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Des premiers portraits à l'IA, le festival de La Gacilly célèbre 200 ans de photographie

Ce village de 4 000 habitants du Morbihan se transforme, chaque été, en galerie d'exposition à ciel ouvert entièrement gratuite. L'édition 2025 a attiré 350 000 visiteurs. Pour sa 23e édition, La Gacilly célèbre le bicentenaire de la photographie, à travers une dizaine d'expositions.

Dès l’entrée du village, on en prend plein les yeux. Sur 10 mètres de hauteur, immersion garantie dans une photo en couleur d’un des maîtres français de la photographie, Willy Ronis. "Il nous plonge dans l'ambiance d'un Paris des années 1950, un bal guinguette", explique Mélina Le Blaye, la directrice du festival de La Gacilly. "C'est pour ça que nous avons aménagé la place Sebastiao Salgado sur un esprit un peu guinguette, pour pouvoir célébrer ensemble les 200 ans de la photo", ajoute-t-elle.

La célébration débute réellement à quelques mètres de là, dans le labyrinthe végétal, avec Nadar et ses célèbres portraits de la deuxième moitié du XIVe siècle. "Ce sont les premiers portraits. C'est quand même inouï de pouvoir mettre un visage aussi précis sur Victor Guy de Maupassant, Alexandre Dumas. Ça nécessitait de rester de longues heures immobiles pour que la photo soit nette. Il y avait plusieurs techniques pour faire en sorte que le modèle ne bouge pas, avec des systèmes de fixation dans le dos ou dans la nuque", détaille Mélina Le Blaye.

Depardon en couleur

Juste à côté, un autre grand maître du portrait : Jean-Marie Périer, période yéyés et Beatles, comme en témoigne ce clair-obscur des Fab Four. "On est au début des années 1960, les Beatles viennent à Paris et il dit à son assistant 'tiens, tu vas m'éteindre le studio entièrement'. Il donne une cigarette à chacun des Beatles et il leur dit 'au moment où je vous dis top, vous allumez la cigarette'", explique le commissaire des expositions, Cyril Drouhet. "On est dans le noir total. Là, les quatre Beatles en même temps allument leur cigarette et la photo qu'on voit, c'est une sorte de clair-obscur incroyable", souligne-t-il. "J'adore cette photo des Beatles, parce qu'elle est totalement révolutionnaire. Ça c'est Jean-Marie Périer !"

À écouter

France Inter

2 min

On croise aussi dans les venelles une facette plus intime et moins connue du grand Raymond Depardon, 55 photos exclusivement en couleur. "C'est vraiment une photographie différente pour Raymond", affirme son fils, co-commissaire de l'exposition, Simon Depardon. "Le noir et blanc, c'est l'actualité. La couleur, c'est la sensation, le souvenir, l'intime, et on le voit très bien dans sa façon de déambuler en couleur. Là, où il va vraiment chercher l'instant décisif en noir et blanc."

Les travers de l'IA en images

Eux, c’est avec l’IA qu’ils se sont amusés. Brodbeck & de Barbuat, couple d’artistes photographes, a demandé, en 2022, à l’intelligence artificielle de reproduire des clichés iconiques à partir de descriptions textuelles, des prompts, pour mieux en faire émerger les biais. Exemple avec cette photo d’Annie Leibovitz décrite par Simon Brodbeck : "C'est un portrait de John Lennon entièrement nu, dans les bras de Yoko Ono entièrement habillée, mais l'IA, lorsqu'on lui a décrit, nous a fait la proposition d'un homme rhabillé et, vu qu'on parlait de nudité dans notre prompt, elle a appliqué cette nudité à la femme." Selon l'artiste, "il y a des millions d'images sur internet de femmes en maillot de bain, etc., donc l'IA s'est dit 'il me parle de nudité, ces deux-là, c'est certainement à la femme qu'il faut l'appliquer'". Une réflexion passionnante sur la construction de nos imaginaires collectifs.