En Israël, une salutaire prise de conscience
Les élections législatives du 27 octobre en Israël sont largement présentées comme un référendum pour ou contre Benjamin Netanyahou. De nouveau, devrait-on dire, puisque c'était déjà le cas lors des trois précédentes éditions des législatives. L'enjeu est pourtant bien plus grand que cela alors qu'expire son sixième gouvernement.
Certes le Premier ministre, qui cumule le plus de temps passé à la tête d'Israël, résiste tant bien que mal à l'usure du pouvoir. Malgré sa contribution notable à la radicalisation de la droite israélienne et des politiques sécuritaires et d'occupation des territoires palestiniens, voire à la division de la société. Mais qu'en sera-t-il cette fois alors que la responsabilité de son gouvernement est engagée à maints égards. En particulier, s'agissant des tentatives de mise au pas de l'institution judiciaire début 2023 ; du fiasco sécuritaire du 7-Octobre ayant engendré le pire massacre et le pire traumatisme collectif depuis la fondation du pays ; des accusations de crimes de guerre et de génocide dans l'interminable guerre de Gaza contre le Hamas qui s'est muée en campagne punitive contre les Palestiniens ; de l'altération historique de l'image d'Israël et de l'isolement accru du pays dans le monde.
"Dans le processus de paix, il faut nécessairement repasser par les blessures, et Jérusalem est aussi le lieu des blessures"C'est précisément au regard de ces plaies douloureuses que les électeurs israéliens devront se prononcer mardi. Non pour espérer en panser l'une ou l'autre vaille que vaille mais pour engager leur pays dans la voie d'une authentique guérison. Celle-ci nécessite toutefois une prise de conscience, large et tout aussi authentique, de son impérieuse nécessité.
Il ne fait aucun doute qu'une nouvelle coalition menée par le Likoud de Benjamin Netanyahou et les formations sionistes religieuses ne favoriserait pas un tel processus. Le Premier ministre sortant s'est jusqu'à présent échiné à prolonger la guerre de Gaza pour retarder ses propres procès pour corruption et fraude. Et Benjamin Netanyahou refuse toujours, trois ans plus tard, d'autoriser une commission d'État afin d'établir les responsabilités politiques du 7-Octobre. Par crainte d'être personnellement blâmé ? Or, à l'instar des proches des otages restés durant des mois (jusqu'à deux ans) dans l'enfer de Gaza, chaque Israélien a le droit de savoir ce qui a provoqué ce funeste jour d'octobre. Aucune société ne peut marcher sereinement vers son avenir en étant aveugle à son passé.
7-Octobre : l'ancien chef du Shin Bet poursuit Benjamin Netanyahou en diffamationPour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.