taraskuzio.com

Droit du sol aux États-Unis: «Les décrets de Donald Trump sont d'abord un coup politique»

Un peu plus d'un mois après avoir vu son décret contre le droit du sol annulé par la Cour suprême, le président états-unien Donald Trump a signé jeudi 6 août deux nouveaux textes contre cette disposition. Le docteur en civilisation américaine Jérôme Viala-Gaudefroy y voit un message adressé à l'électorat républicain.

Publié le : 07/08/2026 - 18:36

4 min Temps de lecture

Donald Trump persiste et signe. Le 30 juin, la Cour suprême avait invalidé son décret signé dès son retour à la Maison Blanche, supprimant le droit du sol pour les enfants d'immigrés en situation irrégulière. La plus haute juridiction du pays avait estimé qu'il était contraire au 14e amendement de la Constitution, qui garantit à tout enfant né sur le territoire états-unien le droit d'en acquérir la nationalité.

Mais pas question pour le président de se laisser abattre. Jeudi 6 août, ce n'est donc pas un, mais deux décrets visant à restreindre le droit du sol qu'il a signés. Le premier s'attaque au « tourisme de naissance », selon son expression. Il cible les ressortissantes étrangères enceintes qui se rendent aux États-Unis pour accoucher, afin que leur nouveau-né en obtienne la ‌nationalité. Un phénomène que les spécialistes considèrent comme marginal.

Le second concerne notamment les enfants nés aux États-Unis d'employés de gouvernements étrangers, et ceux de personnes classées comme « étrangers ennemis », en raison de leur appartenance à une organisation considérée comme terroriste. Trois questions à Jérôme Viala-Gaudefroy, maître de conférences à Sciences Po Paris.

RFI : Ces deux nouveaux décrets risquent-ils de subir le même sort que celui annulé par la Cour suprême le 30 juin ?

Jérôme Viala-Gaudefroy : Le premier texte ne pose pas vraiment de problème puisqu'il est en accord avec la décision rendue par la Cour suprême. Il ne s'attaque pas au droit du sol lui-même, il agit en amont, en refusant ces visas aux femmes qui viendraient accoucher. C'est donc plutôt solide. D'ailleurs, le droit états-unien le permet déjà. Le second, sur la citoyenneté, est en revanche beaucoup plus fragile, dans la mesure où la Cour suprême avait dit que tout enfant né aux États-Unis est citoyen américain à la naissance, y compris si ses parents sont en situation irrégulière ou de passage. Les seules exceptions permises par la Constitution, et réaffirmées par les juges, concernent les enfants de diplomates ou ceux de membres d'une force d'occupation étrangère.

D'où Donald Trump tient-il cette obsession pour le droit du sol ? Est-il influencé par Stephen Miller, son conseiller à la sécurité ?

Stephen Miller est effectivement obsédé par cette question depuis ses années universitaires, et même depuis le lycée. Mais cela correspond aussi à la vision racialisée que Donald Trump a de la société. Il est nostalgique de ces États-Unis des années 1950, lorsque les visas étaient délivrés selon l'origine nationale des demandeurs. Une politique qui bénéficiait principalement aux ressortissants européens. La suppression des quotas d'immigration en 1965 a entraîné une forte augmentation de l'immigration en provenance des pays non européens, et modifié considérablement la démographie du pays.

Mais à mon sens, la signature de ces deux décrets est d'abord un coup politique. Il s'agit pour Donald Trump de montrer à son électorat qu'il continue d'agir, de se battre pour lui, malgré la décision de la Cour suprême, et même si ces nouveaux textes seront certainement contestés à leur tour en justice.

Cela s'inscrit donc dans la perspective des élections de mi-mandat de novembre prochain ?

Absolument. Donald Trump n'a d'ailleurs pas manqué d'exploiter les récents événements à Ceuta pour affirmer qu'une arrivée des démocrates au pouvoir entraînerait une « invasion » migratoire comme celle qu'a subie l'Espagne. L'objectif pour Donald Trump est de mobiliser sa base électorale pour l'encourager à se rendre aux urnes. Il s'agit donc de lui faire peur tout en lui montrant qu'il est là pour la protéger contre une prétendue invasion. Mais au-delà de cette base Maga, la question de l'immigration n'est pas un sujet majeur. On voit même dans les sondages que la politique migratoire de Donald Trump, notamment avec l'ICE, est vue de manière négative par les électeurs.

À lire aussiÉtats-Unis: Donald Trump au plus bas dans les sondages à trois mois des élections de mi-mandat