« Emmanuel Macron a fait davantage qu’aucun président en matière d’écologie », soutient Mathieu Lefèvre
Mathieu Lefèvre avec un salarié de l’entreprise industrielle Black Star, où est implantée l’entreprise de rechapage de pneus Leonard, lors d'un déplacement à Béthune, dans le nord de la France, le 24 août.
© AFP or licensors
EXCLUSIF. Après un été marqué par des épisodes caniculaires d’une rare intensité, le ministre délégué chargé de la Transition écologique revient pour Paris Match sur les mesures prises par l’État face au changement climatique, ses relations avec sa ministre de tutelle, Monique Barbut, et son soutien à Édouard Philippe pour la présidentielle.
Paris Match. Vous vous rendez à Combreux, dans le Loiret, pour aller à la rencontre des centres de soins de la faune sauvage particulièrement affectés par les canicules de cet été. L’État va-t-il aider ces structures ?
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Mathieu Lefèvre : Compte tenu de l’impact des épisodes caniculaires, de la sécheresse et des incendies sur la faune sauvage, le Premier ministre Sébastien Lecornu a décidé, dans la droite ligne de ses annonces en faveur du bien-être animal, de débloquer une aide exceptionnelle de 500 000 euros pour les centres de soins dédiés à la faune sauvage.
Cette aide permettra notamment de répondre aux besoins des bénévoles, qui ont accompli un travail remarquable cet été. Ils ont été particulièrement sollicités, voire saturés, face à l’afflux de faune sauvage, notamment d’oiseaux.
Nous ne découvrons pas que les vagues de chaleur vont devenir plus fréquentes et plus intenses. Pourquoi, face à ce phénomène, l’État semble-t-il, sinon inefficace — le terme est parfois utilisé, mais uniquement à des fins politiciennes —, du moins insuffisamment préparé ?
Je récuse cet argument. D’abord parce que je mets au défi quiconque de prétendre qu’un autre président de la République a fait davantage qu’Emmanuel Macron en matière d’écologie, tant au niveau national qu’international. En 2027, les dépenses consacrées à l’adaptation au changement climatique seront préservées, malgré un contexte budgétaire évidemment contraint. Beaucoup reste évidemment à faire, compte tenu du retard d’investissement accumulé au cours des dernières décennies, notamment dans le bâti public et local. Mais je tiens à préciser qu’en matière d’adaptation, tout ne relève pas du budget ! C’est aussi tout le sens de la mission confiée par le Premier ministre à Monique Barbut pour accélérer la mise en œuvre du Plan national d’adaptation au changement climatique.
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À quoi pensez-vous ?
Au décalage des examens, par exemple. Cela fait partie des pistes de réflexion que nous étudions, en lien avec le ministre de l’Éducation nationale.
[Nos relations] sont très bonnes. Avec Monique, nous sommes complémentaires.
Mathieu Lefèvre
Vous évoquiez votre ministre de tutelle, Monique Barbut. Comment sont vos relations aujourd’hui ?
Elles sont très bonnes. Avec Monique, nous sommes complémentaires.
Avez-vous compris pourquoi le président l’a retenue avant la pause estivale ?
Il est important, me semble-t-il, pour le Président de la République que le Gouvernement défende au mieux son bilan qui est, je n’ai pas peur de le dire, le meilleur de la Ve République. Évidemment, les enjeux n’étaient pas les mêmes en 1958, mais aucun président n’aura fait davantage qu’Emmanuel Macron en matière d’écologie. Il est donc important, je crois, de pouvoir continuer à porter et à défendre ce bilan.
Ce que fait Monique Barbut ?
Elle est l’une des mieux placées pour le faire.
Mathieu Lefèvre et Monique Barbut lors d’une réunion de crise pendant la canicule de juillet dernier.
via AFP / © Carine Schmitt / Hans Lucas
Hier matin, vous vous êtes rendu à l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle dans le cadre de la lutte contre les trafics d’espèces sauvages. Le marché mondial de ces trafics est estimé à 20 milliards d’euros par an. Comment l’État peut-il lutter contre ce phénomène, puisqu’on imagine qu’il est impossible de contrôler toutes les valises ?
Il y a d’abord un travail de contrôle et de sanctions mené par les douanes. La dématérialisation des procédures, engagée en 2024, a notamment permis de dresser un certain nombre de contraventions et de recouvrer des sommes qui sont acquittées immédiatement au moment du dédouanement. En 2025, ce sont ainsi 1,4 million d’euros de pénalités qui ont été recouvrés, dont 520 000 euros dans le cadre de procédures dématérialisées.
Il faut également poursuivre le travail de prévention et de sensibilisation, notamment avec les compagnies aériennes, aussi bien au départ de la France que des pays d’embarquement vers la France.
