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Israël : 75% des jeunes électeurs penchent vers la droite

Près de 640'000 jeunes Israéliens âgés de 18 à 22 ans votent pour la première fois aux élections législatives du 27 octobre. Selon les sondages, trois quarts d'entre eux se situent à droite, voire à l'extrême droite. Marquée par les attaques du 7 octobre et la guerre, cette génération pourrait peser sur l'avenir politique du pays.

Pour la première fois depuis quatre ans, Israël retourne aux urnes, dans un pays profondément divisé. Et les jeunes sont peut-être l’une des clés du scrutin. Parmi les nouveaux électeurs et nouvelles électrices, près de 640’000 jeunes âgés de 18 à 22 ans s’apprêtent à voter. Selon les sondages, trois quarts se définissent comme étant de droite, voire d’extrême droite.

Au siège du Likoud, à Tel-Aviv, Nof, 18 ans, prépare une dernière réunion du mouvement de jeunesse du parti de Benjamin Netanyahu. Dans un mois, il rejoindra une unité de combat. "Depuis que j’ai dix ans, je rêve d’aller à l’armée, comme mon père et mon grand-père", explique-t-il dimanche dans l'émission Mise au point.

Pour lui, les massacres du 7 octobre ont définitivement discrédité les espoirs de paix. Il défend ainsi l’expansion des colonies et rejette la création d’un Etat palestinien. "On fera tout pour que de telles situations ne se reproduisent plus", affirme-t-il.

>> Le reportage de Mise au point :

Israël : le vote de la jeunesse

Israël : le vote de la jeunesse / Mise au point / 13 min. / hier à 20:10

>> Lire aussi : Des milliers de personnes ont manifesté contre Benjamin Netanyahu avant les élections

Itamar Ben Gvir, une figure de référence

Pour une partie de cette jeunesse, la droite de Netanyahu ne va pas assez loin. Leur figure de référence est Itamar Ben Gvir, ministre d’extrême droite dont les vidéos aux messages provocateurs séduisent sur les réseaux sociaux.

Zehavit, 21 ans, gère sa communication. Élargissement du port d’arme, peine de mort pour les "terroristes" arabes, expulsion des Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie sont autant d'idées radicales qu'elle partage. Pour elle, c’est le genre de messages que les jeunes veulent entendre: "La paix n'arrivera que par la puissance, par la force, par la dissuasion." 

Ce point de vue est de plus en plus ouvertement partagé. Selon un sondage publié début octobre par l'Institut israélien de la démocratie, environ 55% des Israéliens juifs soutiennent les politiques menées par différents gouvernements visant à autoriser, voire à encourager, l'implantation de colonies. Seuls 32% estiment que l'expansion des colonies est une erreur, selon cette étude.

>> Les précisions de Béatrice Guelpa dans Mise au point :

Interview : Béatrice Guelpa, envoyée spéciale en Israël

Interview : Béatrice Guelpa, envoyée spéciale en Israël / Mise au point / 3 min. / hier à 20:10

Les ultraorthodoxes, un autre enjeu électoral

Près de 100’000 jeunes ultra-orthodoxes voteront eux aussi pour la première fois. À Bnei Brak, ville ultra-orthodoxe près de Tel Aviv, les jeunes électeurs se mobilisent. Selon les journalistes de la radio Kol Barama, 80 à 90% des jeunes de cette communauté devraient se rendre aux urnes. La majorité votent en principe pour des partis religieux qui jusqu’ici faisaient partie de la coalition gouvernementale de Benjamin Netanyahu.

Leur priorité n'est pas la sécurité, mais la conscription militaire. Ils veulent préserver leur exemption pour continuer à étudier la Torah. Une position de plus en plus contestée dans la société israélienne, alors que l’armée estime manquer de 12’000 soldats. Cette question est l'un des grands thèmes de la campagne.

>> Voir aussi le sujet de Temps Présent sur les divisions de la société israélienne :

Israël, des guerres et des fractures

Israël, des guerres et des fractures / Temps présent / 48 min. / le 8 octobre 2026

>> Lire aussi : La montée en puissance des ultra-orthodoxes devient un enjeu des élections en Israël

Une fracture jusque dans les familles

Le virage à droite traverse aussi les générations. Nimrod, étudiant en psychologie, s’apprête à voter pour Moshe Feiglin, candidat de la droite nationaliste. Sa mère, Lilli, engagée dans la promotion de la démocratie, défend au contraire l’idée qu’il faut se battre pour la paix et la coexistence.

Pour Nimrod, les Palestiniens ne sont pas prêts pour la paix et la solution à deux Etats est dangereuse. Interrogé sur ce qu’il faudrait faire des Palestiniens, il répond: "Dehors!"

Lilli comprend les peurs de son fils, mais redoute que la violence ne nourrisse une haine durable. Elle veut encore croire qu'un autre avenir est possible. Pourtant, pour la première fois, elle envisage de quitter Israël si l’extrême droite s’impose durablement. Une décision qui n’est pas isolée.

La tentation de l’exode

Selon une enquête publiée en novembre par l’institut israélien de la démocratie, environ un quart des juifs israéliens envisagent de s’installer à l’étranger. La tentation est particulièrement forte à gauche: plus de 40% envisagent de partir.

Selon une étude de l’Université de Tel Aviv publiée en août, depuis 2023, près de 150'000 Israéliens ont déjà quitté le pays. Ces départs concernent les catégories les plus qualifiées de la population.

Beaucoup de celles et ceux qui quittent Israël aujourd’hui attribuent leur décision à un désaccord idéologique avec le gouvernement ou à la situation sécuritaire actuelle du pays.

Cet exode témoigne des profondes fractures de la société israélienne. Le résultat des élections du 27 octobre pourrait encore augmenter cette tendance.

>> Revoir le débat d'Infrarouge consacré à Israël :

Israël : la fuite en avant ?

Israël : la fuite en avant ? / Infrarouge / 49 min. / le 7 octobre 2026

Béatrice Guelpa/asch