"Des dizaines de milliers d'emplois": les villes thermales vent debout contre le projet de déremboursement des cures par la Sécu
Le gouvernement veut économiser 200 millions d'euros par an en transférant le remboursement des cures thermales aux complémentaires santé et non plus à la Sécu. Les villes concernées dénoncent une "erreur stratégique" et mettent en avant le poids économique du thermalisme.
"Infondé", "aberrant": la volonté du gouvernement de laisser le remboursement des cures aux seules complémentaire santé, et non plus à la Sécu, fait craindre aux villes thermales une chute de leur fréquentation et de leur chiffre d'affaires.
Avec ce transfert, qui doit être débattu dans le cadre du projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) et destiné à économiser 200 millions d'euros, certains patients pourraient n'avoir plus aucune prise en charge, car les complémentaires n'ont pas d'obligation de rembourser les cures, s'alarment élus locaux et professionnels du secteur.
Si les curistes payent de leur poche le transport, l'hébergement et la restauration, ils bénéficient actuellement d'une prise en charge à 65%, par l'Assurance maladie, des soins à proprement parler, qui coûtent environ 700 euros.
Or, à l'approche de la saison thermale 2027, l'incertitude concernant cette prise en charge "pourrait déjà peser sur les décisions de réservation des curistes et, par ricochet, sur l'activité des stations", alerte dans un communiqué l'établissement des Thermes de Balaruc-les-Bains (Hérault), la première station thermale de France, qui a accueilli plus de 51.000 curistes en 2025.
Cela fait aussi "peser un risque sérieux sur l'égalité d'accès aux soins", pointent dans une lettre adressée à la ministre de la Santé Stéphanie Rist deux parlementaires et Julien Dubois, maire de Dax et président de l'Association nationale des maires de communes thermales, qui regroupe 80 villes.
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Les villes insistent sur le poids économique des cures
Sur la même ligne, les présidents des Régions de France ont déploré lundi une "erreur stratégique sur le plan médical, budgétairement très discutable et socialement injuste". Les cures, ont-ils argué, pèsent "des centaines de millions d'euros et des dizaines de milliers d'emplois" directs ou indirects, soit "un levier économique majeur" dans les territoires.
D'autant que la grande majorité des villes thermales comptent moins de 5.000 habitants. La réforme "mettrait à mal" ces territoires "qui se sont structurés autour de cette activité", abonde M. Dubois. Cette décision est "unilatérale, précipitée et totalement infondée", fustige aussi Christelle Chassagne, présidente d'ADN Tourisme, qui fédère les offices du tourisme.
Pour elle, le thermalisme "coûte peu à la solidarité nationale et rapporte beaucoup, en emplois non délocalisables, en activité touristique et en vitalité pour des régions entières". La Cour régionale des comptes du Grand Est a de son côté appelé, dans un rapport publié le 9 octobre, à "investir pour renforcer la compétitivité et l'attractivité des stations thermales".
Dans les Vosges, les thermes de Plombières-les-Bains ont dû fermer fin 2024, après leur liquidation judiciaire. "Aujourd'hui, l'activité thermale est nulle, avec des bâtiments qui s'effondrent, un patrimoine immobilier qui souffre d'un vieillissement prématuré, c'est dramatique", regrettait fin septembre le président du Conseil départemental, François Vannson.
Une évaluation de la HAS en cours
En 2025, près de 470.000 patients ont suivi une cure conventionnée de 18 jours, sur prescription médicale, selon le Conseil national des établissements thermaux (CNETh), qui regroupe la totalité des 103 structures concernées en France. L'"économie comptable immédiate" espérée par le gouvernement peut devenir "une dépense supplémentaire demain si elle favorise le recours accru aux médicaments, aux consultations ou aux hospitalisations", met en garde le président de la Région Grand Est, Franck Leroy.
De nombreuses voix s'élèvent toutefois dans le monde médical pour remettre en question l'efficacité des cures. Saisie par le gouvernement l'an passé, la Haute autorité de santé (HAS) a entamé une évaluation de leur apport thérapeutique.
Elle fera un premier point "d'ici la fin de l'année" pour préciser sa méthodologie et le calendrier prévisionnel de ce travail, d'autant plus complexe que les stations thermales sont très différentes les unes des autres, observait récemment son président Lionel Collet lors d'une conférence de presse.
Pour Paul-François Houvion, directeur général des Thermes de Balaruc-les-Bains, "il faut aller au bout de ce travail avant de remettre en cause le financement des cures". "Il serait aberrant de statuer" sur un éventuel déremboursement "avant d'avoir obtenu" les conclusions de la HAS, abonde Julien Dubois.

La tribune politique : Budget, déjà mission impossible pour le gouvernement - 14/10
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