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En Haïti, le difficile pari des élections dans un pays en proie de violences des gangs

Alors que les violences continuent de ravager Haïti, les autorités de transition ont décidé de lancer le processus électoral. Première étape : l'enregistrement des partis politiques, qui débute ce lundi 13 juillet et doit se poursuivre jusqu'à vendredi 27 juillet. Mais près de dix ans après les dernières élections, l'organisation d'un scrutin apparaît comme un défi immense dans un pays où près de 1,5 million de personnes ont été déplacées par les violences des groupes armés.

Publié le : 13/07/2026 - 19:27

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Le Premier ministre par intérim d'Haïti, Alix Didier Fils-Aimé, a indiqué dans une interview accordée au Miami Herald qu'une date pour les élections pourrait être annoncée au cours du mois de juillet. Pour l'instant, aucun calendrier officiel n'a encore été fixé.

Le principal obstacle reste la sécurité. Les gangs contrôlent aujourd'hui près de 90 % de la capitale, Port-au-Prince, où ils imposent leur loi dans de nombreux quartiers et contrôlent tous les axes stratégiques. Une question centrale se pose donc : comment permettre aux électeurs de se rendre aux bureaux de vote en toute sécurité ?

La reprise du contrôle des routes apparaît comme une condition indispensable à la tenue du scrutin. Tous les regards se tournent désormais vers la nouvelle force de lutte contre les gangs, censée épauler la Police nationale haïtienne. Mais pour l'instant, cette coopération n'a pas encore permis d'améliorer la situation sur le terrain.

Une crise humanitaire qui s'aggrave

L'état du pays reste particulièrement préoccupant. À l'issue d'une mission conjointe menée avec plusieurs ONG et agences des Nations unies, Youri Saadallah, du Conseil norvégien pour les réfugiés (NRC), a décrit une situation humanitaire alarmante.

« 6,4 millions de personnes, soit plus de la moitié de la population du pays, ont besoin d'une aide humanitaire. À l'échelle nationale, seul un établissement public de santé sur dix est pleinement opérationnel et peut recevoir des patients. »

Le responsable du NRC dit avoir été profondément marqué par ce qu'il a observé dans le pays. « Dans le cadre de notre travail, nous nous rendons régulièrement sur des théâtres de crises humanitaires à travers le monde. Pourtant, ce que nous avons vu en Haïti nous a profondément bouleversés. Je quitte le pays dans quelques minutes en m'exprimant non seulement en tant qu'humanitaire, mais aussi en tant que père et, très franchement, en tant qu'être humain. »

Selon lui, le sentiment d'insécurité est aujourd'hui généralisé parmi la population. « La situation dont nous avons été témoins est inacceptable. Le message le plus fort que nous avons entendu est que les habitants ne se sentent plus en sécurité. Ils sont privés de leur dignité. »

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316 partis autorisés à se présenter, un casse-tête logistique

Au défi sécuritaire s'ajoute un autre obstacle : l'organisation matérielle du scrutin. Pour l'instant, 316 partis politiques souhaitent participer aux élections, un chiffre qui représente un véritable casse-tête pour le Conseil électoral provisoire. Les autorités encouragent les formations politiques à se regrouper. Plusieurs mesures ont été prévues pour favoriser les alliances : un regroupement réunissant au moins 50 partis sera notamment exempté de frais d'inscription.

Mais au-delà de ces incitations financières, de nombreux partis devront probablement s'allier pour espérer participer au scrutin. La plupart restent inconnus du grand public et auront des difficultés à réunir les 30 000 signatures nécessaires au dépôt d'une candidature.

L'inscription des électeurs doit, elle, débuter jeudi 16 juillet. Après plusieurs semaines de tensions autour du décret électoral et du budget, le gouvernement de transition et le Conseil électoral provisoire ont finalement trouvé un accord permettant d'engager le processus. Selon le journal Le Nouvelliste, un projet de calendrier électoral est déjà prêt, mais sa validation dépendra notamment de l'évolution de la situation sécuritaire.

Une pression internationale croissante

Le gouvernement de transition est également soumis à une forte pression internationale. Les États-Unis demandent une accélération du processus électoral, tandis que la Communauté des Caraïbes (Caricom) a appelé la semaine dernière à organiser des élections dans les meilleurs délais.

Une délégation de la Caricom est attendue en Haïti à la fin du mois afin d'évaluer notamment l'avancée du processus. Mais certains observateurs s'interrogent : le lancement du processus électoral ne vise-t-il pas avant tout à rassurer la communauté internationale, alors que les conditions sécuritaires actuelles rendent encore très incertaine l'organisation d'un scrutin crédible ?

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