Derrière l'adieu déchirant à Tyméo, la douleur de ne pas savoir avec ces questions brûlantes en suspens
Une douleur indicible dans une église remplie et submergée par l'émotion d'un adieu à un enfant de seulement 5 ans. Ce lundi, à 10 h, Tyméo aurait dû être à l'école maternelle, y jouer en toute innocence. Ce lundi, à 10 h, il entre dans l'église Saint-Eloi d'Yvoir, couché dans un cercueil blanc porté par une mère éplorée. Quel monstrueux destin a pu creuser un tel abîme ?
Au pied du cercueil, une boîte de peluches et un ballon de football griffé de mots d'amour à l'intention de ce fils, petit-fils, filleul, neveu et cousin, cruellement arraché à l'affection de sa grande famille. Tina, sa maman, est reconnaissable entre toutes et tous. En hommage pour son petit garçon, elle porte un maillot rouge floqué Ronaldo, le célèbre footballeur.
À l'entame d'une cérémonie déchirante, Tina parle à son fils : "À toi, mon amour, mon bébé, mon Tyméo, je t'écris ces quelques mots avec le cœur d'une maman brisée, simplement pour te dire […] que tu étais mon plus merveilleux cadeau, celui que je n'aurais jamais pu imaginer d'avoir la chance de recevoir. Tu étais mon petit garçon, avec tes façons bien à toi de nous faire rire."
5 ans, c'est trop petit
Mourir à 5 ans seulement, et dans des conditions qui demeurent inexpliquées.
Rembobinons. Le 27 juin, Tyméo et son papa Bryan s'étaient comme volatilisés à Onhaye. Que s'est-il passé ? Comment l'irréparable a-t-il été commis. Mystère. Pendant deux mois, les enquêteurs de la PJF rattachés à la cellule "disparition" ont remué ciel et terre pour retrouver l'enfant, certains au point d'en perdre le sommeil. "On travaille 24 heures sur 24 sur ce dossier parce qu'il s'agit de la disparition d'un enfant de 5 ans", avait déclaré le commissaire et enquêteur David Rimaux, le 22 juillet, dans le cadre d'un 3e appel à témoins. En tout, une centaine de devoirs d'enquête. D'inlassables recherches. Tout ça pour aboutir, le 25 août, à la découverte du corps du petit garçon dans d'épais taillis, le long de la N97, mais mort depuis un certain temps déjà. Peut-être depuis le 1er jour.
"5 ans, c'est beaucoup trop petit pour que la vie s'arrête comme ça", hurle une chanson originale accompagnant l'arrivée du cercueil devant l'autel. "J'avais encore tellement de choses à vivre avec toi, tellement de souvenirs à créer, de promenades à faire, de fous rires à partager, de câlins à te donner. Je voulais te voir grandir, je voulais te voir apprendre, découvrir le monde, faire tes premiers choix et réaliser tes rêves", glisse cette maman courage devant une assistance peinant à retenir ses larmes. Son hommage prend ensuite la dimension d'un combat à mener : "Je t'en fais la promesse. Nous ne lâchons rien. Nous continuerons à nous battre pour comprendre ce qui s'est réellement passé. Ton histoire mérite des réponses. Ton histoire mérite la vérité."
Une seule fois, elle évoque son papa, Bryan, retrouvé mort lui aussi, un jour plus tard : "Tu es parti avec ton papa vers un autre monde […] Dors doucement mon amour, et si les étoiles brillent un peu plus fort ce soir, je choisirai de croire que c'est toi qui me parles. À jamais dans mon cœur, à jamais ma plus belle étoile", confie cette mère confrontée brutalement au vide abominable.
Il n'y a pas de mots
Au micro succède la grand-mère de Tyméo : "On a toujours cette incompréhension du pourquoi, du comment, et jusqu'ici sans résultat. Veille sur nous, et sur tout ce que tu peux."
Le célébrant atteste à son tour de l'impossibilité pour les mots de traduire l'innommable. "Des mots trop petits pour exprimer ce que nous avons dans nos cœurs." Puis, d'énumérer les questions qui font mal et laissent sans voix : "Comment parler devant la mort d'un enfant ? Comment trouver les mots lorsque celui qui nous quitte n'avait que 5 ans ? Comment consoler une maman à qui l'on vient de retirer son seul et unique fils ?" Interrogations légitimes qui génèrent, selon les sensibilités, tristesse, incompréhension, révolte voire colère devant l'immense injustice que constitue la mort d'un être trop petit pour se défendre de quoi que ce soit.
Le prêtre oppose à cette souffrance ultime l'espérance chrétienne. "Pleurez si vous devez pleurer. Laissez couler les larmes. Gardez en mémoire le sourire de Tyméo, qui était du genre à éclairer une pièce de sa présence. Mais sachez que vous n'êtes pas seuls. […] Il est des douleurs devant lesquelles il faut simplement se tenir en silence. Aujourd'hui, l'amour fait tellement mal qu'on ne parvient même plus à le ressentir autrement que comme une blessure."
Le soleil embrasant les vitraux de l'église, et la chanson de David Hallyday, Tu ne m'as pas laissé le temps, ont accompagné le départ de Tyméo vers le cimetière.
EN BREF
Tu ne méritais pas de souffrir
La marraine de Tyméo a fait écho à la douleur générale : "Mon nounou, j'aurais tellement voulu pouvoir te protéger de tout, mais certaines choses nous dépassent et aujourd'hui il faut accepter l'inacceptable. Tu n'es pas responsable de ce qui t'arrive. Tu ne méritais pas de souffrir. Tu méritais de vivre et de connaître toutes ces belles choses que la vie peut offrir. Jamais tu n'aurais dû vivre cela. Tu n'aurais pas dû te retrouver là, au milieu des histoires de grand. Je ne comprendrai jamais pourquoi quelqu'un a pu te faire une chose pareille."
Mauvais rêve, laissez-moi
Une de ses tantes a improvisé quelques mots directement adressés à Tyméo : "Mon Titi, je suis tellement désolée de ce qui s'est passé. Sache une chose : ce n'est pas ta faute. Tu n'es pas responsable. Tu n'as rien demandé. Tu ne méritais pas ça. Tu seras pour toujours ce beau petit garçon de 5 ans." Depuis 2 mois, avant de s'endormir, cette proche récitait avec sa petite Lola, sa cousine, comme une formule magique : "Mauvais rêves, mauvais rêves, laissez-moi. Jolis rêves, Jolis rêves, restez là." Passe une bonne nuit mon petit Titi. On se retrouvera bientôt et bien vite. Grands-papys Christian et Albert sont là pour t'accueillir."
Une marche blanche
Ce jeudi, à 17 h, une marche blanche sera organisée à Dinant en l'honneur de Tyméo. "Ce sera un moment pour nous retrouver, marcher ensemble, rendre hommage à Tyméo et lui montrer à quel point il compte pour nous", a souligné une membre de la famille. Un événement Facebook a été créé.
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