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Questions d'environnement - Détestée ou adulée, comment la trottinette électrique s'est-elle imposée dans le paysage urbain?

C'est l'un des nouveaux moyens de transport emblématiques de la transition climatique. Mais la trottinette électrique, partagée ou personnelle, est-elle vraiment écologique ?

Elles filent parfois à toute vitesse, frôlant cyclistes et piétons. Les trottinettes électriques, qui font désormais partie du paysage urbain (mais pas que), ont parfois mauvaise réputation. En témoigne encore un article publié cette semaine en France par Le Figaro : « Comment la trottinette est devenue l’accessoire indispensable des narcotrafiquants lyonnais »

Mais les voyous ne sont pas les seuls à plébisciter l’un des rares moyens de transport où l’on se tient debout (exceptés les transports en commun bondés). En quelques années, la trottinette électrique a fait des millions d'adeptes dans le monde. Les premières trottinettes à moteur, inventées il y a une centaine d'années, roulaient grâce à un moteur thermique, à essence. Ce n'est qu'au début de notre siècle que la trottinette électrique fait son apparition, aux États-Unis, avant de conquérir le monde, grâce au système des trottinettes partagées en libre-service.

Le boom de 2017

« C'est parti de la Silicon Valley qui s'est dit : "Ah, il y a en fait un créneau pour la micromobilité"Il y avait déjà les vélos partagés depuis longtemps. La trottinette, c'était nouveau, même si la patinette est aussi vieille que le monde. C'était un nouveau business model qui s'est vite répandu », analyse Anne de Bortoli, chercheuse et professeur associée à Polytechnique Montréal. 

Les trottinettes partagées explosent aux États-Unis en 2017, et un an plus tard le phénomène gagne Paris, avec ces nouveaux « engins de déplacement personnel motorisés », selon la classification officielle, qui envahissent la chaussée, les pistes cyclables mais aussi les trottoirs, avec pas moins de 13 opérateurs qui se partagent le marché à l'époque – c'est un peu l'anarchie au début... Cinq ans plus tard, un référendum local mettra un terme à l'aventure, en bannissant les trottinettes partagées, comme dans plusieurs villes européennes, Bruxelles étant la dernière à franchir le pas, en raison d'un trop grand nombre d'accidents.

La voiture résiste

Le système de trottinette en libre-service permet de passer le pas et nombreux sont ceux qui achètent ensuite leur propre engin. En France, il s'en est vendu 5 millions en 10 ans, et plus de 600 000 rien que pour l'année 2025. Mais le succès des trottinettes électriques n’a eu qu’un effet marginal sur la circulation automobile.

On abandonne peu sa voiture au profit d’une trottinette, comme l’ont montré de nombreuses études, et notamment celle réalisée par Anne de Bortoli en 2019 à Paris : « Globalement, à Paris, la trottinette a surtout remplacé des kilomètres auparavant parcourus en transports en commun ainsi qu’en mobilité active, à savoir la marche et le vélo. En moyenne, on retrouve seulement 20% des kilomètres parcourus qui étaient auparavant réalisés avec des modes motorisés privés type voiture ou taxi, ceux qu'on veut éviter du point de vue environnemental ».

Un outil de la transition écologique

Du point de vue environnemental, la trottinette électrique est avantageuse. On a fait beaucoup de progrès en dix ans. Fini le temps où des auto-entrepreneurs venaient ramasser les trottinettes en ville à bord d'une camionnette diesel, avant de les recharger sur un groupe électrogène à essence. L'empreinte carbone de la trottinette a fortement baissé. Leur durée de vie s'est allongée. D'ailleurs, dans le bilan carbone, ce sont moins les batteries qui pèsent que la fabrication du cadre en aluminium (comme pour les vélos électriques).

La trottinette électrique, partagée ou personnelle, est devenue un moyen de transport emblématique de la transition écologique qui « se focalise beaucoup, pour le secteur des transports, sur l'électrification de la voiture, relève Anne de Bortoli. C'est très pratique parce que ça ne nécessite pas un changement de système majeur, encore plus en Amérique du Nord où les villes sont très orientées autour de la voiture, un peu moins en Europe. Donc pour moi, tout ce qui est micromobilité personnelle ou partagée, bien gérée, va faire partie des solutions de transition climatique et écologique pour le secteur des transports ». Contrairement à la voiture, une trottinette (ou un vélo) ne prend pas de place, et elle a toute sa place.