En Bretagne, des scientifiques tentent de restaurer les grands fonds marins au large du canyon du Guilvinec
Dans le cadre d'un projet européen, des chercheurs français de Sorbonne Université et de l'Ifremer tentent de restaurer des habitats matins. Ils ont immergé des récifs artificiels à 1 000 m de profondeur dotés de bouture de coraux. Un an après, la vie est déjà revenue.
Par Sophie Bécherel Publié le mardi 1 septembre 2026 à 19:00
Depuis deux étés, au large de la pointe bretonne, des scientifiques de Sorbonne Université et de l'IfremerOuverture dans un nouvel onglet (l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer) mènent une mission d'envergure à bord du navire l'Atalante. Dans le cadre de REDECOR, ils ont imergé à l'été 2025 , neuf blocs de béton ajouré de 80 cm de hauteur au fond du canyon du Guilvinec dans le Golfe de Gascogne. En août 2026, six récifs supplémentaires les ont rejoints à 980 m de profondeur. L'objectif est de voir de quelle manière ces structures artificiels peuvent être recolonisé par les écosystèmes marins, en particulier les récifs coraliens des eaux froides.
L'impact de la pêche au chalut
Car aujourd'hui, les activités de pêche intensive, et en particulier le chalutage, les ont lourdement endommagés. Les images fournies par les robots Victor et Ariane de l'IFREMER attestent des dégats. Sur des centaines de mètres parfois, des zones complètement vidées de vie. "Parfois on voit même la trace du chalut au fond, une trainée de débris de coraux", témoigne Marie-Claire Fabri, chercheuse à l'Ifremer qui a participé à cette campagne. En 1920, des récifs attestent que 6 à 8 tonnes de coraux étaient remontés par trait de chalut! C'est dire la richesse des fond d'alors.
Installation de récifs artificiels pour la biodiversité
Pour contrer cette dégradation, l'Europe finance un programme impliquant 27 partenaires de 15 pays. Dans plusieurs sites de l'Atlantique, les chercheurs testent des projets de restauration. Les français, associés aux Irlandais ont choisi cette année le canyon du Guilvinec situé dans une aire marine protégée. "On a choisi une forme de récif qui propose des cavités dans lesquelles les poissons peuvent se cacher des prédateurs", explique Marie-Claire Fabri. Sur ces structures, les scientifiques ont vissé des coquilles d'huitres sur lesquelles ils ont posé des boutures de coraux. Alors que la technique du bouturage fonctionne plutôt bien en Méditerannée, il s'agit de vérifier que dans des eaux plus froides, la croissance aura lieu et que ces nouveaux minis récifs attireront une faune plus large.
Les coraux d'eaux froides sont très sensibles aux pressions indirectes: la température de l'eau: "dès 2 degrés d'augmentation, il y a des fortes mortalités ou alors la croissance est réduite, le microbiote est perturbé avec l'entrée des bactéries pathogènes" précise Franck Lartaud, chercheur à Sorbonne Université. "On a des zones où il y a énormémet de déchets, du plastique en particulier".
Un an après l'installation des premiers récifs articifiels, des poissons ont été repéré, se cachant dans les cavités. La croissance des coraux est si lente (1 à 2 mm par an) qu'il n'est encore possible de savoir s'ils se sont correctement installé dans les fond marins. Des coraux témoins ont été marqués à la couleur. Quand ils seront remontés l'été prochain, on pourra donc savoir si cette opération de la dernière chance fonctionne.