« Depuis six ans, notre principal rival, c'était Jonas » : après l'abandon de Vingegaard, que vont faire Tadej Pogacar et son équipe ?
Depuis six ans qu'ils se chamaillent autour du Maillot Jaune, sur fond de bataille psychologique et tactique, les formations UAE Emirates-XRG et Visma-Lease a bike ont, malgré elles, tissé des liens indirects, se tirant l'une et l'autre vers le haut : 4 succès sur le Tour pour Tadej Pogacar, 2 pour Jonas Vingegaard comme une parenthèse dans le règne slovène. Et, dimanche, les deux leaders ont été jusqu'à partager un contrôle antidopage nocturne dans leurs hôtels respectifs.
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Comment UAE Emirates-XRG a réagi à l'abandon de Vingegaard ?
Autant par respect que par décence, les dirigeants d'UAE pouvaient difficilement sauter au plafond à l'issue d'une étape qui a vu le Danois abandonner. Le manager général Mauro Gianetti a même commencé l'exercice médiatique par un hommage appuyé à Vingegaard : « On ne pouvait imaginer perdre Jonas comme ça. On a besoin de lui pour combattre, car le Tour sans Vingegaard, ce n'est pas la même chose. Il va nous manquer, et à tout le monde, car c'est un guerrier incroyable. »
Pogacar, avec qui les relations ont été toujours cordiales sans être aussi chaleureuses qu'avec Remco Evenepoel ou Mathieu Van der Poel eut une pensée également pour lui : « Je suis très déçu et triste pour lui qu'il rentre à la maison. Le Tour ne sera pas pareil sans lui. J'espère qu'il va récupérer rapidement, qu'on le reverra bientôt et qu'il va profiter des vacances dont nous avions parlé il y a quelques jours. »
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N'empêche que son abandon arrange quand même ses affaires avec un adversaire en moins à surveiller, et probablement le plus coriace, à en croire le directeur sportif de l'équipe émiratie Andrej Hauptman : « On l'avait déjà vu hier (samedi lors de l'étape du Markstein), Jonas était de mieux en mieux chaque jour. Donc, oui, ce sera un manque pour le cyclisme et le spectacle, mais la vie est comme ça. »
Ont-ils su en profiter vers le Plateau de Solaison ?
À deux (voire trois avec Adam Yates parti dans l'échappée et qui a servi de point d'appui) contre un, les UAE ont raté leur coup en ne remportant pas l'étape qu'ils visaient au départ avec le Britannique puis avec Isaac Del Toro.
Le Mexicain a chuté, en même temps que Vingegaard, et s'est relevé perturbé selon Pogacar : « J'ai essayé de le motiver, de l'amener à la victoire mais il avait un peu perdu confiance. Au milieu de l'ascension, il m'a quand même dit : "OK, on essaie." Je me suis mis à son service pour le maillot blanc et le podium parce que lui avait déjà tout fait pour moi. Mais il y a eu une petite incompréhension dans le final, je voulais qu'il fasse le sprint mais il a attaqué. C'était difficile de communiquer, il y avait tellement de monde. Mais je ne regrette rien. »
« Evenepoel était plus rapide que les autres »
Fernandez Matxin, manager sportif d'UAE Emirates-XRG
Pas même d'avoir été plus agressif avec Remco Evenepoel ? « On parle d'un champion olympique et d'un champion du monde », évacuait Andrej Hauptman, interrogé sur l'idée que le Slovène aurait pu laisser la victoire au Belge. Une option également rejetée par Fernandez Matxin, le manager sportif : « Nous avons essayé de surprendre Remco dans le final car nous connaissons ses qualités dans de telles arrivées. Il mérite cette victoire car il a maintenu un rythme très élevé aujourd'hui, il était plus rapide que les autres. C'est un immense champion ».

À deux contre un, Pogacar et Del Toro ont été battus au Plateau de Solaison par Evenepoel. (L. Bettini/SprintCyclingAgency)
Que va faire Pogacar en troisième semaine ?
Sur des pentes alpestres supposées plus favorables au Danois, il serait resté en éveil mais son principal opposant parti, le chemin vers Paris et son cinquième sacre s'est dégagé. Il va garder un oeil sur Evenepoel, dès mardi avec le contre-la-montre - « c'est son jour », a-t-il souri.
Mais comme il maîtrisait déjà la meute avant l'abandon de Vingegaard, il n'a aucune raison de trembler même si Matxin a dérouté la pression sur le leader de Decathlon-CMA CGM : « Désormais, Paul (Seixas) est le nouveau rival. » Reste que les UAE vivent « une nouvelle situation, poursuit le dirigeant espagnol. Depuis six ans, notre principal rival, c'était Jonas. »« La course sera différente », appuie Gianetti dont la formation avait calé, dimanche, sa tactique sur celle du leader danois.
Paradoxalement, les hommes de Pogacar devront usiner un peu plus, du moins se montrer plus attentifs puisque la bataille du podium va les concerner encore un peu plus avec Isaac Del Toro, aujourd'hui 3e, avec Paul Seixas, Florian Lipowitz et Juan Ayuso en embuscade. Sans faire n'importe quoi. « On ne mettra pas en danger le Maillot de Tadej », insiste Gianetti.
Le rouleau compresseur émirati avait prévu de gérer la troisième semaine et il n'était pas question de grands raids à la Pogacar, plutôt de le mettre à l'abri « car il peut tout se passer même sur les étapes de plat », avertissait Hauptman. Le staff souhaite également préserver mentalement son leader, pour lui éviter la saturation de l'an passé quand il avait terminé exténué et qu'il avait écarté de son programme initial la Vuelta. À ce sujet, sa présence au départ, à Monaco, n'est absolument pas actée. Ses dirigeants y seraient même opposés. Sauf s'il sort assez frais, sur tous les plans, de cette Grande Boucle.