En pleine guerre contre la Russie, une fusillade éclate entre le renseignement militaire et les services de sécurité ukrainiens
Une fusillade entre deux services de sécurité ukrainiens rivaux, le SBU et le HUR, a éclaté dans un quartier de Kiev. Volodymyr Zelensky a sévèrement recadré les responsables des deux agences, dont l'influence n'a cessé de croître depuis 2022.
Volodymyr Zelensky a sévèrement recadré plusieurs agences d'État ukrainiennes après une fusillade opposant deux services de sécurité rivaux dans les rues de Kiev. L'incident relance les interrogations sur la capacité de l'exécutif ukrainien à contrôler des services dont l'influence et les moyens n'ont cessé de croître depuis l'invasion russe à grande échelle de 2022.
Des échanges de tirs ont éclaté dans la nuit puis mercredi matin dans un quartier résidentiel, raconte le Financial Times. Le SBU, le puissant service de sécurité intérieure ukrainien, a d'abord affirmé dans un communiqué qu'une opération conjointe avec le renseignement militaire, le HUR, avait permis de déjouer une « attaque terroriste » russe visant « l'un des dirigeants de l'opposition russe ».
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Quatre heures plus tard, le SBU a livré une seconde version difficilement conciliable avec la première. Sans plus mentionner de coopération avec le HUR, il a évoqué un face-à-face avec un « groupe d'individus » ayant tenté d'empêcher ses agents de mener une perquisition. Des membres de l'unité d'élite « Alpha » du SBU ont ouvert le feu et arrêté trois personnes appartenant, selon l'agence, à « l'une des unités des forces de défense de l'Ukraine ». Le SBU a précisé que plusieurs personnes avaient été blessées « parmi celles qui ont résisté ». Le média ukrainien Ukrainska Pravda a fait état de trois membres du HUR blessés.
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Guerre de services
Cet affrontement survient alors que Kiev subit depuis six jours consécutifs des frappes de drones russes, une durée inédite que des responsables ukrainiens attribuent à un changement de tactique de Moscou, visant à « paralyser » l'activité économique. Volodymyr Zelensky s'en est pris « durement » aux « chefs des structures » impliquées dans l'incident, a rapporté son conseiller en communication devant la presse. Le président leur a également demandé de « communiquer publiquement » sur l'affaire, a précisé le conseiller.
L'épisode semble lié à l'arrestation, révélée quelques jours plus tôt, d'un cadre du Corps des volontaires russes (RVC), une unité de nationalistes russes combattant pour l'Ukraine et rattachée au HUR, dirigée par l'extrémiste d'extrême droite russe Denis Nikitine. Le chef d'état-major du RVC, Aleksandr Fortuna, a affirmé mardi que le commandant en second de l'unité, Stepan Kaplunov, avait été « enlevé » quelques jours auparavant, « sans aucune information [...] sur les charges retenues contre lui ».
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Selon l'avocat de Stepan Kaplunov, cité par le média d'investigation ukrainien Slidstvo, le commandant en second avait été arrêté par le SBU fin août, avant d'être ramené ce mercredi à son domicile pour une perquisition. A ce moment là, des agents du HUR auraient tenté d'empêcher le SBU d'y pénétrer.
Le SBU et le HUR sont tous deux engagés sur de nombreux fronts de la guerre, du combat en première ligne aux frappes de drones à longue portée et aux opérations de sabotage. La guerre a profondément transformé l'image du SBU, une immense agence de plus de 40 000 employés longtemps considérée comme corrompue et nécessitant une profonde réforme, devenue depuis l'un des acteurs centraux de l'effort de guerre ukrainien.
Kyrylo Budanov, chef de l'administration présidentielle et ancien patron du renseignement militaire, a appelé à « une enquête approfondie et impartiale ». Il a ajouté que « personne n'a le droit d'enlever des militaires en toute impunité, d'ouvrir le feu dans les rues de nos villes, ni de donner ou d'exécuter des ordres criminels ».