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Économie. L'enseigne de chaussures André, née à Nancy, placée en liquidation judiciaire après 130 ans d'existence

L'enseigne de chaussures André, lancée en 1896 à Nancy et qui avait fêté en 1983 son 500e magasin, est en liquidation judiciaire.

L'entreprise, aujourd'hui en cessation de paiements et qui n'emploie plus que 30 salariés, ne peut être redressée, notamment en raison de « problèmes avec le bailleur » et de « l'échec des négociations » avec le géant des centres commerciaux Westfield elon une décision de justice consultée mardi par l’AFP.

Le tribunal des activités économiques (TAE) de Paris avait ouvert le 9 septembre cette procédure de liquidation judiciaire.

L’histoire d’André, « le chausseur sachant chausser » selon le slogan publicitaire trouvé en 1932 par Marcel Bleustein-Blanchet, fondateur de Publicis, est avant tout une histoire nancéienne.

L’entreprise est née en 1896 grâce à Albert Lévy, un Alsacien de 23 ans, arrivé à Nancy après la guerre de 1870 et l’annexion. Il quitte la confection et reprend le fonds de commerce de la Manufacture nancéienne de chaussures et fonde la Société nancéienne de chaussures.

Robustes, variées et abordables

En 1903, il s’associe à Jérôme Lévy (un homonyme) et ouvre des magasins sous l’enseigne « Mathieu » avant de racheter deux boutiques « André » à Paris, qui vont donner son nom à l’enseigne. Les chaussures proposées sont robustes, variées et abordables. Les boutiques se multiplient et gagnent la capitale. À l’orée de la guerre 1914, il en possédait déjà 57. Il en aura 135 en 1935.

À Nancy, quatre usines de fabrication voient le jour, dont une située rue de l’Abbé-Gridel et une quai Claude- Le Lorrain. La société emploie jusqu'à près de 2000 salariés, dont 75 % de femmes. D’autres usines voient le jour dans la région  : à Blainville, à Dombasle, à Champigneulles et à Rupt-sur-Moselle dans les Vosges.

Photo d'archives ER

Photo d'archives ER

La marque s’implantera aussi à l’étranger et connaîtra son apogée en 1978 avec 10 millions de paires de chaussures vendues.

Les années 1980 et 1990 seront celles du déclin avant une remontada dans les années 2000.

Le magasin André dans les années 2000 à Nancy. Photo d'archives ER

Le magasin André dans les années 2000 à Nancy. Photo d'archives ER

Magasins divisés par deux après la crise du Covid

La marque André, qui appartenait à l'ancien fleuron du textile français Vivarte, a d'abord été rachetée en 2018 par le site de vente en ligne Spartoo. Puis, en 2020, alors en redressement judiciaire en raison de la crise du Covid, elle a été reprise par l'entreprise 1Monde9 de François Feijoo, lui-même ancien PDG de l'enseigne. Ce dernier a divisé le nombre de magasins par plus de deux, ne gardant qu'une cinquantaine de magasins sur les 180 points de vente d'alors et 13 affiliés. 

La guerre en Ukraine qui a fait flamber les cours des matières premières et la féroce concurrence de la mode ultra-éphémère (Shein) n'ont pas aidé au redressement de la société.

Le « chausseur sachant chausser » avait été repris en 2023, à la suite d'un deuxième redressement judiciaire. C'est une société belge, Optakare, dirigée par l'homme d'affaires Karim Redjal, qui a alors misé sur l'enseigne, en sauvegardant 119 contrats de travail (sur 250) et 21 boutiques (sur 50).

Mais en avril 2025, nouvelle cessation de paiements pour la société, « confrontée à une conjoncture (...) en berne » et un « poids des loyers en hausse », selon l'offre de reprise consultée alors par l'AFP.

M. Redjal lui-même avait alors repris de nouveau André début 2026, après acceptation de son offre de reprise par le tribunal des activités économiques de Paris. Il s'était engagé à reprendre 43 employés, dont 33 CDI, ainsi que 7 boutiques et 2 corners. Mais cette fois-ci, sans issue.

C’est une simple affichette qui a informé les clients de la fermeture définitive du magasin André. Photo ER /Yannick Vernini

A Nancy, c'est en 2023 que le magasin a fermé ses portes

Une page s'est tournée dans la cité ducale début mai 2023, comme le révèlait notre confrère Yannick Vernini : le célèbre magasin de chaussures André fermait ses portes. Situé à l’angle des rues Saint-Jean et Raugraff, une simple affiche prévenait alors les Nancéiens :  « Chers clients, c’est avec regret que notre équipe et votre magasin vous disent au revoir. Merci pour votre fidélité tout au long de ces nombreuses années ».