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Disparition. Gilles Chabert, grande figure des “pulls rouges” et de la montagne, est décédé

Il était qualifié par Hervé Gaymard d’homme « le plus puissant au-dessus de 1000 mètres d’altitude ». Une véritable influence qui n’était pas du tout sous-cotée à l’aune de ses 24 années passées à la tête des “pulls rouges” avec de nombreuses batailles gagnées. Gilles Chabert*, 74 ans, a perdu, ce week-end des 10-11 octobre, son dernier combat, celui contre la maladie.

« Ça ne va pas trop mal mais ce n’est pas des vacances au Club Med », confiait-il, en gardant son humour, le 24 septembre dernier. Il ne pouvait désormais échanger que par messages écrits, ayant perdu, à la suite d'une lourde opération, sa voix. Celle, si caractéristique, qui avait tant porté le Syndicat national des moniteurs du ski français (SNMSF) et le monde de la montagne. « Sur tous les sujets qui intéressaient les montagnards, il en était le premier de cordée. C’était un homme passionné, investi et avec un fort caractère. Il laissera une grande trace », témoigne, ému, Éric Brèche, qui a pris sa suite à partir de 2018 à la présidence du SNMSF. Et d’ajouter : « On pense avant tout à sa femme (Arlette), son fils (Frédéric, moniteur de ski à Val-Thorens), ses petits-enfants dans ce moment douloureux. »

Le Vertacomicorien, qui a toujours vécu à Villard-de-Lans, savait utiliser tous les leviers, dont celui politique de conseiller régional délégué à la montagne et aux Alpes 2030. « C’est une énorme perte. Ces dix dernières années, il n’y a pas une semaine où on ne se parlait pas. En réalité, nous n’avons pas encore pris toute la mesure de ce qu’il a laissé pour la montagne. Il avait construit un réseau absolument incroyable qui dépassait tous les clivages », souligne Fabrice Pannekoucke, président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes. Il aura une pensée toute particulière pour lui lors de la présentation du rapport sur la montagne, prévue le 22 octobre en assemblée plénière : « C’est un rapport qu’on lui doit. »

« La défense du métier chevillée au corps »

Il y a aussi cette médaille n°3453 qui restera gravée dans l’histoire de l’École du ski français. Débutant en 1977, il a gravi tous les échelons, de directeur de l’ESF de Villard-de-Lans en 1983 à la présidence du puissant syndicat en passant par le comité directeur. « Je crois qu’on arrive au monde avec l’esprit de vouloir mener ou non, d’être un leader ou un suiveur », disait l’ancien général de « l’armée rouge », à la carrure imposante, en juillet 2025, dans son salon. À côté de la cheminée, une photo de lui, en rouge bien sûr, avec le pape Jean-Paul II (« je lui avais offert des chaussures de ski »), et une autre avec Jacques Chirac lui donnant une accolade.

Ce fils d’agriculteur, ancien bûcheron, savait façonner son influence pour la bonne cause des “pulls rouges”, n’hésitant pas à organiser trois déjeuners, le même jour, à Paris avec trois parlementaires différents. Pour Jean-Marc Simon, qui a été son fidèle directeur général au SNMSF, Gilles Chabert avait « la défense du métier chevillée au corps avec un seul credo, l’excellence technique et l’exigence de sécurité en s’appuyant sur la force du collectif des 17 000 moniteurs ». Lors de son dernier congrès en 2018 à Nice, il avait été nommé président d’honneur du syndicat : « Cela ne donne pas de pouvoir mais cela me fait très plaisir », soulignait alors, avec malice, le récipiendaire.

Mais rien ne valait le temps passé dans son Vercors natal  : « Quand je reviens chez moi après des rendez-vous à Lyon ou Paris, j’ai l’impression que toute la fatigue s’en va. » C’est là, sur son « île en terre ferme », que le capitaine de la montagne a pris le grand large.

*Gilles Chabert était membre du conseil d’administration du Dauphiné Libéré. Il a été, en 2006, à l’origine de la création de Ski Chrono.