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Tour de France 2026 - Du vélo elliptique, une chambre hypoxique et de la physio pour travailler son aéro: son entraîneur dévoile les secrets du hat-trick de Tim Merlier sur la 12 étape à Chalon-sur-Saône

"Si on nous avait dit en janvier qu'il lèverait les bras trois au ciel sur ce Tour de France…" Le sourire accroché à son visage émacié, Frederik Broché s'est surpris à se pincer jeudi en fin d'après midi, au moment où Tim Merlier, dont il est l'entraîneur, franchissait en vainqueur la ligne d'arrivée de Chalon-sur-Saône. Un troisième succès qui porte le sceau d'un vrai plan et résonne comme une ode à la patience.

Gêné par des problèmes persistants au genou pendant une bonne partie de l'hiver, le sprinter flandrien a vu sa préparation profondément perturbée et retardée. "Avons-nous douté un moment de sa participation au Tour ? Oui, nous nous sommes posé certaines questions… Mais l'horizon s'est ensuite heureusement dégagé et nous avons pu construire un vrai programme pour l'amener au top en juillet."

Un hiver mentalement difficile

Gêné par son articulation douloureuse autour du nouvel an, Tim Merlier a alors vécu une période mentalement difficile. "Ce n'est pas quelqu'un qui baisse facilement les bras, mais cet épisode a constitué une vraie épreuve sur le plan mental, se souvient son coach. Le bon diagnostic a quelque peu tardé à être posé, ce qui n'est évidemment pas simple pour un sportif pro. On lançait un traitement, Tim recevait le feu vert pour reprendre l'entraînement puis, une semaine plus tard, la douleur réapparaissait et on repartait de zéro ou presque. L'équipe a très bien réagi durant cette période car elle n'a jamais cherché à forcer son retour, elle voulait vraiment résoudre le problème sur le fond avec, déjà, le Tour de France comme phare à l'horizon. Pour son mental et déjà travailler un peu son cardio, nous lui avons alors proposé des séances de vélo elliptique. Le gros avantage de cet appareil, c'est qu'il permet de ne pas réaliser de trop grosses charges sur le genou. Et cela lui a fait un bien fou à la tête."

Un retour en compétition après un mois d'entraînement

Forfait pour l'Alula Tour en janvier, une épreuve qui devait initialement constituer sa course de reprise, le coureur de chez Soudal Quick-Step épingle finalement son premier dossard de la saison 2026 à la mi-mars sur le GP Monseré (19e).

"Tim a vraiment repris l'entraînement à la mi-février, explique Broché. Nous avons donc pris les premières courses comme partie intégrante de son plan d'entraînement. Le Monseré avait valeur de test quant à ses sensations et cela s'est bien passé. Mais nous avons tout de même été assez surpris de sa victoire sur le GP de l'Escaut, même si la course n'avait pas été trop usante en amont."

La victoire de Tim Merlier sur le GP de l'Escaut a constitué une surprise pour le staff de l'équipe Soudal Quick-Step.
La victoire de Tim Merlier sur le GP de l'Escaut a constitué une surprise pour le staff de l'équipe Soudal Quick-Step. ©photo news

Dans la foulée des classiques (victoire sur le Tour du Limboug le 15 avril), l'ancien champion d'Europe a ensuite effectué une première exposition à l'altitude. "Cela s'est fait chez lui, grâce à une chambre hypoxique, poursuit l'ancien directeur technique de Belgian Cycling. Notre challenge, en tant que staff, a été de trouver le bon équilibre entre des blocs d'entraînements et la compétition dont un sprinter à besoin pour ses repères et sa confiance. C'est pour cela que nous avons par exemple choisi de l'aligner sur le Tour de Hongrie (3 victoires d'étape). Le 26 mai, Tim est ensuite parti en Sierra Nevada pour deux semaines et demie. Un bloc crucial dans la construction de sa condition car la charge d'entraînement y a été vraiment importante."

Une application hors-norme à l'entraînement

Derrière la sérénité, le flegme et la forme de détachement qu'il semble parfois promener, celui qui compte désormais 6 victoires d'étape sur le Tour cachent une dimension obsessionnelle dans son approche de l'entraînement.

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"Son degré d'application est vraiment impressionnant, juge ainsi Broché. Quelles que soient les séances que je lui prévois, le rapport des données qu'il nous renvoie colle pratiquement toujours parfaitement à ce qui avait été planifié. Durée, puissances, cadence : c'est vraiment un élève modèle si on peut dire cela comme ça (rires). Plus globalement, Tim est un vrai pro qui surveille ses heures de sommeil et son alimentation à la loupe. La musculation n'est pas un pilier de sa réussite car un cycliste demeure un athlète d'endurance. Mais nous ne restons jamais plus d'une semaine sans passer par la case fitness et des rappels du travail de fond que nous effectuons pendant l'hiver sur ses fibres."

12 secondes : la durée idéale de son sprint

Auteur d'un sprint XXL de près de 350 mètres à Bergerac qui lui a permis de s'offrir sa seconde victoire sur ce Tour de France, Tim Merlier a attendu bien plus longtemps pour se découvrir dans le final de Chalon-sur-Saône.

"La semaine dernière, à l'arrivée de Bergerac, Tim a fait un effort de 24 secondes qui est normalement beaucoup trop long ! Mais il a une faculté hors-norme à s'adapter aux circonstances. C'est un sprinter plutôt long car il a une capacité à maintenir pendant près de dix secondes un niveau de puissance très élevé. Ce n'est pas le gars qui va effectuer les pics les plus impressionnants, mais il a ce qu'on appelle une excellente durabilité à cet effort maximal. Pour lui, le sprint idéal tourne autour des douze secondes."

Pour s'offrir son hat-trick sur les bords de la Saône vendredi, le Flandrien a cette fois broyé ses pédales pendant 10 secondes.

Des exercices de physio pour travailler l'aéro

Avec 1m88 sous la toise, Tim Merlier n'a pas le physique le plus naturellement compact sur son vélo. Pour maximiser son aérodynamisme, le coureur de Wortegem-Petegem travaille régulièrement avec un physiothérapeute.

"Le but, c'est de pouvoir s'aplatir autant que possible tout en maintenant un maximum de puissance, détaille Frederik Broché. Quand un sprinter déboule à plus de 70km/h, l'aérodynamisme est une donnée essentielle. Même si je ne connais pas les données de la concurrence, je crois que Tim doit pousser de 200 à 300 watts de moins qu'un gars comme Milan pour atteindre sa vitesse maximale lors d'un sprint."

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