Deux ans après le sacre paralympique devant la tour Eiffel, l'équipe de France de cécifoot veut transformer l'essai lors des championnats d'Europe
Les Bleus sont de retour à Strasbourg, à partir de lundi, pour défendre leur titre de champion continental.
France Télévisions - Rédaction Sport
Publié le 16/08/2026 06:30
Temps de lecture : 5min
Personne n'a oublié le torrent d'émotions traversé le 7 septembre 2024, quand les Bleus du cécifoot faisaient imploser de bonheur le public du stade Tour Eiffel en décrochant leur premier titre paralympique aux tirs au but contre l'Argentine (1-1, 3-2 aux t.a.b.). A bien des égards, ce sacre à domicile lors du dernier soir de compétition convoquait des souvenirs glorieux, et avait, pour certains spectateurs présents, des airs de première étoile remportée par l'équipe de France de football à la maison en 1998.
Un peu moins de deux ans plus tard, les héros de Paris font leur retour à Strasbourg - du 17 au 23 août - devant un autre site iconique, le Parlement européen, pour tenter de conserver leur couronne de champion d'Europe. Une opportunité en or pour le public de retrouver la ferveur des Jeux avec Frédéric Villeroux et toute sa bande.
"La majorité des joueurs avaient la conviction qu'ils arrêteraient après l'or paralympique", se souvient Gaël Rivière. "Mais à part le deuxième gardien (Benoit Chevreau de Montlehu), 95% des joueurs ont décidé de poursuivre l'aventure parce qu'il y avait ces championnats d'Europe à Strasbourg, et on avait envie de retrouver les supporters français, partager de nouveaux moments forts avec eux."
"Bien sûr que les Jeux de Paris nous ont aidés, il y a eu le cécifoot en 2024 mais on aura le paracyclisme à l'honneur lors des Mondiaux 2027 en France. Cela sert tout un écosystème."
Gaël Rivière, joueur de l'équipe de France de cécifoot
à franceinfo: sport
Cadre des Bleus depuis près de 20 ans, il a pu mesurer l'évolution de la popularité de sa discipline, mais surtout de cette équipe de France. D'autant qu'un autre cap va être franchi à compter de lundi puisque les matchs des Tricolores seront diffusés sur les chaînes de France Télévisions, et l'intégralité de la compétition sur France.tv, une grande première. "Je me rappelle de notre premier titre de champion d'Europe en 2009, à Nantes. Je pense que si l'on cherche des traces de ce résultat, ce n'est pas évident de trouver quelque chose au niveau médiatique. Dix-sept ans plus tard, nous voilà sur France 2 ou France 3 avec un moment d'audience sympa, au cœur de l'été. Le chemin parcouru est considérable, et on espère qu'il y aura encore plus de parasport à l'avenir."
Cette nouvelle diffusion vient renforcer l'autre objectif revendiqué par toute cette équipe de France, qui dépasse largement le cadre du sport, à savoir transformer le regard que l'on porte sur le handicap. Pour le sélectionneur des Bleus Toussaint Akpweh, les spectateurs des Jeux paralympiques en 2024 ont pu mieux comprendre le défi de l'inclusion, en ne considérant pas uniquement le vecteur de l'assistance mais en prenant en compte, au contraire, l'autonomie et la juste place de chacun dans la société. "Le grand public a contribué à installer un regard de reconnaissance d'une aptitude, d'un savoir-faire et plus un regard compatissant ou empathique sur le fait d'être non-valide", explique-t-il. "Depuis les Jeux, ça n'a pas changé puisqu'on a toujours le même engouement, le même enthousiasme. A chaque fois, les gens échangent avec nous comme si Paris, c'était hier."
Il n'en reste pas moins que l'élan historique du sacre paralympique s'est un peu essoufflé au cours des 24 derniers mois, toujours selon celui qui a repris en main les Bleus en 2018 en arrêtant toute activité professionnelle, au service du collectif tricolore. "J'attends toujours la réappropriation politique de l'héritage des Jeux de 2024. Tous les pays dans le monde auraient saisi cette opportunité énorme pour faire évoluer les choses. Or l'héritage, on le laisse à la responsabilité des acteurs. Être en situation de handicap, c'est une réalité de vie. Par contre, elle peut être amplifiée ou réduite par les comportements et les choix que l'on fait. Nous, on va continuer à faire notre job, ouvrir les portes, pour que chacun joue le jeu."
Depuis deux ans, le nombre de licenciés pratiquant le cécifoot est en hausse régulière, précise Gaël Rivière, également président de la Fédération française handisport (FFH). Un signal positif même si, dans le même temps, la baisse des dotations a des répercussions sur les collectivités territoriales, qui consacrent moins d'argent au sport. Sans parler de la conjoncture économique compliquée avec peu de visibilité pour le secteur privé, se répercutant par un recul du mécénat et des contrats de sponsoring de certains athlètes, clubs ou comités régionaux.
"C'est un bilan mitigé mais on a aussi montré que les parasportifs, les encadrants, les entraîneurs avaient du savoir-faire et que ça pouvait être attractif pour des partenaires", poursuit le joueur de 36 ans. "Les Jeux nous ont aidés à passer un cap, en montrant que le parasport, ce n'est pas que de la bonne conscience mais aussi quelque chose qui génère de l'engouement, de la passion. Je crois que c'est ancré et que les fondations sont plus solides qu'avant."
"On a parlé d'exploit à Paris, pour nous ce n'en était pas un. C'était l'évolution d'un travail consistant et acharné. A l'Euro, toutes les équipes auront à coeur de nous faire tomber. Nous, on veut montrer qu'on est meilleurs et conserver notre titre."
Toussaint Akpweh, sélectionneur de l'équipe de France de cécifoot
à franceinfo: sport
De grosses prestations des Bleus sur ces championnats d'Europe leur permettraient de se rappeler au bon souvenir de toutes celles et ceux qui les avaient portés aux nues lors de leur épopée victorieuse dans la capitale. Avec un groupe A composé de l'Angleterre, l'Allemagne et la Grèce, le challenge s'annonce relevé et rugueux, alors que l'Espagne mais aussi la Turquie ont également l'ambition d'éteindre la flamme tricolore. Mais le groupe de Toussaint Akpweh a continué à travailler avec humilité ces derniers mois pour arriver "plus fort qu'à Paris" cet été, déterminé à assumer une nouvelle fois la pression d'évoluer à domicile.
En 2025, l'équipe de France est allée en Argentine, sur les terres du vice-champion paralympique. "Cette sortie était importante parce qu'il fallait confirmer que ce n'était pas un exploit à Paris et on devait jouer un peu une deuxième finale chez eux", précise le sélectionneur. "Lors de ce match, j'avais mis tous les titulaires de 2024 sur le banc ou presque. On a fait match nul. Ce qui était important de faire passer comme message, c'est qu'en réalité on n'a pas bien joué lors des Jeux. On a gagné mais on n'a pas produit le jeu que l'on aurait souhaité".
Cette année, au printemps, c'est au Brésil que les Bleus ont fourbi leurs armes, pour défier une formation unanimement considérée comme la meilleure du monde. Un apprentissage à marche forcée avec trois défaites en autant de matchs, idéal pour garder de la modestie et aborder ces championnats d'Europe la tête sur les épaules.
"Une performance, c'est le fruit d'un travail nourri par une ambition, une envie et on est tous en adéquation là-dessus dans l'équipe", philosophe Toussaint Akpweh. "Tout ce que l'on veut, c'est continuer à écrire notre histoire."
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