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Éclipse solaire : Rémi Cabanac : "L’expérience humaine, la beauté sidérante du phénomène en direct, ça ne se remplace pas"

l'essentiel Le mercredi 12 août, une éclipse solaire quasi totale sera visible depuis les Pyrénées. Explications de Rémi Cabanac, directeur de l'Observatoire Midi-Pyrénées, qui retransmettra l'événement en direct sur YouTube.

Le mercredi 12 août, les Pyrénées seront en première ligne pour observer, admirer, l'éclipse du Soleil. Une éclipse qui sera quasi-totale côté français de la chaîne, soit une occultation à 98 %, tandis que le Nord de l'Espagne sera dans la zone de totalité de ce phénomène aussi rare que spectaculaire et dont les images seront retransmises en direct depuis l'Observatoire Midi-Pyrénées sur la chaîne YouTube de l'Université Paul Sabatier, en charge de l'Observatoire. Explications de son directeur, Rémi Cabanac.

Quel est l'intérêt scientifique d'une éclipse solaire ?

Pendant près d’un siècle, les éclipses totales étaient l’unique occasion pour les scientifiques d’obtenir certaines observations. Au début du XXe siècle, on menait par exemple des expériences précises comme mesurer le déplacement apparent des étoiles voisines du Soleil pendant l’éclipse. C’est comme ça qu’on a pu vérifier des lois physiques fondamentales. La confirmation de la relativité générale, par la mesure de la déviation gravitationnelle du Soleil sur la position des étoiles, est justement née ainsi. Mais ces expériences-là, on les a faites, refaites et les réponses, on les a déjà. Aujourd’hui, faire ce genre de mesure, c’est intéressant historiquement ou pédagogiquement, mais ce n’est plus un enjeu scientifique inédit.

Les scientifiques peuvent donc se passer de l'éclipse ?

Avant, on ne pouvait observer la couronne chaude, la fameuse couronne qui entoure le Soleil, que pendant les rares éclipses totales. Aujourd'hui, d’un point de vue purement scientifique, elles ne sont plus indispensables. Tout ce qu’on pouvait mesurer ou compléter pendant les éclipses, on sait maintenant le faire en dehors de ces moments rares. La science se fait toute l’année, avec les instruments permanents. Avec le nouveau coronographe en construction au Pic du Midi, on pourra bientôt observer la couronne chaude depuis la Terre, même sans passer par une éclipse totale. Donc la grande exclusivité scientifique des éclipses n’existe plus vraiment sur ce plan. Mais l’expérience humaine, la beauté sidérante du phénomène en direct, ça, ça ne se remplace pas. Que ce soit pour les scientifiques ou le public, la contemplation reste l’aspect majeur.

L'observation d'une éclipse solaire totale reste donc une occasion à ne pas manquer

Aujourd'hui, observer une éclipse solaire totale, c'est avant tout participer à un événement extrêmement rare et esthétique. C’est franchement spectaculaire, une vraie expérience de contemplation qui ne laisse jamais indifférent. C’est aussi un événement qu’on partage, souvent en groupe, ce qui rend le moment encore plus fort. Ce phénomène unique n’arrive pas tous les jours, c’est ce qui en fait tout l’intérêt pour le grand public.

Au-delà du spectacle pour le public, une éclipse a-t-elle un impact sur la biodiversité ou sur d'autres éléments naturels ?

Quand une éclipse totale survient, on vit une sorte de mini-nuit en plein jour. Ce n’est pas la nuit noire car la zone de totalité n’est qu’une bande relativement étroite où la lumière baisse franchement et les animaux, la biodiversité, se retrouvent un peu déboussolés. Les oiseaux se taisent, certains animaux nocturnes pensent que la nuit tombe, tout le monde s’immobilise et observe. Ça dure une à trois minutes tout au plus et l’effet s’arrête presque tout de suite après. Le phénomène est si court que les animaux ne s’habituent pas, ils reviennent vite à leurs comportements de jour.

L’éclipse de cette année présente-t-elle des particularités d’observation ?

L’éclipse aura lieu environ une heure avant le coucher du Soleil. Donc, vers 20 h 30, on sera déjà sur une lumière de fin de journée, très douce, limite crépusculaire. Il faut donc impérativement avoir une vue dégagée côté ouest pour voir quelque chose et s'éloigner des montagnes ou collines qui gâcheraient le spectacle.

Ces conditions spéciales impactent-elles l’observation depuis le Pic du Midi ?

Au Pic du Midi, depuis la zone touristique et la grande terrasse, ce ne sera pas possible d’observer l’éclipse. Les bâtiments de l’Observatoire et le bâtiment interministériel bloquent la vue vers l’ouest au moment du coucher du Soleil. Même le coronographe ne pourra rien détecter à cette heure-là. La coupole principale est trop près de la terrasse, les instruments ne sont pas orientés pour voir si bas sur l’horizon.

A quoi s'attendre ?

A un brusque changement d’ambiance, la lumière tombe et la température peut fléchir d’un ou deux degrés en un rien de temps, tout se fige un peu autour. Le vrai conseil, c’est d’en profiter : choisir un lieu bien exposé, vérifier le ciel, s’équiper de lunettes de protection adaptées. Le souvenir sera, lui, garanti. C’est chaque fois un moment suspendu, un frisson à partager.

Que ce soit pour le lever (photo) ou pour le coucher, Le Soleil offre un spectacle exceptionnel au Pic du Midi.
Que ce soit pour le lever (photo) ou pour le coucher, Le Soleil offre un spectacle exceptionnel au Pic du Midi. DDM - Viktoria Telek

Vos conseils pratiques pour profiter du spectacle ?

D’abord, il ne faut pas louper la fenêtre de visibilité : ce n’est qu’une à trois minutes, donc chaque seconde compte. Il faut aussi penser à la sécurité oculaire, ne jamais regarder le Soleil directement sans protection adaptée, sauf pendant la totalité où le disque solaire est vraiment entièrement caché. Et se rappeler qu’on assiste à quelque chose qui impressionne autant les astronomes aguerris que les petits curieux. La science a peut-être évolué, mais la magie d’une éclipse reste intacte. Ne cherchez pas la performance scientifique ou technique, laissez-vous porter par la beauté du phénomène. C’est l’occasion d’un vrai moment de poésie scientifique et d’émerveillement partagé. Le spectacle est bref mais il marque durablement la mémoire.

Comment en profiter faute de pouvoir aller en Espagne ?

Un astronome de l'Observatoire va pointer le Soleil avec sa lunette et retransmettre les images en direct sur le site de l’université mais aussi sur YouTube. Et comme il y aura un concert au Pic du Midi au même moment, on va essayer d’installer un écran pour diffuser les images en direct à ceux qui assisteront au concert. L’idée, c’est de partager le spectacle partout où l’on peut.

Quel spot avez-vous choisi ?

On sera tous sur le front cette année, c’est-à-dire tous en zone de totalité. Tous les astronomes descendent en Espagne pour l’occasion. La bande de totalité de l’éclipse commence en Islande, traverse l’océan Atlantique, atteint la Cantabrie en Espagne et descend en diagonale vers Teruel et le sud de la Catalogne. Ça traverse Saragosse, et justement, j’y serai avec un groupe d’astronomes internationaux, en lien avec l’Assemblée Générale de l’Alliance des Observatoires Historiques, prévue juste après l’éclipse.

Pour la prochaine en France, il faudra être patient, alors autant savourer celle-ci au maximum.