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Économie. Revolut obtient sa licence bancaire en France : ce que ça change pour la néobanque et ses clients

De la fintech à la banque. Revolut a annoncé ce lundi avoir obtenu de la Banque centrale européenne sa licence bancaire en France, une étape attendue qui « conforte la place du groupe parmi les plus grandes banques de détail du continent », a indiqué l’entreprise dans un communiqué. « La France est devenue une place financière de premier plan, soutenue par un écosystème financier dynamique et un cadre réglementaire solide. C’est le lieu idéal pour accélérer la prochaine phase de croissance de Revolut », a également déclaré son fondateur et PDG, Nik Storonsky. Mais qu’est-ce que cela signifie concrètement ?

Créé en 2015, Revolut appartient aux fintechs, ces start-up qui emploient des outils technologiques pour proposer des services financiers et bancaires. Au sein de l’Union européenne, l’essor de ces entreprises technologiques a été favorisé en 2007 par la directive européenne sur les services de paiement. « L’objectif était d’encourager la concurrence face aux établissements bancaires en autorisant des entreprises à fournir certaines de leurs activités, comme des services de paiement, bien qu’elles n’en aient pas le statut », explique Yamina Tadjeddine, professeure d’économie à l’université de Lorraine. Après avoir obtenu une licence en Lituanie, Revolut a pu proposer gratuitement à ses clients résidant dans l’Espace économique européen de transférer leur argent depuis l’application, d’investir en Bourse, d’acheter des cryptomonnaies ou encore de dépenser sans frais à l’étranger.

Huit millions de clients en France

L’entreprise a par la suite étoffé son offre « freemium » (un service de base gratuit qui devient de plus en plus cher si on souhaite accéder à de nouveaux services), combiné à un marketing omniprésent pour toucher son cœur de cible : les jeunes. Ainsi, sur Revolut, outre une carte bancaire personnalisée, il est possible, moyennant un paiement mensuel, d’accéder à d’autres types de services comme des abonnements à la presse, d’obtenir des livraisons gratuites sur Uber Eats ou encore d’utiliser la version payante de l’application de rencontre Tinder. Elle a également misé sur un marketing de l’omniprésence auprès de la génération Z, en multipliant les collaborations commerciales avec des influenceurs parmi les plus célèbres, comme Squeezie, Léna Situations ou McFly & Carlito.

La fintech britannique a en effet des affinités de ce côté-ci de la Manche. La néobanque aux 75 millions de clients en compte huit millions en France, son deuxième marché derrière le Royaume-Uni. En obtenant sa licence bancaire, Revolut est désormais habilité à « recueillir des fonds du public, octroyer des crédits (logement, consommation…) et commercialiser des livrets d’épargne », nous détaille l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), qui a instruit la demande d’agrément de l’entreprise. « Avec ce nouveau statut bancaire, Revolut va également pouvoir bénéficier d’une protection en cas d’illiquidité, via un soutien de la BCE, et ses clients seront eux aussi protégés en cas de défaillance bancaire », précise Yamina Tadjeddine.

À la conquête de l’Europe

L’entreprise britannique a d’ailleurs révélé sans ambages sa stratégie pour son entité française, véritable rampe de lancement vers l’Europe de l’Ouest : celle-ci « commencera progressivement à servir ses clients à travers l’Europe, en commençant par la France », avant l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, le Portugal et l’Irlande notamment. La branche lituanienne « continuera de jouer un rôle central dans les activités de Revolut au sein du reste de l’Espace économique européen ». La néobanque avait annoncé l’an dernier, lors du sommet Choose France, un investissement de plus d’un milliard d’euros et le recrutement de 400 personnes dans l’Hexagone. Elle doit également inaugurer l’an prochain à Paris son siège pour l’Europe de l’Ouest.

Mais comme toutes les plateformes numériques, Revolut est particulièrement exposé au blanchiment de fraude. L’ACPR indiquait que la fintech britannique était la troisième blanchisseuse d’argent en France en 2025. Ce nouveau statut va-t-il changer quelque chose ? « Contrairement aux services de paiement, une banque à une réglemenftation plus contraignante : obligations renforcées concernant l’identité des clients, obligation de signalement à Tracfin en cas de mouvements suspects, vigilance sur les virements internationaux… Revolut devra se soumettre à ces nouvelles exigences. »

Avec cette licence en poche, l’entreprise britannique part donc à la conquête de l’Europe et veut s’imposer face aux majors, menacés par l’émergence des néobanques. Selon une étude de McKinsey, les banques traditionnelles ont perdu plus de deux millions de clients entre 2021 et 2025 en France, tandis que, sur la même période, les fintechs en ont gagné… plus de 15 millions.