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Reportage France - En France, ne plus pouvoir faire face à ses besoins alimentaires et résidentiels, une réalité en hausse

Il n'y a jamais eu autant de pauvres en France, c'est ce qui ressort d'une étude scientifique publiée ce lundi 5 octobre. Réalisée par cinq chercheurs en économie, elle mesure l’impact des politiques publiques sur la pauvreté. Cette étude a pu se faire à partir d’une base de données inédite issue de la plus grande association d’aide alimentaire en France : les Restos du Cœur.

Ce rapport exceptionnel basé sur des observations de terrain permet d’analyser les déterminants de l’extrême pauvreté, et donc d'étudier la pauvreté d’une manière bien plus pertinente que les données théoriques.

Sur des tables de ce Resto du Cœur du Xᵉ arrondissement, on trouve des conserves, des paquets de pâtes ou de biscuits. Plus loin, dans la salle d’à côté, des fruits frais et des légumes. C’est là aussi que yaourts et laitages réfrigérés sont proposés. Dans son caddie, Mariam a récupéré « du lait. J’ai aussi des crevettes. J’ai des pommes de terre. Des pâtes. J’ai des fruits. Des pêches. En même temps, un paquet de madeleines pour mes enfants, pour les goûters. » Mariam vit avec 200 €, 300 €, parfois rien. Avec aussi peu d’argent, il s'agit surtout de survivre. « Mais on souffre, poursuit-elle, heureusement que les Restos du Cœur nous aident beaucoup. »

Comme beaucoup de femmes qui viennent ici, Mariam est une maman solo, sans papiers. Ce qui la peine le plus, c’est de ne pas satisfaire sa petite fille de sept ans. « Parfois, elle trouve des 0,02 €, 0,01 €, elle me dit : "Maman, on a beaucoup d’argent, pourquoi on ne va pas au restaurant ?" Je réponds que non, ça, c’est pas de l’argent pour aller au restaurant, c’est plutôt à partir de 10 €… »

Voilà une représentation concrète de ce qu’est la grande pauvreté. Pour Jacques Bagge, bénévole depuis six ans à l’antenne du 10ᵉ arrondissement de Paris, l'image qu'il a de la grande pauvreté, c'est « des personnes qui ne sont pas en mesure de faire face à leurs besoins alimentaires et résidentiels. C’est-à-dire que la plupart des personnes que nous recevons ici et à qui nous distribuons de la nourriture sont des personnes qui sont hébergées soit dans des centres d’hébergement d’urgence, des résidences sociales ou même à la rue », précise-t-il.

En effet, ce que montre l’étude à partir des données des Restos du Cœur, c’est que la précarité de logement a explosé. Elle a plus que doublé depuis 2018. « Nous sommes à Paris où les conditions de logement sont difficiles parce que les loyers sont très élevés, poursuit le bénévole, et donc il y a beaucoup d’étudiants qui, pour être en mesure de payer leur chambre ou leur logement, quelquefois en colocation, ou en co-co-co-location, sont obligés d’aller recourir à une aide extérieure pour se nourrir. »

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Il est très difficile de sortir de la grande pauvreté

C’est le cas de Patrice, étudiant surdiplômé de 25 ans. Il vit en colocation avec très peu de revenus. « Je dirais que je suis avec moins de 600 €. Une fois que le loyer est payé, je me retrouve avec moins de 200 € par mois, moins de 100 € par mois. L’aide alimentaire qu’on nous offre ici, ça aide vraiment, ça allège, souligne-t-il. Et en plus, là, j’ai terminé les études, donc du coup, je suis à la recherche d’emploi et c’est horrible. Tu te lèves le matin, tu envoies de nombreuses candidatures et rien, aucun retour. »

Mais il y a aussi les travailleurs pauvres. On croise Sam, une brique de lait et un paquet de chips dans les mains. Le jeune homme de 30 ans ne peut pas vivre sans l’aide alimentaire. « Ça fait quand même quelques années que je viens, donc à force, on vient comme si on allait en courses », admet-il, une aide qui peut lui durer sur « trois-quatre jours. »

Francine Rivaud, bénévole, distribue choux-fleurs et salade de pommes de terre, et elle confirme ce que dit l’étude, qu'il est très difficile de sortir de la grande pauvreté. « D’abord, parce que ce sont des femmes en général que nous voyons ici, qui ne peuvent pas travailler. Elles n’ont pas de papiers, mais elles ont des enfants, les enfants vont à l’école. Il faut absolument pouvoir aider ces enfants de façon à ce que la génération suivante ne soit pas dans cette pauvreté », alerte-t-elle.

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Il est midi, le Resto va fermer. Amira est venue avec son petit garçon, sucette dans la bouche. Elle dit que ce n’est pas grave si elle ne mange pas toujours à sa faim. Ce qui compte pour elle, c’est que son enfant ne soit jamais privé d’un repas.

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