Derrière la machine. Comment la plateforme de compostage d’Aspach-Michelbach digère nos biodéchets
De la terre à la terre. Qu’on les composte ou qu’on les confie à la collectivité, nos biodéchets (déchets verts du jardin ou restes alimentaires) ont vocation à retourner d’où ils viennent. Plus grande structure de France de ce type portée par une collectivité, la nouvelle plateforme de compostage d’Aspach-Michelbach, inaugurée en décembre dernier, monte progressivement en puissance. Elle prévoit à terme de digérer 23 000 tonnes de biodéchets par an, correspondant à la production de plus de 150 000 habitants de Rouffach au Sundgau.
Si la collecte des déchets relève du syndicat mixte de Thann Cernay (SMTC), le SM4 (syndicat mixte pour le traitement des déchets ménagers du secteur 4), propriétaire de la plateforme, est en charge de leur traitement, qu’il facture aux collectivités qui le composent : 87 € la tonne pour les déchets alimentaires (poubelles brunes) et 30 € la tonne pour les déchets verts (récupérés en déchetterie). « Celui qui remplit son bac de déchet vert fait donc payer son traitement plus cher qu’il ne devrait à sa collectivité », explique Alain Bohrer, nouveau président du SM4.
La nouvelle plateforme compostage d'Aspach-Michelbach monte progressivement en puissance. Photo Francis Kittler
Un circuit simple mais très encadré
À leur arrivée sur la plateforme, les camions après un passage sur la bascule afin d’être pesés, déchargent les déchets alimentaires (de nos poubelles brunes) à l’intérieur du bâtiment, tandis que les déchets verts (recueillis en déchetterie) attendront dehors d’être broyés. Cette séparation permettra par la suite de respecter les doses des ingrédients, comme dans une recette de cuisine. « Les jardiniers vous diront que le secret d’un bon compost c’est 1/3 de matière sèche (déchets verts) pour 2/3 de matière humide (déchets alimentaires). Les conditions de compostage de la plateforme permettent d’homogénéiser ces proportions à moitié-moitié », assure Alexia Lavallée, directrice du SM4.
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Inaugurée en 2025, la nouvelle plateforme de compostage d’Aspach-Michelbach, située à côté de la déchetterie, appartient au syndicat mixte 4. (SM4) en charge du traitement des déchets ménagers. Photo Francis Kittler
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Les déchets verts, constitués de tailles de végétaux et tontes de gazon, sont d’abord déchargés sur une zone dédiée, à l’extérieur du bâtiment. Photo Francis Kittler
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Ils sont alors placés dans une broyeuse. Photo Francis Kittler
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Afin de ressortir en morceaux fins, qui seront mélangés à la « soupe » issue des déchets alimentaires. Photo Francis Kittler
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Les déchets alimentaires, en provenance de nos poubelles brunes et des points d’apport volontaire, arrivent par camion chaque jour aux alentours de 10 h sur la plateforme. Photo Francis Kittler
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Ils passent alors dans un déconditionneur qui les broie, sépare les matières indésirables et les mélange à de l’eau. Photo Francis Kittler
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Les déchets alimentaires transformés en une sorte de « soupe », mi-liquide mi-épaisse, sont stockés en cuves avant d’être mélangés aux broyats de déchets verts. Photo Francis Kittler
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Le mélange de broyats et de déchets liquides est alors stocké dans l’un des quatre tunnels de fermentation où il restera durant 21 jours. Photo Francis Kittler
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Le mélange de biodéchets se transformera en compost en 21 jours, en atteignant grâce à un système de buses d’air, une température de 70 degrés. Photo Francis Kittler
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La capacité de stockage des quatre tunnels de fermentation est équivalente à celle de deux piscines olympiques. Photo Francis Kittler
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À l’issue des 21 jours, le compost ainsi formé passe à travers un tamis afin de produire deux granulométries différentes, qui seront vendues aux particuliers et aux agriculteurs. Photo Francis Kittler
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Le compost produit attend les résultats des analyses du laboratoire avant d’être vendu. Les cigognes, elles, n’attendent pas pour y trouver un festin. Photo Francis Kittler
Un ballet de chargeuses se met alors en place, afin d’alimenter la broyeuse avec les déchets verts, issus de nos jardins et massifs. Pendant ce temps, les déchets alimentaires passent à travers un déconditionneur, qui fonctionne comme un gros mixeur. Ils sont alors hachés et mélangés à de l’eau afin de ressortir sous la forme d’une soupe un peu épaisse. Les éventuels emballages qui pourraient encore se trouver là (comme des pots de yaourt ou du jambon jeté avec l’emballage), qui n’ont pas la même densité, sont extraits.
La soupe est conservée dans deux grosses cuves avant d’être aspergée puis mêlée au broyat de déchets verts. Le mélange est alors ensemencé avec d’anciens broyats, dont les bactéries, comme un levain, permettront d’accélérer le processus de décomposition. Le compost sera stocké dans l’un des quatre tunnels de 300 mètres carrés chacun de la plateforme. La fermentation peut alors commencer et durera 21 jours. « C’est une très belle performance, auparavant, l’opération nécessitait deux mois », assure Alexia Lavallée. Chaque tunnel, équipé de buses d’air (11 000 en tout) et de bâches disposées par-dessus, fonctionne comme une grosse serre, dans laquelle l’humidité permettra la fermentation, faisant progressivement grimper la température jusqu’à 70 degrés durant plusieurs heures, ce qui permet d’hygiéniser le compost en éliminant certains agents pathogènes.
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Température élevée et humidité
Les paramètres de chaleur et d’humidité des quatre tunnels, d’une capacité de stockage équivalente à 5 140 mètres cubes, soit deux piscines olympiques, sont surveillés en permanence grâce à des sondes reliées à un ordinateur. « Il n’y a aucun apport de chaleur extérieur, les 70 degrés sont atteints uniquement grâce à la fermentation », précise Alain Bohrer.
« Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. » La célèbre formule de Lavoisier trouve ici une parfaite démonstration, puisque l’eau qui s’évaporera durant la fermentation est récupérée et réinjectée afin d’alimenter la tournée de « soupe » suivante. Le compost passe alors au criblage, une sorte de grosse passoire. Le compost le plus fin sera destiné aux particuliers ; les agriculteurs utilisant un compost moins fin. Après analyses en laboratoire, le compost est alors terminé et prêt à être vendu. Utilisable en agriculture biologique, pour amender le sol du jardin ou fertiliser les plantes, il bénéficie de quatre labels certifiant le respect des seuils maximums de microplastiques, matériaux inertes, métaux etc…
Les odeurs captives
Contrairement à l’ancien bâtiment, d’où les effluves chatouillaient parfois les narines des riverains, le nouveau bâtiment, entièrement « sous dépression », ne laisse pas échapper les odeurs de l’usine, qui s’invitent à chaque étape. Elles sont capturées avant d’être envoyées dans un biofiltre constitué d’écorces et de copeaux de bois disposé à l’arrière de la plateforme.
La vente aux particuliers sera rouverte à partir d’octobre, avec une nouveauté : un « Drive compost ». Les jardiniers auront l’opportunité d’acheter leur compost directement sur la plateforme, en remplissant des sacs (qui pourront être fournis) ou une remorque. Les matières organiques deviennent de l’or brun. Et la myriade de cigognes qui volent en ballet autour des tas de compost stockés en attendant d’être vendus ne vous diront pas le contraire.