Détresse post-partum et infanticide : aux États-Unis, le procès d’une mère devient un phénomène TikTok jusqu’en France
L’affaire remonte à janvier 2023. Dans le sous-sol de sa maison de Duxbury, une petite ville côtière du Massachusetts, Lindsay Clancy étrangle ses trois enfants : Cora, 5 ans, Dawson, 3 ans, et Callan, 8 mois, avec des bandes élastiques de sport.
Elle tente ensuite de mettre fin à ses jours en se tailladant la gorge avant de sauter du deuxième étage de sa maison. Elle survit, mais reste paralysée des jambes. Elle comparaît d’ailleurs à son procès dans un fauteuil roulant. Il est fait état de son mal-être à la période des faits liés à trois grossesses rapprochées, à de l’insomnie sévère, des changements répétés de soignants et une surmédication après une période Covid vécue difficilement par de nombreuses personnes jusqu’à perturber leur santé mentale.
Divorcé depuis, le père des enfants, Patrick Clancy, a refait sa vie à New York, où il s’était installé quelques mois seulement après le drame. Sa relation avec sa compagne actuelle, une médecin spécialiste de la fertilité, aurait débuté début 2024, avant qu’il ne se remarie avec elle en avril 2026, peu avant de venir témoigner au procès de son ex-femme.
Trois ans et demi plus tard, ce procès touche à sa fin devant la cour supérieure de Plymouth. Fait rare pour ce genre d’affaire, l’accusée ne conteste pas avoir tué ses enfants. La véritable question posée au jury est ailleurs. Il s’agit de savoir si Lindsay Clancy est pénalement responsable de ses actes au moment des faits ?
Épisode psychotique ou assassinat ?
Deux thèses s’affrontent. L’accusation, portée par la procureure Jennifer Sprague, soutient que la mère de famille a agi de façon préméditée. Elle aurait envoyé son mari faire des courses, pendant une quinzaine de minutes, pour se retrouver seule avec les enfants avant de passer à l’acte. Selon les procureurs, ses actes criminels étaient volontaires.
L’avocat de la mère de famille plaide l’irresponsabilité pénale. Kevin Reddington, affirme que sa cliente traversait un épisode psychotique aigu, déclenché par une psychose post-partum aggravée par une surmédication. La liste des ordonnances de médicaments est impressionnante. Son ex-mari a témoigné que Lindsay Clancy s’est vue prescrire 13 médicaments psychiatriques différents en l’espace de quatre mois, dans les mois précédant le drame de janvier 2023, alors qu’elle enchaînait les changements de soignants et souffrait d’insomnie sévère.
Une mobilisation internationale
Ce procès se distingue par l’ampleur de la mobilisation sur les réseaux sociaux, y compris en France. Plus de 164 000 vidéos ont été publiées sur TikTok avec le hashtag #clancy. La chanteuse canadienne Béatrice Martin alias Cœur de pirate suit activement l’affaire et s’en émeut d’ailleurs auprès de son public.
Des internautes se transforment en enquêteurs amateurs, décortiquent chaque témoignage, chaque geste, chaque détail vestimentaire aperçu à l’audience qui est filmée et diffusée. Certains créateurs de contenu sont allés jusqu’à échafauder des théories selon lesquelles le véritable responsable serait en réalité l’ex-mari de l’accusée, Patrick Clancy, sans qu’aucun élément du dossier ne vienne étayer cette thèse.
Justice pénale et justice populaire médiatique
L’affaire relance le débat sur la place des « enquêteurs du dimanche » sur les réseaux sociaux, et sur la frontière ténue entre justice pénale et justice populaire numérique. Cette question résonne bien au-delà des frontières américaines, jusqu’en France.
Les plaidoiries se déroulent cette semaine. Dans le Massachusetts, le verdict doit être rendu à l’unanimité : en cas de désaccord persistant, la procédure peut déboucher sur un procès nul, obligeant l’accusation à tout recommencer.