"Des choix qui ne sont pas toujours populaires mais sans cela, un jour, nous n’aurons plus de plage", à Portiragnes, le choix d’un nettoyage des plages manuel
À rebours de nombreuses communes de l’Hérault, Portiragnes a fait le choix de se passer de cribleuses pour nettoyer sa plage afin de protéger sa laisse de mer. Les saisonniers la nettoient manuellement et participent à la protection de sa biodiversité. Et cela, dès six heures du matin.
Les habitués des plages lisses et domestiquées seront surpris par cette vision. À Portiragnes, les plages sont nettoyées sans le passage de cribleuses quotidiennes. Seuls deux passages sont autorisés : au début de la saison et le 16 juillet, lorsqu’en temps normal les feux d’artifice explosent et que l’on retrouve des débris dans le sable.
Ainsi chaque matin, à l’aube, une équipe de saisonniers armée de pinces et de sacs plastiques nettoie manuellement la plage. Avec une consigne claire : n’enlever que ce qui vient de l’humain. Coquillages brisés, bois flotté, rhizome de posidonie, mues de crustacés, tête d’oursin… Tout ce qui compose la laisse de mer (lire encadré) et fait le biotope de la plage, reste.
Habituer le public à des plages naturelles
La commune est labellisée pavillon bleu depuis 1985 pour ses qualités environnementales et continue de remplir un cahier des charges prenant en compte la protection de ce milieu. Il en résulte une plage naturelle et vivante, où, entre les dunes, les oiseaux viennent nidifier et la flore endémique prospérer. Reste à habituer le public.
"Ce sont des choix qui ne sont pas toujours populaires mais sans cela, un jour, nous n’aurons plus de plage", souffle une élue de la collectivité. Une référence aux 20 000 kilomètres de littoraux français qui souffrent d’érosion. À Portiragnes, le phénomène recule grâce au développement du végétal qui augmente la stabilité des dunes.
Pour autant, touristes et locaux veulent profiter d’une plage propre. Alors mètre par mètre, Agathe Muller, Gabriel Deffrasnes et Steven Delmont, arpente la plage pour traquer mégots de cigarettes, cartons de pizza, canettes, bouteilles en verre et autres preuves des petites incivilités.
"Le bureau est pas mal"
Sept jours sur sept, une équipe de quatre personne arpente les 1,8 km de plage de la commune. En moyenne, ils remplissent un conteneur de 660 litres par jour. "C’était à peu près la même chose il y a dix ans", estime l’un des saisonniers. Il croit déceler que les baigneurs de jour font attention et que ce sont surtout les "apéros du soir qui laissent des traces".
Ce matin du mois d’août, les trois coéquipiers, tous de Portiragnes, sont en poste depuis six heures du matin – l’une des leurs profite d’une journée de congé. Les quelques nageurs et promeneurs de chien, puisque la plage où ils se trouvent leur est autorisée, qui les croise leur adresse sourires et salutations. "Il y a souvent des personnes qui nous remercient pour la propreté de la plage et des infrastructures", se réjouit Steven Delmont.
Au-delà du nettoyage, ils ont aussi un rôle de médiateur. Ils informent les usagers sur les bonnes pratiques, et font remonter leurs observations. Pour cela, ils ont suivi une formation avec la police de l’environnement qui les a renseignés sur l’écosystème. Ils ont, par exemple, appris à repérer les traces d’une tortue qui viendrait pondre – un phénomène de plus en plus fréquent avec le réchauffement de l’eau. Une perspective qui met quelques étoiles dans les yeux de ces Portiragnais très impliqués dans leur tâche. Et une façon de donner du sens à ce travail difficile mais essentiel. Les pieds dans le sable et tourné vers la Méditerranée, Steven sourit : "Le bureau est pas mal quand même".
La laisse de mer, un écosystème discret mais essentiel
La laisse de mer désigne l’ensemble des débris naturels déposés par la mer sur le rivage : algues, feuilles, bois, coquillages, herbiers de posidonie… Ces dépôts nourrissent une multitude d’organismes, offrent un refuge à de petits animaux et contribuent à retenir le sable, limitant ainsi l’érosion du littoral. En Méditerranée les algues sont très peu nombreuses et la laisse, très fine, est parfois réduite à une étroite ligne de débris végétaux sur la grève. Des milieux détruits par les cribleuses qui s’enfoncent de 30 centimètres dans le sable qu’elles retournent.