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EDITO | Plus de 2.000 morts liés à la chaleur, mais toujours pas d’électrochoc politique

Alors que l’IRM nous a placés, ce dimanche, une nouvelle fois en « alerte canicule », le silence de nos représentants donne froid dans le dos.

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Belga
Par Pierre Nizet

Journaliste à la Rédaction générale Publié le 03/08/2026 à 08:00

Jean-Pascal van Ypersele le dit dans ce journal. Il aurait préféré se tromper. Depuis trente ans, l’ancien vice-président du GIEC alerte, chiffres et modèles à l’appui, sur les conséquences du dérèglement climatique. Aujourd’hui, ses avertissements se réalisent sous nos yeux. Et il ne savoure aucune victoire : il se dit « profondément triste » d’avoir eu raison.

Comment pourrait-il en être autrement ? Plus de 2.000 personnes sont déjà décédées en Belgique cet été 2026. Plus de 2.000 vies perdues alors que l’été n’est même pas terminé et que nous sommes à nouveau placés en « alerte canicule orange » ce lundi ! En 2003, les 1.250 décès provoqués par la chaleur avaient pourtant dû servir d’avertissement. Vingt-trois ans plus tard, le bilan est encore plus lourd.

Face à cette hécatombe silencieuse, où est l’électrochoc politique ? Nos gouvernements successifs ont beaucoup promis, organisé des conférences et présenté des plans. Mais, dans les chambres de certains hôpitaux, il fait encore 35 degrés. La plupart des maisons de repos ne disposent toujours pas de locaux suffisamment frais. Nos villes manquent d’arbres, de zones humides et de fontaines. Quant aux personnes âgées ou isolées, elles restent trop souvent livrées à elles-mêmes.

Et que fait le gouvernement de Bart De Wever ? Le climat semble relégué tout au fond de la pile des priorités. Pendant que le pays compte ses morts, nos responsables politiques partent en vacances. Le symbole est terrible. Leur silence l’est tout autant.

Bien sûr, Bart De Wever n’est pas responsable, à lui seul, de trente années d’atermoiements. Mais il dirige aujourd’hui le pays. Il lui appartient donc de coordonner les niveaux de pouvoir, de mobiliser des budgets et de faire de l’adaptation climatique une priorité nationale. Gouverner, c’est aussi anticiper les drames plutôt que les commenter.

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Jean-Pascal van Ypersele conserve malgré tout un espoir : que les vagues de chaleur et les incendies de cet été provoquent enfin une prise de conscience. Il rappelle aussi que les citoyens sont prêts à agir si les efforts sont justes et si le principe du pollueur-payeur est réellement appliqué.

Il reste donc une issue. Mais elle exige, une fois encore, du courage, des décisions et une mémoire collective. Car si, dès la rentrée, tout est oublié, nous irons droit dans le mur. Et la prochaine fois, le bilan risque d’être encore plus lourd.

« Plus de 2.000 morts en Belgique, et nos politiques partent en vacances » : le cri d’alarme de Jean-Pascal van Ypersele, alors que les fortes chaleurs font leur retour

L’ancien vice-président du GIEC dénonce l’inaction politique face aux canicules meurtrières et appelle à des mesures d’urgence en Belgique.
Jean-Pascal van Ypersele est triste d’avoir eu raison...
Jean-Pascal van Ypersele est triste d’avoir eu raison... - DR
Par Pierre Nizet Journaliste à la Rédaction générale Publié le 03/08/2026 à 06:30

Jean-Pascal van Ypersele, cet été 2026 est marqué par les canicules, mais aussi par les incendies en France, en Espagne, au Royaume-Uni, en Italie ou encore en Grèce. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Je suis triste, profondément triste, de voir à quel point tout ce qu’on a annoncé au cours des 30 dernières années, que ce soit le GIEC, la communauté scientifique ou les équipes de chercheurs, se réalise avec cette intensité-là, avec ces dégâts-là. Des dégâts pour les humains d’abord, parce qu’il y a beaucoup de vies humaines qui ont été perdues ou sérieusement malmenées. Avoir plus de 2.000 victimes décédées en Belgique pendant l’été 2026, je trouve ça extrêmement choquant. Je trouve aussi très choquant que nos décideurs politiques, pour la plupart, ne trouvent pas cela choquant et partent en vacances sans se soucier davantage des mesures qu’il faudrait prendre. En 2003, la canicule avait tué plus de 70.000 personnes en Europe et 1.250 en Belgique. Aujourd’hui, on dépasse déjà les 2.000 décès alors que l’été n’est pas terminé, alors qu’on serait censé avoir pris des mesures d’adaptation sérieuses, autres que simplement dire « hydratez-vous et restez à l’ombre », ce qui est utile mais loin de suffire.

Qu’est-ce qui a manqué à la Belgique pour mieux prévenir les conséquences de ces canicules ?

