Écotaxes poids lourds en Alsace et dans le Grand Est : tout ce qu'il faut savoir sur les changements à venir en 2027 - ICI
En 2027, deux écotaxes poids lourds vont entrer en vigueur, l'une en Alsace, l'autre dans la région Grand Est. ICI vous détaille tout ce qu'il faut savoir sur ces nouvelles taxes et l'origine de leur mise en place.
C'est un changement majeur pour les véhicules de plus de 3,5 tonnes. À partir de 2027, deux nouvelles taxes vont entrer en vigueur en Alsace et dans le Grand Est. Dès le 1er janvier, le R-Pass va être instauré sur certaines routes alsaciennes, dont l'A35 et l'A36, avec un tarif moyen de 15 centimes au kilomètre. Trois mois plus tard, le 2 avril, la région Grand Est va lancer l'écocontribution poids lourds (ECPL) sur le même principe que la taxe alsacienne. Plusieurs grands axes comme l'A30, l'A31, l'A33, mais aussi la RN52 seront concernés. Pourquoi ces taxes sont-elles mises en place ? ICI vous explique.
L'Alsace veut réguler le trafic sur son territoire
La Collectivité européenne d'Alsace (CEA), née en 2021 de la fusion des conseils départementaux du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, souhaite "rééquilibrer le trafic de transit entre l'Allemagne et la France". Depuis 2005, les poids lourds circulant sur les autoroutes allemandes doivent s'acquitter de la LKW-Maut. En fonction des émissions de CO2, de la pollution sonore et de la pollution de l'air, les camions payent un prix au kilomètre, comme sur l'autoroute A5 qui longe le Rhin. Par conséquent, pour échapper à cette taxe, de nombreux transporteurs choisissent de passer par l'A35 et l'A36 en Alsace.
Pour décourager les transporteurs d'effectuer ce détour par la France, les élus alsaciens se battent depuis une vingtaine d'années pour mettre en place un dispositif similaire. Après la crise des Bonnets rouges et l'abandon d'une écotaxe nationale, le projet alsacien prend forme en 2022, il est finalement voté le 21 octobre 2024.
La CEA avance plusieurs arguments pour cette mesure quelque peu contraignante pour les transporteurs routiers. Elle entend "réduire les dégradations des routes" et "faire contribuer le transit aux coûts de l'entretien des routes". Surtout que le trafic s'est "accentué depuis le début de l'année 2024 du fait d'une augmentation importante (+80%) de la LKW-Maut allemande", précise la CEA.
"Depuis le début de 2024, un report supplémentaire de 1.470 camions en transit par jour est constaté sur l'axe A35 par rapport à 2023, détaille la Collectivité européenne d'Alsace. Le trajet sur l’A35 traversant l’Alsace coûte actuellement 50 euros moins cher que le même trajet sur l’A5 en Allemagne."
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La région Grand Est suit le modèle alsacien avec l'écocontribution poids lourds
En s'inspirant du modèle alsacien, la région Grand Est a, elle aussi, décidé de mettre en place une écotaxe pour les véhicules de plus de 3,5 tonnes. L'écocontribution poids lourds a été actée le 15 octobre 2026 pour une mise en œuvre le 2 avril 2027 dans toute la région, à l'exception de l'Alsace, pour un tarif moyen de 15 centimes par kilomètre. Plusieurs axes fréquemment empruntés par les routiers étrangers sont concernés : l'A30, l'A31, l'A33 ou l'A313, tout comme la RN52 sur son tronçon meurthe-et-mosellan, la RN4, la RN44 ou la RN431.
Le projet de la Région a réellement pris forme à compter du 1er janvier 2025, quand elle a récupéré la responsabilité de 525 kilomètres de routes et d’autoroutes. "Nous avons repris un réseau vieillissant, avec des chaussées et des ouvrages à rénover, explique le président de la Région Franck Leroy. Nous avons donc choisi d’agir en engageant plus de deux milliards d’euros d’investissements d’ici 2035. Pour financer cette ambition, l’effort doit être mieux partagé. C’est le sens de l’écocontribution poids lourds."
Les voitures et les camionnettes du Grand Est ne sont pas concernées par cette ECPL pour leurs déplacements, tout comme les engins agricoles et les véhicules de transport en commun.
Des taxes vivement contestées par les transporteurs routiers
Avant même que le R-Pass soit voté, les transporteurs routiers se sont mobilisés pour exprimer leur opposition, soutenus par des syndicats d'agriculteurs. À plusieurs reprises des manifestations et des opérations escargot ont été organisées à Strasbourg, Mulhouse et Colmar. Ils considèrent cette écotaxe comme "un boulet au pied".
En Alsace, la Fédération nationale des transporteurs routiers (FNTR) dit craindre pour la santé économique des entreprises : "Le R-Pass représente entre 5 et 10% de perte, soit 500 à 600 euros par mois si on ne répercute rien, c'est énorme." "C'est le pire moment, ajoute Brigitte Kempf, coprésidente de la FNTR Alsace. Là, on a tous les facteurs conjugués qui ne vont pas, le contexte économique n'est pas bon, le climat politique est anxiogène, on est six mois avant les élections, le gasoil n'a jamais été historiquement aussi haut."
Des craintes qui dépassent le territoire alsacien. En Franche-Comté, Cédric Laquet, le patron du groupe BC Altéo, fait rouler 160 camions avec 200 salariés à Delle dans le Territoire de Belfort. "Une fois de plus, on payera, parce qu'il faut payer. Mais est-ce qu'on pourra répercuter sur nos clients ? Pas sûr. Ce qui est sûr, en revanche, c'est qu'avec cette taxe, des sociétés vont rester sur le carreau", assure-t-il sur ICI Belfort-Montbéliard.
La CEA promet une "réduction tarifaire pour les usagers fréquents, tout en écartant la modulation horaire des tarifs en fonction des périodes de circulation".
"On va les accompagner pour amortir ces conséquences", promet le président de la région Grand Est
Même levée de boucliers dans le Grand Est depuis l'annonce de l'écocontribution poids lourds. Alors que les prix des carburants sont au plus haut depuis la guerre en Iran, cette taxe, c'est celle de trop pour Éric Mignon, secrétaire général de la FNTR dans les Vosges et en Meurthe-et-Moselle. "Nancy-Metz, c'est 60 km, 120 km aller-retour, on nous annonce une taxation entre 20 et 25 centimes du kilomètre, donc on va prendre 20 centimes, ça ferait du 24 euros par aller-retour", alerte-t-il sur ICI Lorraine.
"On se moque de nous", résument les Jeunes Agriculteurs de la Marne auprès d'ICI Champagne-Ardenne. "On va recevoir de l'engrais, qui va être taxé parce qu'il va passer par tel ou tel axe routier" puis "notre blé va repartir et il va être taxé une fois de plus… Pour nous, ce n'est pas possible", se désole la secrétaire générale Caroline Estienne. Selon un communiqué des Jeunes Agriculteurs de la Marne, l'ECPL va entraîner "1.380 euros en moyenne de charges supplémentaires pour une exploitation agricole standard, et jusqu'à 2.180 euros pour une exploitation d'élevage".
Pour répondre à la colère des professionnels qui roulent quotidiennement sur les routes concernées par la future taxe, les élus régionaux ont voté pour un dispositif d'indemnisation pensé pour la compenser. Sont principalement concernés les secteurs agricoles, viticoles et forestiers. "On va les accompagner pour amortir ces conséquences", promet Franck Leroy, le président de la région Grand Est à ICI Lorraine.