Drogue, six millions d'euros illégaux, blanchiment d'argent, armes... : une quarantaine de prévenus poursuivis pour le hotspot Matonge
Dans le quartier, tout le monde le connaît. Ce 18 octobre 2025, lorsque M.B. pénètre dans la galerie Matonge, un sac plastique dans les mains, plusieurs silhouettes lui emboîtent mécaniquement le pas. Quelques instants plus tard, un autre homme sort du passage couvert. Le même sachet entre les mains. À l'intérieur : plusieurs "Zedou", des pacsons contenants eux-mêmes dix pacsons de cannabis.
M.B. l'ignore encore, mais tous ces faits et gestes sont épiés. Depuis plusieurs mois, des policiers scrutent discrètement les pourtours de la chaussée de Wavre, entre les galeries commerciales d'Ixelles et Vendôme. Un secteur considéré comme un des principaux "hotspots" (lieux de deal, NdlR) de la capitale par les autorités.

Dans ce quartier pauvre de Bruxelles, une population précaire écoule les stupéfiants contre quelques billets. Ces dernières années, la pression policière n'a cessé de s'accentuer dans les environs.
Les observations, réalisées entre mai et octobre 2025, débouchent sur une importante opération, coordonnée par la police Bruxelles-Capitale/Ixelles, avec le soutien d'autres zones et de la police fédérale. Le 3 novembre dernier, vingt-cinq perquisitions sont menées simultanément. Treize suspects sont placés sous mandat d'arrêt. Des téléphones portables et des stupéfiants sont saisis, ainsi qu'un pepper spray (spray au poivre, NdlR).
"Tirez-moi une balle dans la tête" : un prévenu en surchauffe met les nerfs du tribunal en ébullitionQuarante-six prévenus, poursuivis pour leur participation présumée à ce trafic de drogues, comparaissent mardi devant le tribunal correctionnel de Bruxelles. Tous sont suspectés d'avoir été membres d'une organisation criminelle active dans la vente de cannabis, de MDMA (aussi appelée ecstasy) et de cocaïne dans le quartier Matonge.
Certains sont également suspectés de détention d'armes (un taser et quatre pepper spray) et de blanchiment d'argent. Cinq d'entre eux sont actuellement détenus et deux placés sous surveillance électronique. En raison du nombre considérable d'acteurs impliqués, le procès a été délocalisé au Justitia de Haren, l'ancien siège de l'Otan reconverti en palais de Justice. Au-delà du nombre de prévenus, l'affaire s'avère également particulièrement volumineuse, comportant 32 notices jointes au dossier principal.

Le ministère public bruxellois considère que la vente de stupéfiants était orchestrée par une organisation criminelle hiérarchiquement structurée. Selon une note de synthèse transférée à la juge d'instruction que La Libre a pu consulter, le réseau comptait dans ses rangs plusieurs superviseurs, vendeurs, nourrices (gestionnaires d'un lieu de stockage, NdlR), mais aussi un fournisseur, un guetteur et un comptable.
Un business plutôt lucratif puisque, selon les calculs théoriques du parquet de Bruxelles, l'avantage patrimonial illicite minimum s'élève à 6,163 millions d'euros.
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À la tête de ce point de deal selon les autorités : M.B., un résident etterbeekois d'origine congolaise. Âgé de 35 ans, il aurait occupé la tête de l'organisation entre le 3 mars 2022 et le 5 novembre 2025. L'individu, défendu par Me Guillaume Lys, conteste l'ensemble des préventions. Bien connu de la justice, le prévenu a déjà écopé en 2014 de vingt-deux ans pour le meurtre à l'arme blanche d'un jeune homme, membre d'une bande rivale.
Après ce détour par la case prison, le Bruxellois ne semble pas avoir mis de côté ses activités criminelles. Selon des procès-verbaux d'enquête que La Libre a pu consulter, une petite dizaine de dealers auraient agi sous son autorité de "chef du hotspot". Peut-être plus. Car, au total, une vingtaine d'autres vendeurs présumés se trouvaient dans la galerie Matonge, sans que les enquêteurs puissent confirmer un lien avec M.B.
Le dirigeant présumé du hotspot est bien connu de la justice. En 2014, il avait écopé de vingt-deux ans pour le meurtre d'un jeune homme, membre d'une bande rivale.
Entre début mars 2022 et fin janvier 2025, M.B. réalise pour plus de 57 000 euros de dépôts en espèces suspects. L'individu, pourtant sans profession, reçoit également pour 4 415 euros de virements aux "montants ronds" (soit des multiples de dix ou cinquante euros). Or, les enquêteurs découvrent que certains payeurs sont connus du milieu des stupéfiants.
Belgan, ancien fleuron industriel flamand, a-t-il été ruiné à cause d'espions chinois ?Un appartement situé avenue Louise, loué via la plateforme AirBnB par M.B., aurait servi au stockage et à la confection de stupéfiants. Le 28 juillet dernier, la police perquisitionne les lieux : ils y découvrent 1 490 euros en liquide, 1,3 kg de cannabis et 1,9 gramme de poudre blanche. Un autre point de chute temporaire de M.B., localisé à Auderghem, reçoit également la visite des forces de l'ordre. Plusieurs kilos de cannabis et 196 grammes de cocaïne y sont saisis, ainsi que quatre balances de précision et des sachets de conditionnement.
Reste au tribunal à déterminer s'il s'agissait d'une véritable structure criminelle hiérarchisée, comme l'estime le parquet, ou de simples dealers de rue réunis autour d'un même point de vente. "C'est le procès du royaume de la débrouille plutôt que celui d'une véritable organisation structurée", estime l'avocat d'un des prévenus.
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