« Des contestations tous azimuts » : le regard d’un spécialiste normand sur les mouvements lycéens et étudiants
Enseignant à l’Université de Rouen Normandie, l’historien spécialiste des mouvements sociaux Jean-Numa Ducange se penche sur les mobilisations des derniers jours et leur caractère atypique.
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Enseignant à l’Université de Rouen Normandie, spécialiste des mouvements sociaux et auteur (Le socialisme, éditions Que sais-je ?), Jean-Numa Ducange livre une première approche de ce mouvement.
Quel regard portez-vous, à chaud, sur la mobilisation lycéenne et étudiante et son explosion ces derniers jours ?
Jean-Numa Ducange : « J’entends un certain nombre de frustrations et de revendications liées à des conditions matérielles dégradées, au coût de la vie étudiante qui ne cesse d’augmenter. Un amoncellement de colères auxquelles viennent s’ajouter la demande d’abolition de Parcoursup, le contexte politique avec le Rassemblement national donné vainqueur au second tour de la présidentielle – la jeunesse en passe de voter est structurellement plutôt à gauche. Il y a eu une étincelle, peut-être encouragée politiquement par la France insoumise qui doit, dans le même temps, appeler au calme pour ne pas que cela se retourne contre eux. »
« Le gouvernement ne peut pas faire un chèque ou retirer un texte »
Contrairement à d’autres mouvements plus anciens, il n’y a pas un seul mot d’ordre. Qu’est-ce qui peut calmer cette colère ?
« Cela fait un certain temps que l’on n’a pas eu de mouvement d’ampleur, comme contre la loi El Khomri[la loi Travail, en 2016, NDLR], le CPE [Contrat première embauche, en 2006, NDLR] ou même le « SMIC jeune » d’Édouard Balladur [retiré après les mobilisations de 1994, NDLR]. Et, cette fois, l’intensité des violences est montée très vite même si on est loin des records de mobilisation des années passées. Et cela n’a pas été précédé, notamment dans les universités, de grandes réunions d’information sur le pourquoi de la mobilisation. Il n’y a pas, cette fois, une loi qui cristallise le mécontentement mais des contestations tous azimuts : donc le gouvernement ne peut pas faire un chèque ou retirer un texte… »
Comment cela peut-il évoluer ?
« On peut imaginer une forme de contestation flottante, sur la durée… Car il y a des revendications très légitimes, des prises de position politiques… Et, à côté de ça, des casseurs qui viennent se greffer sur le mouvement. Mais il faudra voir la carte des mobilisations : est-ce que ce sont uniquement les grandes villes métropolitaines ? Toute la France ? On voit aussi des enseignants soutenir le mouvement ; une nouvelle génération d’enseignants, plus jeunes, qui veulent aussi dénoncer les conditions matérielles de travail. À voir aussi dans quelle proportion ils se mobilisent. »
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