Des camions de pompiers obligés de quitter le front des incendies pour faire le plein d'Ad-Blue, la polémique fait rage en France : quid chez nous ?
Lorsque, pour respecter les normes européennes en matière de pollution, les constructeurs automobiles ont commencé à équiper leurs voitures propulsées au diesel du système Ad-Blue, beaucoup ont crié au génie.
Ce dispositif joue en effet un rôle essentiel dans le traitement des émissions des moteurs diesel modernes. Son objectif : s'attaquer aux oxydes d'azote, des gaz hautement polluants générés lors de la combustion du diesel. L'Ad-Blue est injectée directement dans les gaz d'échappements, dans le pot catalytique. Sous l'effet de la chaleur, l'urée contenue dans ce liquide se transforme en ammoniac, qui va entrer en réaction avec les NOx. Les oxydes d'azote sont alors transformés en azote et en vapeur d'eau, qui sont beaucoup moins nocifs.
Feux de forêt - La situation "stable" en Gironde, le mégafeu "contenu dans son périmètre"Et pour éviter que des automobilistes contournent le mécanisme et ne remplissent pas leur réservoir d'Ad-Blue, les constructeurs ont introduit un dispositif de blocage pour éviter de rouler sans Ad-Blue. Si l'appoint n'est pas fait dans les temps, le moteur ne démarre plus.

Problème : c'est aussi le cas pour les véhicules de secours. Dont les camions de pompiers qui ont été rudement mis à l'épreuve lors des incendies en Gironde. "Les camions qui luttent contre les feux de forêt sont soumis aux mêmes normes environnementales que des camions classiques", avait dénoncé Marc Vermeulen, directeur du Service départemental d'incendie et de secours de la Gironde.
Feux de forêt - La Belgique met des camions-citernes et d'autres véhicules à disposition de la FranceOr, durant les feux en Gironde, de nombreux camions sont partis plusieurs jours pour tenter de circonscrire l'incendie. Sans possibilité de faire l'appoint. Or, sur un camion qui consomme beaucoup plus de carburants et donc d'Ad-Blue durant les opérations, les risques étaient grands de tomber en panne. Ce qui impose dès lors aux camions dont le réservoir est proche de la limite, de devoir quitter temporairement le front des incendies.
La Belgique moins concernée
Chez nous, l'Ad-Blue serait moins contraignant qu'en France car, jusqu'ici, les incendies de végétation ont toujours eu une ampleur moins importante. "On n'a pas la cadence des pompiers français, commente Dimitri Van Cauwenbergh, lieutenant pompier et responsable mécanique à la caserne du Val de Sambre. Il est extrêmement rare que nos équipes doivent partir plusieurs jours. Et quand c'est le cas, elles ne parcourent généralement pas des centaines de kilomètres comme les pompiers français peuvent le faire. Tomber à cours d'A-Blue est donc plus rare."
Néanmoins, le lieutenant a mis en place une mesure pour éviter que des camions partent à court d'Ad-Blue et soient confrontés à une panne durant leur intervention. "À chaque retour à la caserne, il est demandé de faire le plein de carburant, confirme Dimitri Van Cauwenbergh. Et dès que le niveau d'Ad-Blue descend sous les 50 % du réservoir, il est demandé de faire l'appoint dès le retour à la caserne. Pour éviter de mauvaises surprises. Quand ils prennent leur garde, les pompiers doivent également vérifier à leur arrivée que tout est ok. Mais même sur la réserve, on pourrait encore faire 1.200 km. La probabilité qu'on tombe en panne est quasiment nulle."
La Wallonie passe en risque "élevé" d'incendie en forêt, qu'est-ce que cela implique ? "Une simple bouteille d'eau peut mettre le feu à une voiture !"À Bruxelles, le porte-parole des pompiers, Walter Derieuw, confirme. "Si on gère l'Ad-Blue en bon père de famille, on ne tombera jamais en panne. Chez nous, à Bruxelles, il est demandé de faire l'appoint dès que le réservoir descend sous les 75 %."
Mais, indique le pompier, confirmant ainsi les propos du lieutenant Van Cauwenbergh, la situation en Belgique est moins problématique qu'en France. "Même si, avec le réchauffement climatique et ses conséquences (sécheresse, hausse des feux de végétations,…), on n'est pas à l'abri dans les prochaines années."
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