Il manque de la volonté politique, une priorité politique, des budgets. Il manque aussi une coordination entre tous les niveaux de pouvoir, entre les différents ministères et les différents départements. Chaque Région a son ministre, le fédéral a le sien. Il y a des mesures qui dépendent des ministres du Climat, de la Santé, de la Mobilité. Si personne, au niveau des Premiers ministres ou des ministres-présidents, ne prend la mesure de l’urgence d’agir mais aussi de prévenir, on ne pourra pas éviter les conséquences.

Concrètement, qu’aurait-il fallu faire pour éviter autant de décès ?

Je pense qu’on aurait dû prendre des mesures structurelles pour être absolument certain que toutes les personnes vulnérables aient accès à des locaux qui restent à une température supportable, y compris pendant la nuit. Ça veut dire être sûr que les maisons de repos disposent de locaux climatisés. Mais ce ne sont pas que les maisons de repos : ce sont aussi les écoles, les universités et les hôpitaux. Je connais des personnes de ma famille qui étaient hospitalisées pendant la canicule dans des chambres où il y avait 35 degrés. C’est inacceptable. On n’a pas non plus fait ce qu’il fallait dans les villes pour s’assurer qu’il y avait un maximum de végétaux, d’arbres et de zones humides. Les températures au centre de Bruxelles dépassaient 40 degrés alors que la forêt de Soignes était plus de 10 degrés en dessous. Les arbres, la végétation, la forêt, ce sont des climatiseurs naturels. On aurait aussi dû mieux accompagner les personnes isolées, souvent âgées, et développer davantage de fontaines d’eau potable. À Paris, il y en a à peu près partout. Chez nous, il y en a beaucoup trop peu.

Vous estimez donc que les responsables politiques n’en font pas assez ?

Je pense que le problème du climat devrait dépasser les frontières partisanes et qu’absolument tous les partis devraient s’en occuper. Quand on informe correctement les citoyens et qu’on leur demande de réfléchir à des mesures, ils viennent souvent avec des idées beaucoup plus ambitieuses que ce que les politiques osent faire une fois au pouvoir. Je crois que les hommes et les femmes politiques sous-estiment la volonté d’agir des citoyens. Mais les citoyens sont prêts à agir à une condition : que les mesures soient justes et perçues comme justes. Que le principe du pollueur-payeur soit appliqué.

Cela fait 30 ans que vous tirez la sonnette d’alarme. Vers quoi allons-nous si nous ne changeons rien ?

On n’a pas de boule de cristal, mais on a des modèles climatiques qui permettent d’étudier les avenirs possibles suivant les scénarios d’émissions de gaz à effet de serre. Ce qui va se passer dans les 10 ou 20 ans qui viennent est malheureusement assez peu dépendant des mesures que l’on va prendre aujourd’hui. Mais au-delà d’une vingtaine ou d’une trentaine d’années, on commence à voir des différences très nettes. Suivant qu’on soit sur une trajectoire d’émissions élevées ou basses, on se retrouvera à la fin du siècle vers plus de 4 degrés au-dessus du niveau préindustriel ou, si vraiment on fait des efforts maximaux, vers le 1,5 ºC visé par l’accord de Paris. Entre 1,5 ºC et 4 ºC, il y a un monde de différences en termes d’impact. Avec 4 degrés, les conséquences sont bien plus importantes que trois fois celles observées à 1,5 ºC.

Vous rappelez aussi que notre empreinte carbone reste considérable…

Chaque Belge, en moyenne, émet une quinzaine de tonnes de CO2 chaque année. C’est énorme. Il y a à peu près un quart pour la mobilité, un quart pour le chauffage, un quart pour ce que l’on consomme au quotidien et un quart pour l’électricité. Les voyages en avion font très vite grimper cette empreinte carbone.

Que répondez-vous aux climato-sceptiques ?

Bien souvent, les chiffres, ils ne les connaissent pas ou les interprètent de manière incorrecte. Ils les sortent de leur contexte. Je n’aime pas beaucoup l’expression « climato-sceptique », parce que le scepticisme est à la base de la démarche scientifique. Un bon scientifique vérifie, fait des hypothèses et est prêt à réviser ses conclusions. Mais ce qu’on appelle traditionnellement les climato-sceptiques, ce sont souvent des gens qui ne sont pas dans le scepticisme. Ils sont dans le déni de la réalité. Ce que disent les scientifiques depuis 30 ou 40 ans est dérangeant. Alors que 90 % de l’énergie mondiale vient encore des combustibles fossiles, apprendre que si on continue ainsi, on va dans le mur en ce qui concerne l’habitabilité de la planète, c’est une vérité très dérangeante.

Après les canicules et les incendies de cet été, pensez-vous que les politiques ont enfin compris ?

Certains écoutent plus que d’autres. J’ai la naïveté de croire que la double crise de cet été va changer quelque chose. J’espère que certains politiques commencent à comprendre qu’il faudrait s’occuper un petit peu plus de ce problème climatique. Mais est-ce qu’après l’été, ils l’auront oublié ? Ça, on verra. C’est aussi aux citoyens de se souvenir que les politiques qu’on a, on les a choisis lors des élections. Réfléchissons à ce que nous avons la possibilité de faire lors des prochaines élections et interpellons tous les partis à propos de leur action ou de leur inaction climatique.

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