Je souhaite aussi que nous développions l’intelligence artificielle pour mieux cibler les contrôles. Les douanes travaillent notamment à des projets permettant de soumettre l’ensemble des bagages aux rayons X.
C’est-à-dire ?
Notamment dans l’analyse des images issues des contrôles aux rayons X, les technologies actuelles permettent de le faire analyser par l’intelligence artificielle afin de mieux cibler les bagages à contrôler et de préparer le travail des douaniers. Cela demande encore un peu de préparation technologique, mais c’est un appui qui pourrait devenir indispensable.
Un an et demi après la fermeture du parc, le sort des quatre dauphins et des deux orques restants au Marineland d’Antibes est toujours incertain. Le zoo de Beauval, qui devait les accueillir, a renoncé au projet mardi. Que vont-ils devenir ?
Nous prenons toutes les dispositions pour nous assurer, d’une part, que la loi de 2021 sur le bien-être animal soit pleinement respectée et, d’autre part, que l’ensemble de ces cétacés puissent vivre dans de bonnes conditions. Or, aujourd’hui, à Marineland, ces conditions ne sont pas réunies. Ce n’est pas la faute des soigneurs, mais simplement celle de l’état des bassins. Il suffit de se rendre sur place pour constater que des morceaux de béton peuvent être ingérés par les orques, avec des conséquences potentiellement très graves pour leur santé.
Toutes celles et ceux qui pensent qu’il existe une solution simple ou qu’il faudrait ne rien faire jouent, en réalité, contre le bien-être de ces animaux. Nous cherchons donc des solutions pragmatiques. Je remercie les autorités espagnoles, qui ont déjà permis le transfert de huit dauphins. Quatre autres seront transférés dans les prochaines semaines. Et je souhaite que nous puissions transférer les orques en Espagne à brève échéance, car il en va de leur survie.
Je le dis aussi : il n’existe pas de sanctuaire disponible ou de solution miracle dans ce dossier. Il faut l’aborder avec pragmatisme, en ayant pour seule priorité le bien-être et la survie de ces animaux.
Je remercie les autorités espagnoles, qui ont déjà permis le transfert de huit dauphins. Quatre autres seront transférés dans les prochaines semaines. Et je souhaite que nous puissions transférer les orques en Espagne à brève échéance, car il en va de leur survie.
Mathieu Lefèvre
Donc, si je comprends bien, les quatre dauphins et potentiellement les deux orques seront transférés prochainement en Espagne ?
Absolument. Aujourd’hui, c’est la solution qui offre les meilleures conditions d’accueil.
Vous serez ministre jusqu’au « dernier quart d’heure » ?
Je serai ministre jusqu’à ce que le président de la République et le Premier ministre en décident autrement.
Si je vous pose la question, c’est parce que vous avez décidé de soutenir Édouard Philippe pour 2027. Sébastien Lecornu, qui souhaite aujourd’hui se tenir le plus possible à l’écart des enjeux électoraux, vous a-t-il donné des consignes ?
Le Premier ministre a toujours été extrêmement clair : ce gouvernement est un gouvernement de mission, pas un gouvernement de campagne électorale. Et personne ne comprendrait, s’agissant du ministère de la transition écologique, que le gouvernement ne soit pas pleinement à la tâche, compte tenu de l’été que nous venons de vivre et des défis auxquels nous devons faire face.
Ne craignez-vous pas néanmoins que ces soutiens — vous n’êtes pas le seul — soient instrumentalisés lors de l’examen du budget à l’automne et puissent, plus largement, fragiliser le gouvernement ?
Ceux qui imaginent, par de petits calculs politiciens, que le pays sortirait renforcé de l’absence de budget se trompent lourdement. Cela entraînerait une hausse des taux d’intérêt, qui pèserait non seulement sur le coût d’emprunt de l’État, mais aussi sur les collectivités territoriales et les entreprises.
Et cela aurait des conséquences très concrètes en matière de transition écologique : sans budget, il n’y aurait pas de nouvelles dépenses d’investissement. C’est donc un risque extrêmement lourd, d’où l’appel à la responsabilité lancé par le Premier ministre dans son courrier.
Gérald Darmanin est une figure politique majeure. En ralliant Édouard Philippe, il fait preuve d’un sens de l’État et rappelle que le spectre de la division, c’est l’assurance d’avoir un second tour dont les options me paraissent mortifères pour le pays. Il est donc vital de se rassembler.
Mathieu Lefèvre
Vous serez ce week-end à Tourcoing, pour la rentrée politique de Gérald Darmanin, l’un de vos collègues. Regrettez-vous qu’il ne se soit pas présenté à l’élection présidentielle ?
Gérald Darmanin est une figure politique majeure. En ralliant Édouard Philippe, il fait preuve d’un sens de l’État et rappelle que le spectre de la division, c’est l’assurance d’avoir un second tour dont les options me paraissent mortifères pour le pays. Il est donc vital de se rassembler.