"Elle a siégé comme élue communiste": les élus RN de Bergerac refusent de nommer une école du nom d'une rescapée de la Shoah

Des lettres indiquant le nom de la ville de Bergerac dans le département de la Dordogne, le 5 mai 2022. - Photo par DE LAGASNERIE / HEMIS.FR / HEMIS.FR / HEMIS VIA AFP
Les trois élus RN de Bergerac ont, le 30 septembre dernier, voté contre le fait de nommer une école du nom d'Irène Sapir, rescapée de la Shoah, âgée de 89 ans. Ils ont justifié ce refus par le fait qu'elle est devenue militante communiste par la suite.
"L'une des femmes les plus courageuses de cette ville." Irène Sapir, 89 ans, est une rescapée du Vel d'Hiv qui continue, inlassablement, d'œuvrer pour le devoir de mémoire. Élue de 1967 à 2001 sans discontinuité, elle a également été première adjointe au maire de Bergerac.
Lors du dernier conseil municipal de la ville, le 30 septembre, son nom a été donné à une école. Trois élus du Rassemblement national ont néanmoins voté contre, rapportent nos confrères de Sud-Ouest.
"Je veux d’abord dire que nous respectons totalement la vie de madame Sapir, enfant elle a été arrêtée lors de la rafle du Vel d'Hiv, elle a connu les pires horreurs de la guerre sur le territoire national. Son travail de mémoire auprès des jeunes mérite le respect", a assuré Christian Gérard, l'un de ces élus.
"Une école de la République doit rester neutre"
Ce choix de s'abstenir et finalement de voter contre "repose sur des principes".
"Une école de la République doit rester neutre, elle ne peut pas porter le nom d'une militante politique. Or madame Sapir a siégé dans cette assemblée de 1967 à 2001 comme élue communiste. Pendant la durée de son mandat, le PCF est resté héritier du stalinisme. Le communisme, ce sont des dizaines de millions de morts et nous condamnons toutes les dictatures, tous les totalitarismes, sans exception", a également expliqué l'ancien candidat RN aux dernières municipales.
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Il a aussi évoqué le fait qu'Irène Sapir a toujours combattu le RN. "Elle a même refusé de saluer nos élus, mais refuser de saluer des élus du suffrage universel, c'est refuser le verdict des urnes. Ce mépris du vote populaire c'est précisément ce qu'ont pratiqué les régimes communistes et ceux qu'elle a combattus tout au long de sa vie", a-t-il indiqué.
La mise au point du maire socialiste
À la suite de ces propos, le maire socialiste de Bergerac, Fabien Ruet, a répondu.
"Quand vous êtes issu d'un parti qui a été créé par des anciens Waffen-SS, je peux comprendre que quand on a été interné de force au Vel d'Hiv, on ait du mal à vous saluer. Je trouve même quelque part que c'est un rappel à votre passé, un passé qui ne passe pas et dont vous êtes l'héritier, que vous le vouliez ou non", a déclaré l'actuel édile.
Les trois élus RN ont aussi estimé qu'il aurait fallu donner un nom d'une personne décédée. "L'usage républicain veut que l'on donne un nom à un bâtiment public à titre posthume", a notamment affirmé Christian Gérard.
Une idée réfutée par le maire. "Il n'y a aucune tradition républicaine qui veut qu'on attribue un nom à titre posthume. Robert Badinter vint lui-même à Périgueux pour inaugurer l'esplanade portant son nom, en présence d'Yves Guéna, qui lui-même, de son vivant avait eu la place Yves Guéna, qui lui fut attribuée."
"Je pense que quand quelqu'un est né en 1937 et qu'elle est encore présente parmi nous, c'est aussi lui signifier tout le bien et toute l'admiration qu'on a pour elle. Je ne suis pas communiste mais j'appartiens à une tradition politique qui se réclame du Conseil national de la Résistance. Je ne suis pas communiste, mais je continuerai à combattre les valeurs de votre parti, ceux qui l'ont fondé et ceux qui s'en réclament aujourd'hui", a conclu le maire.
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