Économie, Ukraine, énergie, fiscalité... Retour sur les contre-vérités et les approximations des candidats au troisième et dernier débat de la primaire sociale-démocrate
Économie, Ukraine, énergie, fiscalité... Retour sur les contre-vérités et les approximations des candidats au troisième et dernier débat de la primaire sociale-démocrate
Publié aujourd'hui à 00h19
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"Vous président", le débat de la primaire social-démocrate sur BFMTV le 4 octobre 2026. - BFMTV
Nous avons analysé tous les propos des cinq candidats engagés dans la primaire du PS et de Place publique. Il en résulte quelques lignes de force et de fracture. Mais aussi certaines erreurs et imprécisions.
Parmi les déclarations des candidats durant le troisième et dernier débat de la primaire sociale-démocrate sur BFMTV, les personnalités ont exprimé leur vision politique et leurs oppositions aux grands thèmes qui vont marquer la campagne de la prochaine élection présidentielle 2027.
Toutefois, des propos tenus par certains d'entre eux souffrent d'inexactitude ou d'approximation.
Ségolène Royal: "La France est au bord de la faillite."
FAUX. Aucune source officielle ou institutionnelle ne confirme que la France serait au bord de la faillite financière en 2026. Les termes "faillite" ou "banqueroute" ne s'appliquent pas à un État souverain comme la France, qui dispose d'une économie diversifiée, d'une base fiscale solide et d'un accès continu aux marchés obligataires.

La Banque de France et des économistes soulignent plutôt un risque d'"étouffement progressif" lié à la hausse des intérêts de la dette, mais excluent explicitement une faillite. La dette publique atteint 117,5 % du PIB en 2026, et le déficit reste élevé (5,1 % du PIB en 2025), mais cela ne signifie pas une cessation de paiements.
Fiscalité
Raphaël Glucksmann: "35 milliards (d'euros) versés aux actionnaires sous forme de rachat d'actions, en 2021-2022, pendant la crise gazière déclenchée par Poutine."
APPROXIMATION. TotalEnergies a effectivement versé des montants significatifs à ses actionnaires sous forme de dividendes et de rachats d'actions pendant la période 2021-2022, en pleine crise gazière déclenchée par l'invasion de l'Ukraine par la Russie. Le montant total des versements (dividendes + rachats d'actions) pour TotalEnergies en 2021 s'élève à environ 23 milliards d'euros (dont 13,3 milliards pour TotalEnergies spécifiquement en 2022, incluant dividendes et rachats d'actions).

Cependant, la somme de 35 milliards d'euros mentionnée par l'intervenant semble être une approximation ou une extrapolation incluant potentiellement d'autres entreprises du CAC40 ou une période légèrement étendue, mais elle n'est pas confirmée de manière exacte pour TotalEnergies seule sur 2021-2022.
Les versements totaux du CAC40 aux actionnaires ont atteint 80,1 milliards d'euros en 2022, avec TotalEnergies comme l'un des principaux contributeurs. La formulation de l'intervenant, bien qu'exagérée pour TotalEnergies seule, reflète une tendance réelle de redistribution massive aux actionnaires pendant cette période.
Emmanuel Maurel : "Il y a 465 niches fiscales dans ce pays. Il y a, de la même façon, des exonérations de cotisations sociales à hauteur de 80-90 milliards."
APPROXIMATION. Le nombre de 465 niches fiscales en France en 2026 est confirmé par plusieurs sources officielles, dont le projet de loi de finances (PLF) 2026. Ce chiffre est stable par rapport aux années précédentes, avec une légère diminution par rapport à 2025 (474 niches).
Concernant les exonérations de cotisations sociales à hauteur de 80-90 milliards d'euros, les sources indiquent que le coût des exonérations et allègements de cotisations sociales pour les entreprises s'élève à environ 75 milliards d'euros par an (en incluant les allègements généraux et ciblés).
Ce montant est mentionné dans des rapports de la Cour des comptes et des analyses budgétaires, mais il n'atteint pas les 90 milliards évoqués. Le chiffre de 80 milliards semble être une approximation raisonnable, tandis que celui de 90 milliards apparaît comme une surestimation.
Aide à l'Ukraine
Pour Olivier Faure, "les Américains ne financent plus l'effort ukrainien, laissant la France et l'Europe seules à le faire".
FAUX. En octobre 2026, les États-Unis continuent de jouer un rôle majeur dans le financement militaire de l'Ukraine, notamment via des programmes comme le Foreign Military Financing (FMF). Par exemple, un contrat de 2,68 milliards de dollars pour moderniser la défense aérienne ukrainienne a été approuvé en septembre 2026, financé en partie par des fonds américains et européens.

De plus, entre février 2022 et avril 2026, les États-Unis ont fourni 64,6 milliards d'euros d'aide militaire à l'Ukraine, un montant inférieur à celui de l'Europe (102,2 milliards d'euros), mais toujours significatif. L'Europe, quant à elle, a engagé un prêt de 90 milliards d'euros pour 2026-2027, dont la France contribue à hauteur de 18% (soit environ 2,3 milliards d'euros).
Politique énergétique
Olivier Faure: "Les principaux producteurs d'uranium aujourd'hui sont le Kazakhstan, l'Ouzbékistan et le Niger, tandis que l'Australie et le Canada sont des producteurs "beaucoup plus faibles."
FAUX. En 2026, les trois plus grands producteurs mondiaux d'uranium sont le Kazakhstan (environ 40% de la production mondiale), suivi du Canada (environ 20-25%) et de l'Australie (environ 8-10%). Le Niger et l'Ouzbékistan occupent des places moins dominantes: le Niger représentait seulement 1,6% de la production mondiale en 2024 (et sa production a fortement chuté depuis 2023 en raison des tensions géopolitiques), tandis que l'Ouzbékistan contribue à environ 6-7%.
L'Australie et le Canada sont donc loin d'être des producteurs marginaux : ils figurent systématiquement parmi les trois premiers producteurs mondiaux, avec des parts de marché bien supérieures à celles du Niger ou de l'Ouzbékistan.
Raphaël Glucksmann : "L'État a dépensé 70 milliards en subventions aux énergies fossiles après la crise énergétique de 2021-2022".
FAUX. Cette affirmation est fausse pour la France. Les subventions aux énergies fossiles en France après la crise énergétique de 2021-2022 ont été estimées à environ 18 milliards d'euros en 2022, selon le Fonds monétaire international (FMI) et l'Agence internationale de l'énergie (AIE).

Les sources indiquent que les subventions explicites et implicites en France pour les énergies fossiles en 2022 se situaient entre 17,9 et 46,1 milliards d'euros (subventions explicites et implicites confondues), mais le chiffre de 70 milliards n'est pas corroboré par les données disponibles.
Le quinquennat de François Hollande
Jérôme Guedj: "Je n'oublie pas que c'est sous sa présidence que la gauche a réinstallé 60.000 postes d'enseignants et 12.000 postes de forces de sécurité intérieure après leur suppression sous Nicolas Sarkozy.
APPROXIMATION. La promesse de 60.000 postes d'enseignants sous François Hollande a bien été tenue, avec une répartition de 54.000 postes pour l'Éducation nationale (incluant les enseignants, les CPE et les personnels médico-sociaux), 5.000 pour l'enseignement supérieur et 1.000 pour l'enseignement agricole.
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En revanche, la création de 12.000 postes de forces de sécurité intérieure est une approximation: les sources indiquent plutôt la création d'environ 9.000 postes (policiers, gendarmes et douaniers) sous le quinquennat Hollande, après des suppressions massives sous Nicolas Sarkozy.
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