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« Donne-moi deux euros pour boire de l’eau, j’ai trop chaud » : cette petite fille raconte le quotidien des sans-abri de Nice, en grand danger face à la canicule

Elle mendie avec sa grande sœur dans le quartier de Magnan à Nice. Depuis des lustres. Elle a peut-être 8 ans, ou un peu moins, et un regard qui crie pitié. « Donne-moi deux euros pour manger et boire de l’eau, j’ai trop chaud ».

Elle tend la main, ou plutôt un gobelet de carton usé par la sueur où s’accumulent péniblement les piécettes. Jusqu’à présent, elles faisaient la manche devant l’Intermarché de ce quartier de Nice Ouest.

Depuis quelques jours, elles se réfugient sous le pont SNCF en travaux, plus à l’ombre : « C’est mieux madame, là-bas, c’est trop dur ». Paroles de gosses qui triment sous le cagnard. Pas dix ans et déjà dans l’enfer des invisibles qui meurent de froid l’hiver et qui brûlent l’été.

En face des deux gamines de Magnan, un SDF, la trentaine, qui comate sur un caddy. Effondré par la chaleur, incapable d’articuler un mot. Plus loin, toujours à Nice Ouest, sur la Calif’, Nadir, 29 ans, qui « a chaud mais qui vient du Sahara donc tout va bien ». Il plastronne et fanfaronnes mais l’homme « sous curatelle » a l’air à bout de souffle.

Un handicapé qui fait la manche en fauteuil devant l’ancien kiosque Félix à deux pas de la Prom’ renchérit : « C’est dur mais peut-être qu’un jour, on aura une chambre et la clim’comme vous les bourgeois… »

Les corps s’épuisent, les esprits s’échauffent, les conflits s’exacerbent. Les sans-abri changent de lieu, d’habitudes, se terrent. Ce qui rend plus difficile encore l’action des travailleurs sociaux : « Les sans-abri sont en grand danger, ils sont déshydratés, en addiction, en souffrance », confirme un bénévole d’une grande association sous couvert d’anonymat.

Ici, la solidarité citoyenne est là. « On distribue une cinquantaine de bouteilles d’eau par jour à ceux qui ont besoin. La situation est difficile, on les voit en très grande difficulté, on fait ce qu’on peut… Mais cela ne suffit pas », témoigne Arnold, le patron du burger Bob et James dans le carrefour de Magnan.

« Éric Ciotti a dit : "Nice n’est pas un camping à ciel ouvert". C’est d’une indignité sans nom », s’insurge l’écologiste Juliette Chesnel-Le Roux

En période de forte chaleur, « les sans-abri sont trois fois plus à risque de pathologies mortelles que le reste de la population », alerte Juliette Chesnel-Le Roux, écologiste et cheffe de file de l’opposition de gauche à Éric Ciotti, maire de Nice. Elle poursuit : « Quand on dort sur le bitume après une journée déjà très chaude, la température est entre 5 et 10 °C de plus que dans les habitations ».

La liste « Unis pour Nice “ (EELV-PS-PCF), qui a donné une conférence de presse mercredi 8 juillet, est " en colère” : “La seule réaction d’Éric Ciotti a été d’envoyer sa police municipale pour déloger les sans-abri qui s’abritaient en dessous du Mamac. Il a dit : ” Nice n’est pas un camping à ciel ouvert”. C’est d’une indignité sans nom », s’insurge la conseillère municipale.

Depuis des années, sous le MAMAC, des tentes occupent l’espace public. Les Niçois sont excédés par cette situation.

Ce soir, nous avons mis un coup d’arrêt à cette situation en délogeant les personnes qui bloquaient le trottoir et les accès au parking.

Merci aux policiers… pic.twitter.com/DdtfYDZraF

— Eric Ciotti (@eciotti) July 4, 2026

Et la situation est grave.

« On est à 3 200 domiciliations d’adresse postales au CCAS « comptabilise Patrick Allemand, élu PS. qui siège au CCAS (Centre communal d’action sociale) de Nice.

Des milliers de personnes en galère. Et en danger mortel à cause de la température.

« Il n’est pas question de remettre en cause les travailleurs sociaux qui font un travail exceptionnel mais de trouver des solutions. Le centre d’accueil du XVe Corps fait un boulot monstrueux mais ils n’ont pas assez de capacité », exprime le socialiste, inquiet de la fermeture du 42 rue Dabray (où s’investissaient les Restos, l’Ordre de Malte, Les Jardins suspendus, Mir etc.) « On nous dit que c’est à cause des bénévoles qui ne sont pas disponibles l’été, c’est faux. On sera très très attentifs à la réouverture promise par Éric Ciotti début septembre », prévient-il.

Centres de rafraîchissement, douches, un lieu d’accueil à l’ouest de la ville… La gauche niçoise veut « un plan urgence canicule »

En attendant, le groupe « Unis pour Nice » propose « un plan d’urgence canicule » : « des centres de fraîcheur et de distribution d’eau, trois postes d’accueil ouverts jour et nuit, dont un à l’Ouest en plus de ceux de Trachel et du XVe corps, des toilettes publiques plus importantes ainsi qu’un dispositif permettant l’utilisation des douches de plages en soirée ». Ils dénoncent « une absence d’anticipation » de la municipalité. « Il faut des moyens mais la première mesure d’Éric Ciotti a été de faire 360 millions d’économies sur le budget. Les Niçois ne s’en rendent pas encore compte mais cela va aboutir à une véritable saignée sociale », martèle le communiste Julien Picot.

« La Ville de Nice et son CCAS sont pleinement mobilisés », réagit Éric Ciotti

« La Ville de Nice et son CCAS sont pleinement mobilisés pour accompagner et protéger les personnes sans domicile. Face à la canicule, cette mobilisation est renforcée : dès le déclenchement des fortes chaleurs, des mesures concrètes ont été déployées afin d’assurer leur mise à l’abri, leur accès à l’eau, à des espaces climatisés, à l’alimentation et aux besoins essentiels », réagit Éric Ciotti dans un communiqué.

« La distribution de bouteilles d’eau et de crème solaire est assurée dans les différents lieux d’accueil. Par ailleurs, la Ville dispose de 155 fontaines à eau réparties sur l’ensemble de son territoire, librement accessibles pour ces publics. L’aide alimentaire a également été renforcée à l’accueil de jour du XVe Corps, en lien avec les associations, afin de compenser la diminution des maraudes estivales. Des petits-déjeuners solidaires sont par ailleurs proposés les samedis, dimanches et jours fériés, de 7 h à 10 h, au 17 rue El Nouzah. », détaille le service de presse du maire de Nice.

Qui poursuit : « S’agissant de mise à l’abri, un dispositif d’urgence exceptionnel a été mis en œuvre par le CCAS. Dès le premier jour du déclenchement de la canicule, le Centre d’Hébergement d’Urgence Geneviève de Gaulle-Anthonioz, rue Trachel, est passé en ouverture 24 h/24, en complément de l’accueil de jour du XVe Corps. Les personnes accueillies y bénéficient d’espaces climatisés, d’une hydratation renforcée ainsi que de distributions de repas. Concernant l’accès à l’hygiène, la Ville compte 11 toilettes publiques, dont 3 sites équipés de douches (Forum, Centenaire et Beau Rivage). Ces douches sont gratuites pour les personnes sans domicile stable »

Enfin, « la fermeture temporaire du site de Dabray ne constitue en aucun cas une suppression du dispositif d’aide. Elle est directement liée à la baisse saisonnière des distributions alimentaires assurées par les associations pendant la période estivale, en raison du manque de bénévoles. «