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Des Liégeois dénoncent des "arrestations abusives" suite aux émeutes: "On m'a privée de liberté car j'avais du sérum physiologique dans mon sac"

Mercredi soir, à la suite des émeutes des jours précédents en marge du mouvement de contestation mené par les élèves de la Cité ardente, le bourgmestre de Liège, Willy Demeyer, en collaboration avec la Zone de police, a décidé d'interdire sur tout le territoire de la ville les rassemblements de plus de trois personnes. "Il en va de la sécurité des Liégeoises et des Liégeois, des étudiants, des commerçants et de tous les usagers", avait-il alors déclaré. Selon la police, "il existe un risque réel, sérieux et imminent de réitération de ces événements (dégradations, destructions, violences urbaines, etc.)". Toujours selon l'ordonnance, "ces rassemblements sont susceptibles de dégénérer rapidement en émeutes".

Ainsi, dès jeudi matin, de nombreux agents étaient déployés dans les rues de la ville pour effectuer des contrôles. Si jeudi, Liège était particulièrement vide, notamment en raison de la grève du TEC, une manifestation organisée par la FGTB a quand même bien eu lieu au départ du XX Août.

Un rassemblement autorisé

Cependant, bien que le rassemblement ait été autorisé et que l'ordonnance ait prévu explicitement une exception dans ce cas, plusieurs internautes ont fait état d'arrestations en chemin vers l'université. Ainsi, Sophie, professeure à l'École supérieure des arts Saint-Luc, indique que, sur le coup de 10 heures, alors qu'elle marchait "par groupe de deux ou trois avec des collègues et des étudiants vers le XX Août", elle a été interpellée par des policiers.

Le masque de Sophie confisqué par la police.
Le masque de Sophie confisqué par la police. ©DR

Elle affirme que sa privation de liberté était liée à la présence "d'un ou deux masques en papier" dans son sac. "J'en ai toujours sur moi avec les produits chimiques que l'on utilise dans l'atelier à l'école", précise-t-elle. En cellule, au commissariat de la rue Natalis, "des enfants de 13 ou 14 ans, parfois tout juste majeurs".

Martine (prénom d'emprunt), une autre enseignante nous indique, elle, avoir été arrêtée "parce qu'elle avait quatre fioles de sérum physiologique sur elle". Nombreux sont les manifestants qui, depuis vendredi dernier, se munissent de ce produit pour tenter d'atténuer les effets des gaz lacrymogènes lancés par les forces de l'ordre. "Si j'avais les pipettes, c'était parce que, depuis lundi, je traversais le centre-ville entièrement gazé par la police pour rentrer du travail", ajoute-t-elle. Elle assure qu'un agent lui a déclaré qu'avoir un tel produit sur soi "était interdit". "Ils sont en train de former toute une jeunesse à craindre la police", conclut Martine.

Elle était également vêtue de noir, "comme toujours", avec un pull à capuche "parce qu'il pleuvait".

D'autres enfin déclarent avoir été privés de liberté "pour avoir filmé des interventions policières".

Policemen pictured ahead of students gather outside place Saint-Lambert in Liege city center during a protest against education reforms and budget cuts, on Thursday 8 October 2026. For several days protests turned violent, mainly due to rioters who vandalize the city centre and face police. The city of Liege announced a ban of gathering of more than three minors on public space, unless with a responsible adult, to prevent the gathering of rioters who have nothing to do with the original movement.
BELGA PHOTO BRUNO FAHY
De nombreuses personnes ont été contrôlées. ©Belgaimage

L'arrestation administrative peut être définie comme "une mesure prise en vue du maintien de l'ordre, de la sécurité et de la tranquillité publique". Dans ces cas-ci, la police de Liège invoque "des mesures préventives".

Tracts, gants, etc.

Ainsi, "dans la situation actuelle", la Zone a dressé la liste des objets indésirables : les cagoules, les cache-cous, des gants, des masques (de ski), des lunettes de plongée, ou encore des masques carnavalesques "destinés à cacher le visage". Ajoutons à cela "les tracts provocateurs ou incitants [à la violence]", ainsi que les engins pyrotechniques et les objets contondants. "Détenir ce type d'objet peut mener à des contrôles, à une arrestation ou encore à une identification au poste", apprend-on.

La police liégeoise conteste toutefois certains témoignages relayés sur les réseaux sociaux et recueillis par nos soins : "Personne n'est privé de liberté simplement pour avoir du liquide physiologique ou un masque dans son sac". "Une arrestation est justifiée par la présence d'un ensemble suffisant d'éléments probants qui pourraient faire penser à une volonté de commettre une infraction", nous affirme-t-on à la Zone, qui reconnaît "qu'après quatre jours d'émeutes, des objets du quotidien peuvent prendre un tout autre sens". Elle indique enfin que des contrôles sont nécessaires pour assurer la sécurité de tous. Et la police liégeoise de conclure : "Jeudi, trois adolescentes 'bien sous tout rapport' ont été contrôlées : deux d'entre elles avaient des pavés dans leur sac".

Quoi qu'il en soit, plusieurs personnes envisagent déjà de porter plainte pour dénoncer les conditions de leur arrestation. Au total, depuis le 1er octobre (bilan arrêté le jeudi 8 octobre à 18 heures 30), la police a procédé à 226 arrestations administratives. Les arrestations judiciaires sont au nombre de 44.

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