que des éléments indiquent une forte augmentation des contenus anti-ukrainiens sur les réseaux sociaux en Pologne.

Les participants au rassemblement "Good Neighborliness" [en français "Bon Voisinage"] organisé devant l'ambassade d'Ukraine à Varsovie ont brandi des drapeaux polonais, ukrainiens et biélorusses. Ils ont scandé "Ne les laissez pas nous diviser" et montré des pancartes sur lesquelles on pouvait lire "Halte à la haine" et "Nous sommes avec vous, de tout notre cœur".

L'organisateur, Dzmitry Hałko, ancien correspondant de guerre biélorusse en Ukraine et analyste spécialisé dans la désinformation, a déclaré que ce rassemblement était une réaction spontanée à une série d'incidents xénophobes survenus en Pologne. "Nous ne pouvons pas vaincre les bots sur internet, car les fermes à trolls créent toujours l'illusion d'un avantage numérique", a-t-il expliqué à l'agence de presse polonaise PAP. Les "fermes à trolls" sont des réseaux coordonnés de comptes fictifs ou automatisés utilisés pour manipuler le débat public. "Ce ne sont pas les robots qui descendent dans la rue, mais les vraies personnes", a ajouté Dzmitry Hałko. Il a annoncé qu'une "Marche de l'amitié" à l'échelle nationale était prévue en août ou septembre.

Jerzy Wojcik, éditeur du site d'actualité polono-ukrainien Sestry.eu, a affirmé que le débat politique et en ligne en Pologne avait donné lieu à des tentatives visant à monter les Polonais contre les Ukrainiens en attisant la rancœur. "Il fallait bien que quelqu'un finisse par prendre la parole et dire haut et fort : 'Ça suffit, ça doit cesser'", a expliqué Jerzy Wojcik. "Si nous laissons cette spirale se poursuivre, cela aboutira à une terrible catastrophe pour les relations entre nos pays."

Un autre rassemblement, organisé sur la place du marché de Wrocław, a réuni une douzaine de personnes, selon l'agence PAP. Les participants ont appelé la population à réagir face aux agressions verbales et physiques dont sont victimes les Ukrainiens. "C'est à nous, simples citoyens, plutôt qu'aux organisations ou aux partis, de nous opposer à cela", a assuré l'organisatrice Ewa Trojanowska.

"Nous soutenons sans réserve l'Ukraine dans sa lutte. Nous laissons l'histoire aux historiens."

Ewa Trojanowska, organisatrice d'un rassemblement pour soutenir les Ukrainiens

à Polskie Radio

La Pologne accueille une importante communauté ukrainienne depuis que la Russie a lancé son invasion à grande échelle en février 2022. Les relations entre les deux pays ont parfois été tendues en raison de différends historiques, de la rhétorique politique et de désaccords concernant l'aide économique apportée aux réfugiés. Parmi les incidents récents, on peut citer les insultes proférées à l'encontre de trois femmes ukrainiennes (dont deux fillettes de 11 ans) dans un bus municipal à Bielsko-Biała, dans le sud de la Pologne. Un homme de 54 ans a été mis en examen dans cette affaire.

A Gliwice, dans le sud du pays, un agresseur masqué est soupçonné d'avoir frappé à coups de batte de baseball un Ukrainien de 46 ans. Une vidéo a également circulé sur internet, montrant des militants radicaux faisant irruption dans les locaux d'une entreprise ukrainienne.

Un rapport publié fin juin, intitulé Nous ne sommes pas chez nous : les migrants et réfugiés ukrainiens sur leurs relations avec les Polonais, met également en garde contre la montée d'un sentiment anti-ukrainien. Il a été rédigé par Olena Babakova, chercheuse spécialisée dans les questions de l'immigration, et Przemysław Sadura, sociologue à l'université de Varsovie.

Le centre d'analyse Res Futura a examiné près de 520 000 publications sur les réseaux sociaux parues au mois de mai. Il a constaté que les messages anti-ukrainiens avaient fortement augmenté, tandis que les commentaires favorables aux migrants représentaient environ une publication sur 1 000.

Ces dernières semaines, les opérations de désinformation russes se sont intensifiées, portant largement sur les massacres de Volhynie, survenus pendant la Seconde Guerre mondiale. C'est l'un des sujets les plus sensibles dans les relations entre la Pologne et l'Ukraine.

Le Conseil de la résilience polonais a déclaré que le Service fédéral de sécurité russe (FSB) avait diffusé des documents prétendument récemment déclassifiés faisant état du meurtre de onze prêtres catholiques et de 2 000 habitants de Volodymyr-Volynskyi en 1943. Des historiens polonais ont affirmé que l'événement décrit n'avait pas eu lieu et que ce récit semblait mélanger plusieurs incidents distincts.

Les vérificateurs de faits ont également mis en évidence l'activité des réseaux pro-russes Matryoshka et Storm-1516, qui ont diffusé des vidéos imitant celles des médias occidentaux. Parmi celles-ci figurait un reportage fabriqué de toutes pièces imitant France 24, affirmant que le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, avait alloué 70 millions d'euros à la construction d'un mémorial dédié à l'Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA), dont les membres étaient responsables de massacres de civils polonais.

Le gouvernement polonais a déclaré que cette campagne visait à transposer la colère suscitée par les crimes commis pendant la Seconde Guerre mondiale dans les relations actuelles et à exacerber l'hostilité entre Polonais et Ukrainiens. D'autres contenus mensongers ont cherché à présenter les Ukrainiens vivant en Pologne comme des personnes dangereuses, ingrates ou hostiles.

Par ailleurs, le parquet polonais a annoncé avoir mis en examen un Ukrainien de 18 ans, accusé d'avoir mené 47 missions pour le compte des services de renseignement russes, notamment d'avoir profané des monuments commémoratifs dédiés aux victimes polonaises de l'UPA. L'Agence polonaise de sécurité intérieure (ABW) a déclaré que l'objectif était de provoquer un conflit entre Polonais et Ukrainiens, illustrant ainsi comment la propagande en ligne peut être renforcée par des incidents orchestrés dans le monde réel.

Source : IAR/PAP.

Un article publié par Polskie Radio le jeudi 23 juillet à 10h30. Traduit et édité pour franceinfo par Alice Kouri.

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