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« Des acteurs du débat public plutôt que des consommateurs de services publics » : ce village près de Brignoles lance une initiative démocratique inédite dans le Var

À la pointe. Après avoir été le premier village bio de France, dès 1997, Correns, 900 habitants, est de nouveau précurseur en se lançant dans une expérimentation démocratique inédite dans le Var : la création d’une convention citoyenne à l’échelle communale.

En ce premier lundi d’octobre, la maire Nicole Rullan et Pascal Mayol, coordinateur de l’association Élan démocratique, qui accompagne l’initiative, et par ailleurs membre du Conseil économique et démocratique, donnent le coup d’envoi du dispositif. Devant une cinquantaine d’habitants rassemblés cœur du village de la Provence verte, salle des Pénitents blancs, ils procèdent au tirage au sort des futurs « conventionnés ». Un souci de transparence qui témoigne de l’objectif premier de cette convention : « Définir un nouveau modèle démocratique où chacune et chacun aura toute sa place », indique l’invitation au lancement officiel.

« Nous allons chercher ceux qui ne croient plus en la politique, précise la maire. Nous voulons répondre aux besoins des habitants de ne plus être des consommateurs de services publics, mais des acteurs du débat public. » Florence Parent, son adjointe déléguée à la démocratie participative, insiste : « Chacun est légitime ! »

Pour une réelle représentativité de la diversité des Corrensois, soixante adresses dans le village sont, ce soir-là, tirées au sort sur la base du cadastre. Leurs résidents reçoivent dans la foulée un courrier les invitants à s’inscrire à la convention. D’ici au 14 novembre, un groupe de trente personnes aura été constitué. Il se réunira à l’occasion de sept journées réparties sur quatre mois afin de définir une méthode qui, à partir du 13 février et la clôture de la convention, permettra de répondre aux besoins prioritaires des habitants tout au long du mandat.

Un outil délibératif

« Ce n’est pas une simple consultation, rappelle Pascal Mayol, c’est un outil délibératif : les élus s’engagent à ce que les travaux passent en conseil municipal, que le plus grand nombre soit mis en œuvre et qu’une explication soit donnée lorsque ce n’est pas le cas. »

Pour conforter cette position, la Ville fait appel à la Commission nationale du débat public, qui a nommé une garante. Séverine Cachod sera ainsi chargée de s’assurer que « les fondamentaux du débat public sont rassemblés, que le droit à la démocratie participative est accessible au plus grand nombre ».

Si l’idée de la démocratie participative existe depuis longtemps à Correns, le partage et la solidarité apparus au moment du feu du Gros Bessillon ont démontré la capacité de mobilisation des habitants.
Si l’idée de la démocratie participative existe depuis longtemps à Correns, le partage et la solidarité apparus au moment du feu du Gros Bessillon ont démontré la capacité de mobilisation des habitants.
Camille Dodet / Var-matin

« C’est un projet ambitieux », s’enthousiasme la maire Nicole Rullan, reconnaissant les tentatives infructueuses de démocratie participative lancées au cours de son précédent mandat. « On prend quelques risques, lâche-t-elle, mais que la première convention citoyenne du Var soit installée à Correns, c’est une belle aventure ! »

L’entraide pendant l’incendie

Une aventure qui prend d’autant plus de sens après l’incendie du Gros Bessillon qui a ravagé la commune en juillet dernier. Au cours de ses journées d’angoisse, les Corrensois ont en effet démontré leur capacité à se mobiliser, à s’entraider et à agir collectivement.

« Ça n’aurait pas pu se faire avec les quinze personnes que nous sommes au conseil municipal, estime la maire, et ça a amené des gens qui ne s’étaient jamais croisés à se rencontrer. »

Le feu a ravagé les collines qui entourent Correns.

Permettre à chacun de participer est ainsi apparu plus important que jamais. « Pour lancer ça, on a regardé comment ça s’était passé avec le bio, pourquoi ça avait marché, puis perdurer. » Réponse : grâce au partage. Cette fois, la commune pourra aussi compter sur des fonds de l’Union européenne, le dispositif Leader finançant 80 % des 50 000 euros nécessaires à la mise en place du dispositif, tandis que la Ville prend en charge la part restante. « C’est important pour une commune dont le budget de fonctionnement dépasse à peine le million d’euros », compte Nicole Rullan, avant d’affirmer : « La coconstruction, j’y crois vraiment ! »